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Grève du nettoyage au technicentre SNCF de Hellemmes (Lille) : Jour 3 – Les patrons mettent la pression

21 juillet 2022 Article Entreprises

« La grève se poursuit, la solidarité aussi ! »

4h30 : Début du piquet pour ce troisième jour de grève. Ce matin, les huit grévistes du nettoyage font signer aux cheminots de la SNCF qui embauchent la pétition qu’ils ont rédigée à l’attention du directeur du technicentre. « Même usine, même combat ! » Les feuilles se remplissent à vue d’œil et les quelques ouvriers qui s’étaient portés volontaires pour faire le tour de leurs ateliers ramènent eux aussi les signatures récoltées. « Bon courage, et surtout ne lâchez rien ! ». On se donne rendez-vous à 11h pour l’assemblée générale. C’est l’heure où le technicentre SNCF est censé recevoir du beau monde dans le cadre de son sponsor de la coupe du monde de rugby en 2023. Au programme : petits-fours et fanfare à l’intérieur. Les grévistes, eux, ne sont bien évidemment pas invités. « C’est pour ça qu’ils nous ont demandé de retirer la banderole hier. Ça fait mauvais genre. Si des rugbymen passent, il faudra leur demander un autographe », dit un gréviste en désignant la pétition.

8h : Réunion du comité de grève pour préparer l’AG et la rencontre avec le directeur régional d’Elior qui a déclaré vouloir rencontrer les salariés ce matin. Les membres du comité de grève, composé de grévistes, d’un délégué syndical Elior et d’un cheminot qui les soutient, se dirigent vers les locaux syndicaux, mais un cadre les arrête net alors qu’ils passent la barrière de l’usine : « Vous êtes en grève. Vous ne pouvez pas pénétrer sur le lieu de travail ». Les salariés protestent, mais le cadre met la pression pour les dissuader de rentrer : « Je vais faire venir un huissier ». Et effectivement au bout de plusieurs minutes de réunion un huissier arrive et somme les grévistes de sortir. Il note des noms, prends des photos… Bref, la SNCF a décidé de mettre la pression aux grévistes et de les empêcher de tenir l’assemblée générale qu’ils tiennent avec les cheminots. Que faire ? Il faut se décider vite, d’autant que le directeur régional d’Elior est arrivé sur le site. Il propose une rencontre dans le technicentre. Réponse des grévistes : « Pas possible, on n’a pas le droit d’entrer ». Le directeur s’entretient avec le cadre qui a chassé les grévistes, et après quelques mots : « C’est réglé, vous pouvez entrer. On ne va quand même pas discuter sous la pluie ? » Comme quoi, Elior et SNCF marchent main dans la main face aux grévistes. Mais les travailleurs refusent, « soit on entre pour discuter avec vous, mais dans ce cas-là on peut aussi faire notre AG avec les cheminots, soit on discute dehors ». C’en est trop pour le directeur, « je vous attendrai dans le bureau, vous viendrez quand vous serez décidés ». Il peut attendre !

Les Elior enfermés dehors

11h : L’heure de l’AG approche, mais impossible de la tenir à l’intérieur. Et les cheminots ne peuvent quitter l’usine sur leurs heures de travail. Tant pis, les grévistes se collent à la grille qui donne sur le parking. Pile à l’heure pour la sauterie organisée par la direction. C’est le moment de faire du bruit ! « Qu’est-ce-qu’on veut ? - Des embauches ! - Qu’est-ce-qu’on veut ? - Des embauches... » On s’adresse aussi aux cheminots qui circulent dans le technicentre. Quelques travailleurs, déjà croisés sur le piquet les jours précédents, s’approchent de la grille pour échanger avec les grévistes. Mais peu de cheminots ont fait ce geste. Il faut dire que les pressions de la direction sont importantes. Qui plus est, le syndicat CGT du site a recommandé à ses adhérents de ne pas participer au rassemblement, pour ne pas « perturber » la réception. Heureusement que des cheminots n’ont pas attendu les appels des syndicats pour se solidariser avec les grévistes !

Un compromis sans les embauches et sans le treizième mois

11h30 : Le directeur régional, qui s’est sans doute lassé d’attendre seul dans son bureau, sort à la rencontre des grévistes : « On peut discuter ? » Il présente ses propositions : « Vous reprenez le travail demain et tout le monde réintègre son ancien poste. Vous faites le boulot et on verra pour embaucher quand on aura mesuré les besoins. On bouchera les trous ». Les salariés ont déjà fait leurs calculs, « C’est 10 embauches qu’il nous faut ». Pour ce qui est du treizième mois « ça se discute au niveau national. Je ne peux pas vous le donner sinon je le donne aux autres salariés du groupe, et ça fait 22 000 personnes ». Pourtant ils en auraient sans doute bien besoin eux aussi, de ce treizième mois. Au final le directeur ne répond qu’à une revendication sur les trois. « Qui nous dit qu’il ne nous fera pas un sale coup une fois qu’on aura repris le travail ? Maintenant on est en lutte, on est soudés, c’est maintenant qu’on peut obtenir les embauches ». En réalité Elior veut à tout prix faire reprendre le travail pour renégocier son contrat avec la SNCF, et lui montrer qu’avec neuf salariés le travail est forcément mal fait. Avant d’embaucher, le sous-traitant veut s’assurer que la SNCF paie plus cher le nettoyage. Mais ces magouilles entre patrons, ce n’est pas le problème des grévistes. « C’est à force de faire baisser les coûts qu’on se retrouve dans cette situation ». Les grévistes ne reculent pas d’un pouce, ils décident à l’unanimité la reconduction de la grève et l’ajout d’une quatrième revendication, à savoir « qu’Elior et la SNCF s’engagent à ce qu’il n’y ait pas de sanctions pour faits de grève à l’issue du conflit ».

13h : Sur le piquet on débriefe la réunion. Le directeur a assuré qu’ « on n’embauche pas dix personnes comme ça. Les gens ne veulent pas travailler. Je ne suis pas le père Noël ». Mais « il y a plein de gens qui cherchent du boulot, il va pas nous faire croire qu’il peut pas trouver dix bonhommes ». Malgré tout on se dit qu’une étape a été franchie, la direction a plié sur une des revendications. On a aussi fait un pas en avant dans l’organisation de la grève, en parvenant à rester fermes face au patron tous ensemble. « Mais il faudrait que tout le monde parle dans les réunions, qu’on soit pas tout seul à lui tenir tête ». C’est la cohésion qui permettra de gagner ce bras de fer. En restant unis, les grévistes peuvent aller loin et espérer arracher une victoire. On se quitte en ayant pris soin de réélire le comité de grève. Depuis lundi, la détermination n’a pas faibli : « On n’est que huit mais on arrive à faire bouger les choses. Ça, c’est parce qu’on est un groupe soudé ».

Correspondants, le 20 juillet.

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