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Archives > Convergences Révolutionnaires > Numéro 40, juillet-août 2005

Allemagne : Une nouvelle gauche... 100 % électoraliste

Mis en ligne le 4 juillet 2005 Convergences Monde

Le 22 mai dernier, le SPD a perdu les élections du Land de Rhénanie-du-Nord-Westphalie, son fief pourtant depuis 39 ans. Dans certaines villes comme Dortmund, Duisbourg ou Essen, les scores frisent encore les 50 %. Mais ils étaient de plus de 60 %, il y a 10 ou 15 ans. Ce fut la claque pour la politique du gouvernement qui, ces dernières années, sous couvert de « réformes », a accumulé les attaques contre les travailleurs. Le SPD (qui dirige la coalition gouvernementale avec les Verts) paie une nouvelle fois la facture, comme déjà lors des dix autres consultations régionales qui se sont étalées sur ces dernières années.

Le résultat dans ce Land le plus peuplé du pays, avec 18 millions d’habitants, qui englobe la région industrielle de la Ruhr, n’a pas été une surprise. Le SPD avait tenté, in extremis, de sauver les meubles par une poussée de « radicalisme ». Son dirigeant Franz Müntefering avait fait campagne contre les financiers qui se seraient abattus comme des sauterelles sur l’industrie, pour n’en laisser qu’un désert. Les anglo-américains étaient les premiers visés. Mais la Deutsche Bank a été attaquée aussi, qui réalise 2,5 milliards d’euros de gains et poursuit ses plans sociaux. Radicalisme de façade qui n’a pas suffi, d’autant que le gouvernement projette encore des cadeaux au patronat, d’un côté, la mise en charpie de la protection contre les licenciements, de l’autre.

Élections anticipées

En réaction à cette débâcle électorale, le chancelier Gerhard Schröder a annoncé des élections législatives anticipées. Lui reste encore à se faire voter par le Bundestag (équivalent de la chambre des députés en France), une motion de défiance, puisque c’est la règle du jeu avant une dissolution. La consultation nationale aurait lieu le 18 septembre prochain. Et les sondages donnent les prochaines élections perdues pour le SPD, avec 28 % des suffrages contre 44 à 49 % pour la CDU

Pourquoi anticiper d’un an, quand on est en recul ? Schröder prétend que le gouvernement serait paralysé par le Bundesrat (genre de Sénat, formé de représentants de parlements régionaux), désormais dominé par l’opposition CDU et FDP (qui détient 43 sièges sur 69). Ce ne sont pourtant pas les mesures anti-ouvrières de Schröder que la droite a empêché de passer !

Mais une certaine fronde s’installe parmi les notables, sensibles au mécontentement populaire, surtout à ses répercussions sur leur maintien en poste. Et avec l’annonce d’élections anticipées, Schröder tente de couper court aux critiques et d’obliger à resserrer les rangs. Il spécule aussi sur la crainte, exprimée surtout dans les milieux syndicaux, que tout s’aggrave avec le retour de la droite au gouvernement.

Schröder raisonne surtout en responsable de la bourgeoisie, qui a besoin de stabilité pour poursuivre tambour battant ses réformes anti-ouvrières. Les périodes préélectorales, avec la démagogie qu’elles entrainent, n’y sont pas propices. Alors mieux vaut encore prendre le risque de laisser la place à un gouvernement « conservateur », dès l’automne prochain. Il pourra se discréditer à son tour, tandis que le SPD et les Verts se requinqueront dans l’opposition... pour la future alternance !

Une gauche de la gauche...

Face aux coups qui pleuvaient et à l’inertie des appareils syndicaux, des réactions et rassemblements ont eu lieu ces dernières années, en particulier une manifestation en novembre 2001 à Berlin. D’autant plus marquante qu’un milieu de gauche syndicale en avait pris l’initiative alors que les directions syndicales n’appelaient pas. Cette situation n’a pas échappé à de bons bureaucrates qui ont surfé sur le mécontentement pour tenter de le canaliser sur une voie électorale, explicite et exclusive.

C’est ainsi qu’une Alternative électorale Travail et Justice sociale (Wahlalternative Arbeit und soziale Gerechtigkeit - WASG en allemand), est née en juillet 2004. C’est un regroupement qui affiche 6 000 adhérents et a choisi la couleur « orange » pour copier l’opposition ukrainienne. On y trouve des permanents syndicaux, d’ex-responsables et députés du SPD, ayant parfois 30 ou 37 ans de parti, mécontents de la politique SPD depuis 1998 et nostalgiques de sa politique des années 60 ou 70. On y trouve aussi des membres de Attac, quelques anciens de la CDU, et des courants appartenant à l’extrême gauche trotskyste [1]. Le DKP, ancien parti communiste d’Allemagne de l’Ouest ne s’est pas vraiment associé à la WASG, mais individuellement, des membres dont son dirigeant ont demandé leur adhésion.

Le programme du WASG diffusé durant la dernière campagne électorale dénonce le chômage et la politique patronale et gouvernementale, mais il n’évoque de transformation sociale que par le moyen électoral. C’est le programme de réformistes, on ne peut plus conscients, qui avaient choisi pour tête de liste en Rhénanie Jürgen Kluthe, un pasteur.

Le petit succès électoral du WASG en Rhénanie-Westphalie et l’annonce d’élections anticipées par Schröder, ont précipité un regroupement. Le WASG rejoint le PDS (issu de l’ancien parti SED au pouvoir en RDA), pour former une entité dont l’appellation est encore en discussion (« Die Linkspartei » ou « parti de gauche », peut-être ?), qui présentera des candidats aux prochaines législatives.

Pour ce qui est du PDS, il n’affiche plus les 150 000 membres du début des années 1990 mais 60 000, dont deux tiers de retraités. Il est très faible à l’Ouest et n’a d’ailleurs recueilli que 0,9 % aux dernières élections de la région de la Ruhr. Aux dernières législatives, il avait recueilli 4 % des voix et perdu des députés. PDS et WASG réunis, espèrent franchir ensemble la barre des 5 % (des sondages leur donnent jusqu’à 9 %).

À l’Alternative électorale (WASG), certains voient d’un mauvais œil le rapprochement avec un PDS qui participe aux gouvernements régionaux de Berlin et de Poméranie occidentale/Mecklembourg, où il pratique les suppressions d’emploi à grandes brassées. D’autres ont des réticences qui frisent l’anti-communisme primaire, encore vivace dans le milieu social-démocrate. Au PDS, il y a quelque hésitation à s’allier avec un courant encore plus faible que soi, alors qu’à terme, on vise toujours la collaboration gouvernementale avec le SPD. Mais il est moins risqué pour le PDS de s’allier avec la WASG que de se présenter contre elle.

Gregor Gysi, principale figure du PDS, postule pour une place de tête dans le futur front électoral. Mais le N°1 pourrait bien être un troisième larron : Oskar Lafontaine, un moment chef du SPD, qui s’est mis depuis quelques temps déjà en réserve de la république social-démocrate mais considère l’heure du « come-back » arrivée. C’est un genre de Fabius allemand qui essaie de se placer pour l’avenir.

... mais pas un parti de lutte

Telles sont les dernières manœuvres dans la gauche en Allemagne. De l’inédit car voilà bien longtemps que la social-démocratie n’avait rien vu s’opposer à elle sur sa gauche. Si toutefois on peut vraiment parler de gauche, car les leaders de cette nouvelle formation multiplient les professions de foi social-démocrates. Eux n’auraient pas changé, disent-ils, mais le SPD ! Eux ne voudraient pas prendre de voix au SPD, mais gagner des non-électeurs ! Et, signe qui ne trompe pas, aucun de ces Gysi, Lafontaine ou autre pasteur électoraliste, ne dénonce la portée limitée du bulletin de vote, ni aucun n’insiste sur la nécessité pour les travailleurs de se donner un programme de mobilisation.

24 juin 2005

Pauline BAUM


Les résultats électoraux en Rhénanie-du-Nord-Westphalie :

Participation électorale en hausse : 63 % (en 2000 : 56,7 %)

SPD : 37,1 % (- 5,7 %)
CDU : 43,2 % (+ 8,7 %)
FDP : 8,1 % (- 4,2 %)
GRÜNE (Verts) : 4,8 % (- 0,6 %)
PDS : 0,9 % (- 0,2 %)
WASG : 2,2 % (180.000 voix)
NPD (ext.droite) : 0,9 % (auparavant quasi nul)
Republikaner (ext.droite) : 0,8 % (- 0,3 %)

L’Ouest durement touché par le chômage

En Rhénanie-du-Nord-Westphalie, sur 18 millions d’habitants, on compte plus d’un million de chômeurs, soit 12,1 % de la population active.

Dans certaines villes, on trouve les mêmes taux de chômage que dans l’Est du pays :

Dortmund : 15,5 %
Duisburg : 14,6 %
Gelsenkirchen : 22 %

Dans cette dernière ville, 40 000 personnes sur 270 000 vivent des 345 euros de minimum social (auxquels il faut ajouter quelques aumônes en logement et vêtement).


Lafontaine et ses sources...

Oskar Lafontaine n’est pas un nouveau venu en politique. Il a été maire de Sarrebrück, Premier ministre de la Sarre, chef du SPD pendant plusieurs années et ministre des finances, certes éphémère, du premier gouvernement Schröder.

Et il s’est toujours illustré par ces choix anti-ouvriers musclés :

  • partisan d’une diminution du temps de travail avec perte de salaire et plus généralement d’une flexibilité accrue au service du patronat, en particulier pour le travail du samedi et du dimanche, dès la fin des années 80 ;
  • organisateur de négociations avec les hautes sphères syndicales, pour aboutir à des milliers de suppressions d’emploi dans la sidérurgie, quand il était chef du Land de Sarre ;
  • apôtre des pressions, voire contraintes, sur les chômeurs et bénéficiaires de minima sociaux pour qu’ils acceptent n’importe quel boulot.

[1SAV du courant Militant, Linksruck du courant Socialisme international, GAM du courant Pouvoir ouvrier, isl/IV°Internationale, une des deux sections de la IV° en Allemagne. Ces très petits groupes y sont entrés avec des perspectives diverses, Linksruck pour quasiment s’y fondre, les autres pour y mener le combat programmatique, disent-ils.

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