Qu’est-ce donc que ce comité de grève élu à l’unanimité à deux reprises et qui a dirigé de bout en bout le mouvement, sous le contrôle permanent des assemblées générales ?
Laissons-lui la parole, ou plutôt, lisons directement sa prose. Car chaque jour de grève, à l’exception du dernier, se terminait par la parution d’un tract. Inspiré par les discussions du piquet, et bien sûr des AG, le comité de grève y faisait le point sur la situation et traçait des perspectives pour la suite.
Ainsi, tel jour, le comité revient sur le succès notable du piquet sur un dépôt particulièrement lointain des autres, tel autre, il dénonce une manœuvre du patron pour mieux la déjouer. Le mardi 10 janvier, le comité revient sur l’AG du matin, une AG un peu « chaude » où, dans le contexte des négociations avec le patron, les grévistes doivent décider de maintenir leur revendication initiale d’un taux horaire à treize euros ou de baisser celle-ci. Voyons le tract du jour :
« La grosse discussion en assemblée générale a concerné la contre-proposition sur le taux horaire. Quatre propositions ont été soumises aux votes des 43 grévistes présents :
| 4,5 % au 1/01 : 12,37 €/h 1 % au 1/09 : 12,5 €/h |
1 votant |
| 4 % au 1/01 : 12,31 €/h 2 % au 1/07 : 12,56 €/h |
26 votants |
| 3,5 % au 1/01 : 12,25 €/h 3,5 % au 1/09 : 12,68 €/h |
2 votants |
| Maintien des 13 €/h | 15 votants |
La deuxième proposition a obtenu la majorité absolue. Nous avons ensuite fait un second vote pour valider collectivement cette proposition 4 %, +2 %. Le vote a été unanimement pour, à quelques voix près. »
Et le comité de grève de tirer la leçon de cette belle expérience de démocratie ouvrière :
« Nous discutons sans être toujours d’accord mais nous restons toujours soudés au final : c’est la force de notre mouvement depuis le début ! »
Les tracts, à la disposition des grévistes le soir même sur WhatsApp, étaient imprimés le lendemain et circulaient sur le piquet. C’était comme un journal de la grève. À la fin de chaque « numéro » de ce quotidien des grévistes, le comité signait d’une façon qui nous renseigne sur sa composition et son rôle :
« Il [Le comité de grève] est composé des quatre délégués syndicaux de Keolis Porte des Alpes (CGT, Sud, CFDT, FO), du délégué syndical CFDT de Grindler ainsi que de sept grévistes, syndiqués et non-syndiqués. Il est ouvert à tous ceux qui veulent s’impliquer dans la vie de la grève. Le comité se réunit quotidiennement pour discuter de la stratégie de la grève, fait des propositions à l’assemblée générale, organise les aspects pratiques de la grève (tract, piquet, caisse, etc.), prend des contacts avec les syndicats et la presse. La délégation qui négocie avec la direction est constitué de membres du comité de grève. »
Journal des grévistes, le tract permettait aussi de faire connaitre le mouvement au-delà de l’entreprise, en l’envoyant à la presse par exemple. Et les grévistes l’ont aussi distribué directement à d’autres travailleurs. Le 10 janvier 2023, plus de trente grévistes se répartissent sur sept dépôts de quatre entreprises de transport différentes pour diffuser le tract écrit la veille par le comité de grève et qui dit :
« Notre métier connait actuellement une pénurie de conducteurs, consécutive aux bas salaires que pratiquent nos patrons. Ce sous-effectif permanent dégrade nos conditions de travail (amplitude, double vacation…). Pour résoudre cette pénurie, nous n’avons pas besoin des « idées lumineuses » des patrons (rappel des retraités, prime à l’embauche ou parrainage).
Nous avons besoin d’imposer les revendications que nous partageons tous. […] Nos salaires ne doivent plus être la variable d’ajustement de leurs coûts [aux patrons]. Les appels d’offres ne doivent plus servir à dégrader nos conditions de travail. Nous devons faire céder la direction de KPA et de Grindler et l’ensemble des patrons du transport. Pour cela nous devrons nous battre tous ensemble, quelle que soit notre entreprise.
Nos patrons se coordonnent en permanence, il faut que nous fassions de même ! »
Oui, pour faire plier les patrons pour de bon, il faudra s’organiser démocratiquement et se coordonner, comme ont commencé à le faire les travailleurs de KPA et de Grindler !
Le comité de grève a également réalisé trois courtes vidéos visibles sur la chaîne Youtube suivante : youtube.com/@salariesdutransportstousen7009.
Lire aussi :
- Keolis Porte des Alpes (KPA) et Grindler : : « Nous arrachons 100 € d’augmentation mensuelle générale ! C’est une victoire qui en appelle d’autres ! » — 28 janvier 2023
Mots-clés : Grève


