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L’Éducation nationale à l’heure du déconfinement ?

Les enseignants se rebiffent et posent leurs conditions

19 avril 2020 Article Politique

C’est peu dire que Macron a pris tout le monde de court lundi en annonçant le début de la fin du confinement le 11 mai, avec un retour « progressif » à l’école ! Les jours suivants, Blanquer, ministre de l’Éducation nationale, n’était toujours pas capable de dire comment ce retour se passerait… ni pourquoi !

En effet, les raisons prévalant à la fermeture sont toujours là : la propagation de l’épidémie facilitée par les regroupements, qui plus est d’enfants (porteurs asymptomatiques de la maladie, ce qui reste affirmé par les autorités sanitaires jusqu’à présent), et l’impossibilité d’assurer la sécurité des agents.

Oui au Medef, non aux médecins ?

Macron invoque les inégalités scolaires que le confinement creuse indéniablement. Quel cynisme, même si nous y sommes habitués de la part d’un homme dont tous les choix n’ont fait qu’aggraver les inégalités dans tous les domaines, y compris à l’école, depuis son arrivée au pouvoir ! Comment ne pas voir dans cette annonce la réponse aux demandes de plus en plus pressantes du Medef d’une reprise de l’économie ? Car, pour permettre aux gens de retourner bosser, il faut s’occuper de leurs enfants. Balayés donc les risques de rebond de l’épidémie de Covid-19 que mettent en avant de nombreux médecins (à commencer par l’Ordre des médecins peu susceptible d’être taxé de gauchisme).

Les enseignants, eux, sont d’abord inquiets devant l’incohérence de la politique gouvernementale (bars et restaurants restent fermés, mais les collèges et lycées rassemblant plusieurs centaines de personnes non) et les risques courus… tout en se disant que ce confinement prolongé est plus que difficile à vivre pour bon nombre de leurs élèves et de leurs familles. Il est même destructeur pour ceux qui ne mangent pas correctement ou subissent des violences familiales !

Envisager un retour en classe ? La multiplication des problèmes

De nombreuses pétitions spontanées ont vu le jour sur les réseaux sociaux dès l’annonce de Macron pour dire « non au retour en classe le 11 mai », montrant toute la méfiance vis-à-vis du gouvernement et de ses mensonges. Car ce retour en classe ne peut être envisagé que si un certain nombre de conditions sont réunies.

  • Le nettoyage quotidien des établissements d’abord : premier problème, car les agents d’entretien sont souvent déjà en nombre insuffisant pour faire face en temps normal.
  • Gel, eau et savons présents en quantité partout : là aussi, problème ! L’état des sanitaires dans la quasi-totalité des établissements est déplorable, pour la raison invoquée plus haut, mais aussi par sous-équipement chronique. Un rapport commandé par le ministère signale que « 25 % des écoles n’ont pas de points d’eau en nombre suffisant. » [1]
  • Masques pour tous, adultes comme élèves : ils vont arriver, paraît-il...
  • La possibilité de tester est aussi évoquée, même si elle pose de nombreux problèmes (quels tests ? sont-ils efficaces ?)
  • Mais, surtout, il ne peut être question d’accueillir tous les élèves en même temps pour des raisons évidentes de distance physique à observer. Cela pose les problèmes d’organisation de la cantine, de la circulation dans les couloirs, des récréations, mais aussi du transport scolaire. Cela signifie aussi une réorganisation des emplois du temps afin que les groupes en classe ne dépassent pas une dizaine d’élèves (comme cela se fait pour l’accueil des enfants de soignants), ce qui veut dire que les élèves n’auraient pas classe tous les jours, ou alors quelques heures seulement.

Un retour à la « normale » n’est donc absolument pas possible tant que l’épidémie est vivace. Il nécessite un cadre clair, national et contraignant : pas de renvoi au local avec des chefs zélés – certains demandent déjà à tout le personnel, des agents aux enseignants, de venir la semaine précédant le 11 mai pour préparer la « rentrée » ! –, pas de mesures inégalitaires et discriminantes sous couvert de combattre les inégalités telles que seuls les élèves issus des milieux les plus modestes reprennent…

Alors, soit le gouvernement met les moyens matériels et humains nécessaires pour organiser ce retour, partiel mais qui permettrait une reprise de contact avant l’été ; soit il faudra en organiser le refus. Le gouvernement et le patronat misent sur cette éventuelle réouverture de l’école pour faire reprendre à tous le chemin de l’exploitation, mais les inquiétudes légitimes des parents, des profs et de toutes les catégories de salariés pourraient bien contrarier leur calendrier.

Liliane Lafargue


[1Marie Piquemal, « 25 % des écoles n’ont pas de points d’eau en nombre suffisant », Libération.fr, 16 avril 2020.

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