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Nettoyage au technicentre SNCF de Hellemmes (Lille). Après trois semaines de grève, les travailleurs d’Elior solides comme un roc

9 août 2022 Article Entreprises

Lundi 1er août : s’adresser aux autres sites d’Elior ?

Troisième semaine de grève pour les salariés d’Elior. Les revendications ne sont toujours pas satisfaites. La distribution de tracts aux cheminots du technicentre continue. Certains donnent à la caisse de grève constituée depuis la semaine dernière. « C’est la moindre des choses » lâche un cheminot en donnant dix euros. Le soutien fait chaud au cœur. La solidarité s’exprime ! Pour les grévistes, ce petit coup de pouce est précieux, à la fois pour le porte-monnaie et le moral. « On ne pensait pas obtenir autant ».

Sur l’heure du midi quelques cheminots sont présents. On discute de la manière dont la solidarité des cheminots pourraient être plus forte. Les cheminots au sein des ateliers, tout en soutenant la grève en cours, ne franchissent pas un certain seuil. Les syndicats SNCF n’ont d’ailleurs franchement pas aidé à renforcer la solidarité alors qu’ils auraient pu trouver un écho en appelant à rejoindre plus clairement le mouvement des Elior.

Juste après l’AG du midi, la direction d’Elior répond à la contre-proposition de protocole de fin de conflit établie par le comité de grève : c’est niet ! En réaction, les grévistes demandent une audience au DRH d’Elior qui remplace le directeur régional, tranquillement parti en vacances. « On souhaite qu’il vienne sur le piquet pour discuter ». Un coup de fil est passé mais sans réponse. Autre discussion importante, les tentatives pour étendre la grève aux salariés d’Elior. Une perspective nécessaire pour que le rapport de force penche du côté des grévistes. L’éclatement des salariés de l’entreprise joue en faveur de la direction. « Faudrait que les autres s’y mettent pour que ça dérange ». De fait, la possibilité pour Elior d’envoyer des salariés faire une partie du boulot sur le site serait plus difficile si la grève était plus large. Finalement, le piquet est levé à 14 heures afin de garder des forces pour le lendemain.  

Mardi : On refuse d’être les larbins de la direction ! 

Mardi matin, l’ambiance est conviviale entre les grévistes, comme toujours. Pas de tract distribué pour aujourd’hui mais ça donne plus de temps pour discuter ! À ce stade de la grève, la suite des événements est incertaine. Les grévistes sont conscients de leur situation. « Certains viennent travailler à notre place, ça ne dérange pas la direction ». Et le travail pour se tourner vers d’autres sites d’Elior semble une montagne peut-être trop difficile à gravir pour le moment.

Au sein du comité de grève qui a lieu le matin, les grévistes décident de modifier le protocole de fin de conflit proposé par la direction. Ils refusent le rattrapage des jours de grève et veulent réintégrer leur poste à l’identique. « On préfère ne pas être payé que de nous rajouter une heure là, une heure là ». Les travailleurs d’Elior ne veulent pas subir la pression du patron une fois la grève finie.

En début d’après-midi, le secrétaire général de la CFDT débarque afin de voir ce que les grévistes ont décidé. Suite à leur proposition de protocole de fin de conflit, l’objectif est d’obtenir une réunion de négociation avec la direction d’Elior. Quelques appels plus tard, la direction se montre favorable à négocier une nouvelle fois. En fin de journée, le jour de la négociation est fixé pour le lendemain : mercredi 14h30 aux sièges d’Elior à Avelin.  

Mercredi : Dialogue social égal monologue de la direction 

Deux grévistes tiennent le piquet dès 6 heures du matin. On monte les banderoles sur les barrières, comme d’habitude. Constat à cette heure : « On n’est plus que deux ». Malgré tout, c’est la bonne humeur qui domine. Il est question d’aller faire une collecte pour la caisse de grève au marché d’Hellemmes. C’est parti ! Au marché, les grévistes se lancent. « Bonjour monsieur, on est en grève depuis trois semaines pour demander des embauches. On s’occupe du nettoyage au Technicentre de la SNCF. Voudriez-vous nous soutenir ? » Plusieurs passants donnent après avoir écouté la situation des grévistes. Certains glissent même 10 euros dans la caisse. « C’est super quand même » lâche un gréviste. La récolte est fructueuse.

Le comité de grève se réunit à 9 heures 30 pour discuter de la réunion avec la direction fixée l’après-midi à 14 heures 30. Le groupe doit rester soudé malgré les divergences. On n’accepte pas de négocier au cas par cas pour la reprise du boulot !

Les grévistes arrivent sur place vers 14 heures. Deux représentants syndicaux CFDT sont présents. Le camarade cheminot qui accompagne les grévistes depuis le début, et qui est élu au comité de grève, se voit refuser l’entrée sous prétexte qu’il n’est pas représentant syndical Elior. « Nous ne pouvons pas accepter toutes les personnes extérieures » dit le RH en début de réunion. Les chefs font la leçon, ils n’apprécient pas la solidarité qui s’exprime par-delà les divisions. Mais les grévistes ne se laissent pas démonter. « Par rapport au paiement des jours de grève, si vous voulez nous les payer c’est d’accord, mais si on doit les rattraper c’est non. » Même concernant la reprise aux mêmes postes de travail qu’avant, la direction ne fait pas de concession. « Le cahier des charges a changé, vous comprenez, nous ne pouvons pas accepter la formulation : reprise des postes à l’identique ! » La direction préfère « reprise des postes proches » pour signifier que les travailleurs feront, en réalité, des nouveaux locaux et bâtiments. La direction tente d’endormir les grévistes mais en réalité, il n’y a aucune avancée ! Le dialogue social n’existe qu’à l’avantage de la direction. Le protocole de fin de conflit qui suit la réunion est envoyé par mail vers 23 heures.

L’acceptation ou le refus par les grévistes sera discuté le lendemain en comité de grève.  

Jeudi : On ne se laisse pas faire !

Nous échangeons sur nos vies personnelles autant que sur la grève en cours. Certains racontent des histoires qui leur sont arrivées au cours de leur boulot. L’union locale de la CGT a ramené le café comme à son habitude. La vie de la grève suit son cours, bien plus sympa que les journées de travail habituelles. « Ils n’ont pas voulu nous payer les jours de grève, même une semaine. » « Moi je m’en fous, on a décidé qu’il valait mieux ne pas être payé que de rattraper les jours. » Les grévistes sont en accord et préfèrent garder la tête haute.

Suite au comité de grève, la décision est prise de renvoyer un protocole en demandant l’embauche d’un travailleur qui n’avait pas signé son contrat avant la grève. Ce dernier travaille au Technicentre depuis 30 ans. De même, les grévistes demandent un contrat temps plein pour l’un d’entre eux. Les travailleurs restent soudés même si la grève semble se terminer. Le piquet est levé à 12h40 en attente de la décision de la direction.  

Vendredi : Comment consolider les forces pour la prochaine bataille ? 

Deux grévistes sont sur place dès 6h du matin afin d’accueillir les cheminots. L’un d’eux tend un billet de 50 euros pour la caisse de grève. Grande surprise, entre le billet plié se trouvent deux autres billets, ça fait 105 euros ! La solidarité continue de s’exprimer par des dons à la caisse de grève.

Mis à part deux malades, tout le monde est présent pour le comité de grève. À l’ordre du jour, le refus de la direction d’embaucher l’un d’entre eux et de garantir les trois heures supplémentaires par jour pour un autre. Les deux demandes sont renvoyées à une éventuelle évaluation de la charge de travail. Les militants de la CFDT assistent au comité de grève. On décide tous ensemble de réitérer les demandes à la direction. Mais la direction reste sur ses positions. Ils ne veulent pas embaucher, ni donner plus d’heure, sans avoir fait une évaluation de la charge de travail. « Je vais vous dire, ils pensent même qu’il n’y a pas besoin d’embaucher » lâche un des deux militants de la CFDT qui avait eu la direction au téléphone. Malgré les circonvolutions du directeur régional sur les promesses d’embauches ces dernières semaines, ils ont toujours considéré que les travailleurs étaient assez nombreux. On voit que ce n’est pas eux qui doivent faire le boulot ! La colère s’exprime de marnière virulente face au mépris de la direction. Les grévistes finissent par s’exprimer en faveur de la reprise du boulot en signant le protocole mais en affirmant que les embauches prévues ne resteront pas lettre morte ! Car revenir lundi pour bosser ne veut pas dire baisser la garde !

À l’issue de la réunion actant la signature, le DRH sort tout content : « on va faire au mieux maintenant que c’est fini ». Un cheminot, exprimant l’état d’esprit de tous, lui lance « ce n’est que le début ». Bien dit, la lutte des travailleurs contre les patrons ne s’arrête pas à une seule négociation, ni à une seule grève. L’ambiance n’est pas à la défaite malgré le peu obtenu. Le protocole stipule que les évaluations seront faites d’ici le 15 septembre et les embauches éventuelles d’ici fin septembre.

Les grévistes ne sont pas dupes… ils savent que ce sera à eux de faire tenir aux patrons d’Elior leurs engagements ! Pour cela, il faut également que le groupe constitué durant cette grève perdure. Les liens tissés durant cette lutte sont forts et précieux contre une direction vorace. Le bras de fer doit aussi être engagé avec la SNCF, cette fois avec les cheminots dans la lutte. Car c’est bien la SNCF le donneur d’ordre et Elior le prestataire. Mais le jeu patronal de la sous-traitance a fait mouche et les travailleurs d’Elior se sont retrouvés seuls en face de leur direction. Pour cette fois du moins. Durant cette grève, les travailleurs du nettoyage auront appris à tracter pour convaincre leurs collègues, à faire une caisse de grève, à discuter au sein d’un comité pour s’organiser et à décider chaque jour des actions à mener. De plus, ils ont vécu dans leur chair l’avarice du patronat. Tout ceci est un apprentissage précieux pour la suite. Car pour les grévistes, rien ne sera plus comme avant. Dans la tête, tout a changé et ils comptent bien le montrer collectivement dans les jours à venir.

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