Aller au contenu de la page

Attention : Votre navigateur web est trop ancien pour afficher correctement ce site internet.

Nous vous recommandons une mise à niveau ou d'utiliser un autre navigateur.

Accueil > Les articles du site

Italie

Les grévistes de GKN (Florence) appellent le monde du travail à se soulever avec eux

19 août 2021 Article Entreprises

Le 9 juillet, les 422 travailleurs de GKN à Campi Bisenzio, près de Florence, ont reçu un mail les avisant de la fermeture de l’entreprise et de l’ouverture d’une procédure de licenciements collectifs.

En réalité, en comptant les sous-traitants internes (personnel du nettoyage, de la cantine, etc.), ce sont plus de 500 emplois qui seraient supprimés.

Immédiatement une centaine de travailleurs se sont rendus à l’usine et ont réussi à y pénétrer malgré les grilles fermées et la présence de vigiles. Ils ont décidé d’occuper l’usine et de tenir une assemblée générale permanente, invitant la population à les soutenir en se rassemblant devant l’usine.

GKN fabrique des arbres de transmission pour l’industrie automobile, essentiellement pour Fiat (Stellantis), mais a été racheté il y a deux ans par Melrose, une société d’investissement anglaise.

Des centaines de milliers d’emplois ont été supprimés en Italie dans le silence des médias. Si cette fois la grève est médiatisée, et bénéficie d’un important soutien populaire, c’est parce que les travailleurs de GKN se sont adressés à l’ensemble du monde du travail.

Il faut dire que l’usine de GKN a des traditions de lutte. Les délégués de la fédération syndicale de la métallurgie (FIOM) sont dans l’opposition interne au sein de la CGIL, critiquant la passivité de la direction confédérale. Avant même la grève, un « collectif des travailleurs » regroupait déjà dans l’usine les huit délégués du personnel, douze délégués d’atelier élus en assemblée générale et divers travailleurs.

Un début de convergence

Le 19 juillet, les confédérations syndicales ont appelé à une grève régionale de quatre heures (relevée à huit heures par les syndicats de base) et à une manifestation de soutien.

Dario Salvetti, délégué du personnel de la FIOM et dirigeant de la grève, a alors appelé à une manifestation nationale le samedi 24 juillet, à Florence. Et ce fut un succès : de nombreuses délégations d’entreprises y ont participé et les organisateurs ont compté 10 000 manifestants. Le slogan popularisé par les grévistes, qui est aussi le nom de leur page Facebook, est « insorgiamo con i lavoratori GKN » (« nous nous soulevons avec les travailleurs de GKN »).

Mercredi 11 août, à 20 heures 30, les GKN ont appelé à une manifestation spontanée qui, malgré l’heure tardive, a réuni encore 3 500 personnes. Cinq représentants d’entreprises menacées de suppressions d’emplois y ont pris la parole.

Dario Salvetti a déclaré :

« Je ne sais pas si c’est le bon jour, mais je sais que nous avons l’obligation d’essayer de nous soulever, de transformer cette lutte en une mobilisation plus générale, autrement nous ne nous sauverons pas. »

Travailleurs, sauvons-nous nous-mêmes…

Bien entendu, toute la classe politique y est allée de sa déclaration de soutien. Mais surtout pour déplorer les conditions de l’annonce des licenciements par ces multinationales qui ne respectent décidément aucune règle. « En ce moment, tous les travailleurs de la Toscane se sentent offensés par l’arrogance d’un comportement qui a porté, avec un mail, à piétiner toutes les règles sur le travail » a par exemple déclaré le président de la région. Dans le même registre, le ministre du Développement économique, Giancarlo Giorgetti, a déclaré « Malheureusement, il est inévitable que ces choses arrivent, mais elles ne peuvent pas se faire de cette façon, parce que nous ne sommes pas au Far West ».

Jusqu’à l’archevêque qui s’en est mêlé en souhaitant que « puisse s’ouvrir un dialogue et trouver une solution qui mette au centre les personnes, la dignité du travail et le bien commun ».

Pas de « plan B » à l’interdiction des licenciements

Après la réunion du 4 août avec le ministère du Développement économique, les représentants des grévistes ont fait un compte-rendu qui a été approuvé par l’assemblée générale :

La procédure de licenciements se termine le 22 septembre. Melrose a refusé la proposition du gouvernement d’utiliser les treize semaines de cassa integrazione (« chômage partiel ») que les entreprises en difficulté peuvent demander avant tout licenciement. Ce qui ne coûterait pas un sou à Melrose puisque la part patronale est entièrement prise en charge par l’État.

Les grévistes ont déclaré :

« Les licenciements sont inacceptables, mais aussi la cassa integrazione. La mort est la mort, même quand elle est précédée d’une longue agonie ».

Ils soulignent :

« Notre entreprise n’est pas une “entreprise en crise”. Les “amortisseurs sociaux” sont prévus pour faire face à une baisse de production. Et ces treize semaines de cassa integrazione ne coûteraient rien à GKN Melrose. Qui toucherait encore d’autres fonds publics. » [1]

« Nous ne sommes pas convaincus par l’argument que ces treize semaines seraient utilisées pour rechercher un repreneur. Les “repreneurs” et la “réindustrialisation” se sont toujours révélés des mirages. Parmi nous, il y a des travailleurs qui ont déjà été licenciés d’Electrolux à Scandicci, en 2005. Nous nous souvenons parfaitement du repreneur qui se présentait comme un producteur de panneaux solaires. Nous nous souvenons de la fanfare sur la “réindustrialisation verte” de l’établissement. Nous pourrions aussi parler de l’Ilva, Blutec (Fiat de Termini Imerese), des aciéries de Piombino, Bekaert, etc. Dans tous les cas, les nouveaux propriétaires ont empoché l’argent public sans donner vie à aucune reprise productive.

Si repreneur il y avait, il doit être nommé de façon claire et précise et dans ce cas, l’État doit avoir une intervention directe et assumer la continuité productive de l’établissement, au cas où ce repreneur fait défaut, ce qui est déjà arrivé des dizaines et des dizaines de fois. »

Ce que les grévistes demandent, c’est que Stellantis (ex-Fiat) pour qui GKN a toujours travaillé revienne et continue à donner ses commandes.

Un appel au monde du travail

Lors de la manifestation du 11 août, les travailleurs de GKN ont lancé un appel pour que les luttes ne restent pas isolées :

« Notre appel est une invitation à s’insurger. C’est seulement par un changement du rapport de force général dans le pays que nous pouvons espérer nous sauver. Et si nous gagnons, nous changerons le rapport de force en faveur de tout le monde du travail. Notre appel se propage de Florence au reste du pays. C’est un appel avant tout à nos organisations syndicales et à tous les exploités. Que notre “révoltons-nous” se transforme en un mouvement général d’indignation et que de notre lutte il s’élargisse à l’ensemble du monde du travail.

Nous sommes certains d’une chose : GKN Florence ne tombera pas sans avoir tout fait pour convoquer une mobilisation nationale directement à Rome. »

Thierry Flamand, 18 août 2021


[1Selon le ministère du Travail, Melrose a empoché trois millions d’euros de fonds publics. Immédiatement après l’annonce de la fermeture de l’usine GKN de Florence, l’action Melrose a augmenté de 4,5 %.

Mots-clés : |

Imprimer Imprimer cet article Réagir Réagir à cet article