Aller au contenu de la page

Attention : Votre navigateur web est trop ancien pour afficher correctement ce site internet.

Nous vous recommandons une mise à niveau ou d'utiliser un autre navigateur.

Archives > Convergences Révolutionnaires > Numéro 5, septembre-octobre 1999 > DOSSIER : Seconde loi Aubry : une nouvelle offensive tous azimuts contre (...) > La réduction du temps de travail sauce Aubry, c’est pas la santé (...)

DOSSIER : Seconde loi Aubry : une nouvelle offensive tous azimuts contre les salariés

La réduction du temps de travail sauce Aubry, c’est pas la santé !

Les maladies des articulations causées par l’intensification du travail

Mis en ligne le 1er octobre 1999 Convergences Société

Le nombre de ces maladies est sur les 10 dernières années en augmentation rapide et constante. 1090 cas en 1990, 3165 en 1993, 7195 en 1997 ! La progression d’année en année est supérieure à celle des affections provoquées par l’amiante. De plus ces chiffres sont inférieurs à la réalité à cause de la définition de la maladie et sa reconnaissance. Il y a 40 000 cas en Suède par exemple.

Ce sont des affections des tendons et des articulations qui sont dues aux microtraumatismes provoqués par des contraintes mécaniques soutenues et répétées. Elles touchent le poignet, la main (le syndrome du canal carpien), le coude, l’épaule et aussi les membres inférieurs. Dès que la maladie est contractée, l’handicap est définitif et très grave. Une main atteinte du syndrome du canal carpien ne peut plus prendre des charges même limitées, une pile d’assiettes, un marteau.

On les connaît depuis longtemps, puisque la plus fréquente, le syndrome du canal carpien, apparaît à la fin du XIX° siècle avec l’introduction de la plume d’acier chez les employées aux écritures. La maladie réapparaît dans années 80 avec les modifications de la production dans l’industrie de conditionnement de la viande. On a calculé qu’un boucher qui désosse à la chaîne des quartiers donne un coup de couteau toutes les 3 ou 4 secondes. Faire toute la journée ces même gestes de découpe est destructeur. Une durée du cycle de travail faible, un geste identique répété à l’identique car le rythme est tel qu’on ne peut pas varier la manière de faire, ce sont tous les facteurs de développement de la maladie.

Des milliers d’invalides

Les patrons, pour se décharger de leur responsabilité en la matière, rendent responsables les facteurs personnels, l’âge. On a plus de chance d’être atteint au bout de 10 ans de travail à la chaîne qu’au bout de 3 ans, c’est évident. Mais cela ne doit pas justifier le retrait des travailleurs âgés du boulot quand ils sont usés, ni d’exposer les plus jeunes à des risques qui auront de l’effet des années après.

Mais bien plus que les facteurs personnels, ce qui explique ces maladies, c’est la situation de travail, l’organisation en flux tendu, le cycle manuel, le poids des cadences, la charge des petits chefs, le stress des délais. Une enquête européenne de 1994 (Sumer) mettait ces facteurs au centre des raisons expliquant le développement de ces maladies.

L’exemple d’une usine de conditionnement de filets de poisson est éclairant. Les ouvrières découpent les filets, les pèsent et les conditionnent. Le patron, pour supprimer les déplacements non rentables, met en place un système qui les élimine. Les ouvrières ont maintenant des tables réglables et peuvent s’asseoir. Finalement l’intensification et la spécialisation du travail qui en résultent doublent les affections.

Les conditions de travail dans l’industrie alimentaire, dans le commerce en particulier pour les caissières, dans le conditionnement, dans le travail à la chaîne produiront si on ne fait rien, des milliers d’invalides de ces maladies.

Le gouvernement, si rapide quand il s’agit de donner aux patrons des allégements de charges sur les cotisations sociales, ne se préoccupe pas de l’effet de ces maladies sur les travailleurs. Comme pour l’amiante, il faudra attendre que le patronat trouve une autre solution pour qu’on se décide à trouver un peu d’argent pour indemniser tous les malades.

Une raison de plus pour se battre contre la flexibilité et l’accélération des cadences.

Charles PAZ

Mots-clés :

Réactions à cet article

Imprimer Imprimer cet article Réagir Réagir à cet article