Les gouvernements passent, les licenciements restent
1er juillet 2002 Éditorial des bulletins L’Étincelle
Alcatel qui avait déjà lancé un plan de 34 500 suppressions d’emplois en annonce maintenant 10 000 de plus. Crise de la téléphonie mobile nous dit-on : Motorola – 3200 personnes en France – qui a déjà péduit d’un tiers ses effectifs en deux ans passant de 150 000 à 100 000 en prévoit 7000 à l’échelle du groupe ; Worldcom le géant américain en supprime 17 000 sur 80 000 et le sort de 800 salariés en France sera « discuté ». Cap Gemini Ernst et Young dans le domaine de l’informatique prévoit la suppression de 5500 postes d’ici à la fin 2002.
Il n’y a pas que « les nouvelles technologies ». Chez Matra où la fabrication du « Renault Espace » doit s’arrêter fin septembre, 1644 salariés sont menacés. A la Sogerma à Mérignac, dans la maintenance aéronautique, 120 à 150 postes doivent être supprimés, l’armée de l’air confiant certains avions à une société portugaise. A la banque la Société Générale, 1100 emplois devraient faire les frais d’une restructuration. Dans le textile, Lejaby qui délocalise en Tunisie va supprimer 231 emplois. CBSA une usine de yaourts dans la banlieue de Bordeaux ferme définitivement laissant 260 salariés à la rue…
Pendant la campagne électorale, l’attention avait été attirée sur des villes comme Fécamp, Soissons, Evreux, Angers, sinistrées par des vagues de licenciements. Et partout, au-delà des annonces des plans sociaux, ce sont les travailleurs précaires qui font les premiers les frais de ces restructurations. Le chômage officiel selon les derniers chiffres a remonté en un an de 7,9 % tandis que les licenciements dits économiques ont augmenté de 43,3 %. La réalité du chômage est sans doute encore pire : du fait de l’application du PARE, le nombre de demandeurs d’emplois rayés des listes de l’ANPE a augmenté de 60 % en un an !
La faute à la Bourse ? Vite dit !
L’annonce de licenciements la fait, il est vrai, souvent remonter. Les détenteurs de capital, se frottent alors les mains, car ils savent que la réduction des effectifs permet de faire produire plus de richesses par moins de travailleurs et donc de faire suer plus de profits. Mais même lorsque les profits ne baissent pas, les patrons ne sont pas à un prétexte près. C’est quand les affaires vont bien qu’il faut « restructurer » nous expliquait le PDG de Lu-Danone l’année dernière en annonçant la fermeture de deux usines et la suppression de 570 postes sur la fabrication des biscuits. Et Marks & Spencer qui au même moment fermait ses magasins en France et licenciait son personnel, a fait la même année un bénéfice record et payé une super-prime au directeur qui a jeté les salariés sur le pavé…
Le problème des licenciements concerne tous les travailleurs. Le chômage fait pression sur tous les salaires. N’a-t-on pas entendu, pas plus tard que la semaine dernière, le tout nouveau gouvernement Raffarin justifier le refus d’un misérable coup de pouce au SMIC en prétextant que c’était pour mieux défendre nos emplois ? Comme si l’attaque sur les salaires depuis des années ne s’était pas accompagnée d’une attaque sur les emplois ! Si le nombre de smicards a doublé en dix ans, si le nombre de travailleurs, précaires, chômeurs ou à temps partiel qui ne touchent même plus le SMIC se comptent dorénavant par millions, c’est encore grâce au chômage.
Oui il faut interdire les licenciements et lutter pour augmenter tous les salaires et tous les minima sociaux ! Que ce soit avec la droite ou que ce soit avec la gauche. Et nous ne sommes pas plus faibles aujourd’hui pour mener la lutte parce que c’est la droite qui gouverne. Il nous faut reprendre ce qu’avaient commencé les travailleurs de Lu-Danone, de Marks & Spencer et d’AOM-Air Liberté il y a maintenant plus d’un an : la construction d’un grand mouvement pour l’interdiction des licenciements. C’est aussi tous ensemble que nous devons nous battre pour la suppression de la précarité, l’augmentation des salaires et des minima sociaux de 300 € pour tous, la défense des retraites.
Oui tous ensemble nous pouvons faire plier patrons et gouvernement. Comme en 95 quand les travailleurs du public ont fait reculer Juppé qui voulait s’en prendre à leurs retraites, comme en mai 68 lorsque le salaire minimum a d’un seul coup augmenté de 35 % grâce à la grève générale.

