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Accueil > Convergences révolutionnaires > Numéro 148, novembre 2022 > Lycées professionnels

Interview d’une lycéenne en lycée professionnel

24 octobre 2022 Convergences Politique

Interview d’Isabelle [1], lycéenne en terminale, bac pro Commerce dans un lycée professionnel de Pantin.


Bonjour, est-ce que tu peux un peu nous raconter comment s’organisent les stages en lycée pro ?

– Notre formation est répartie entre les cours à l’école et 22 semaines de stages obligatoires cumulés sur les trois ans (six semaines en seconde, huit en première et en terminale). On doit chercher nous-même nos stages, où on travaille comme n’importe quel travailleur. Dans notre filière, on n’est qu’une minorité à faire quelque chose qui a à voir avec le commerce : un gars dans ma classe a dû faire le vigile dans son stage chez un opticien, d’autres devaient s’occuper des photocopies et des machines à café. On est un peu des mains à tout faire.

Quand j’étais en seconde, en stage à Cuisinella, on ne me donnait rien à faire, à part des photocopies et jeter des cartons, et je m’ennuyais pas mal !

Qu’est-ce que vous, les lycéens, pensez de ces stages ? Ça n’aide pas un peu pour se former ?

– En fait, il n’y a qu’une minorité de lycéens qui en tire quelque chose de bénéfique. Pour les patrons, nous prendre trop jeunes et sans expérience, c’est aussi se rajouter du travail en plus à nous former.

De plus, la quasi-totalité de nos stages ne sont pas rémunérés, étant donné qu’il faut faire plus de 309 heures pour être payé, ce qui n’est jamais le cas : le peu de salaire qu’on peut obtenir dépend du bon-vouloir du patron.

Mardi dernier, les profs étaient nombreux en grève contre la nouvelle réforme des lycées pros, qu’est-ce que les lycéens en pensent ?

– Franchement, personne n’est au courant dans ma classe, à part une explication de notre prof principale qui, elle, a fait la grève. Mais, pour moi, plus de stages, ça ne serait pas une bonne idée, il y a déjà pas mal d’élèves qui ont des difficultés scolaires, alors on risque d’augmenter les lacunes en diminuant les heures de cours.

Alors évidemment, ça permettrait aussi d’être payés, mais 3,90 euros de l’heure ça reste trop peu, et qu’est-ce qu’ils vont faire les secondes alors que les patrons n’ont même pas envie de les prendre ?

Tout ça, c’est au bénéf des patrons et pas des élèves.

En parlant des cours, comment ça se passe ?

– On a les matières générales et professionnelles, pour les dernières on a l’impression que les profs n’en ont rien à faire des élèves, qu’ils ne nous poussent pas à travailler. On en a un qui nous prenait de haut en disant qu’on allait faire nos stages à Franprix, comme si on ne pouvait pas aspirer à aller plus loin, c’est de la discrimination. Surtout que beaucoup d’élèves viennent de milieux populaires.

En ce moment, on voit beaucoup les prix augmenter et les grèves se multiplier, est-ce que ça fait discuter ?

– Beaucoup d’élèves veulent arrêter les cours après le bac directement pour aller travailler, il y a un vrai besoin d’argent : j’ai un copain qui est agent d’entretien pendant les vacances.

Ça a un peu discuté de faire un blocus mardi, mais finalement on ne l’a pas fait. Je me dis que sur la question des salaires, on devrait être payés à la même hauteur que les ouvriers si on fait le même travail ; c’est au patron de payer parce que c’est pour lui qu’on bosse et pas pour l’État.


[1Le prénom a été changé.

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