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Accueil > Convergences révolutionnaires > Numéro 148, novembre 2022 > Lycées professionnels

Lycées professionnels

Généraliser l’apprentissage… puisque les jeunes de la voie professionnelle n’y vont pas d’eux-mêmes !

21 octobre 2022 Convergences Politique

Une différence essentielle entre formation en établissement d’enseignement et apprentissage est que l’apprenti n’est pas sous statut scolaire mais sous contrat d’apprentissage, qui est un contrat de travail. Il touche une rémunération (minime et dépendant de son âge) et passe une partie de son temps de formation en entreprise, jusqu’à la moitié, le reste au centre de formation pour apprentis (CFA). Il ne bénéficie pas des congés scolaires mais de cinq semaines de congés, comme l’ensemble des salariés.

La volonté de l’État de développer l’apprentissage a été remise au goût du jour dans les années 2000, qui auront décidément représenté un tournant dans les politiques d’éducation.

En 2006, le gouvernement Villepin avait abaissé l’âge légal de l’apprentissage à 14 ans. Cela n’avait été suivi d’aucun effet, les patrons eux-mêmes ne voulant pas avoir à s’occuper des adolescents de cet âge et préférant les laisser aux bons soins des enseignants de collège…

Depuis, l’âge légal à partir duquel on peut devenir apprenti a été porté à nouveau à 16 ans, 15 ans dans certaines circonstances particulières. Les réticences des équipes éducatives, mais aussi des familles et des jeunes eux-mêmes, face à l’apprentissage n’ont pas empêché les ministres successifs d’en vanter les mérites, avec leurs méthodes insistantes. Dans les années 2010, les seules ouvertures de formation acceptées facilement par les rectorats dans les LP étaient des sections d’apprentis, les conseils d’administration étant fortement incités à en ouvrir dans les LP, avec des chantages aux suppressions de postes. Comme cela n’a pas inversé la tendance, l’administration s’est octroyé le droit d’imposer les sections d’apprentis dans un LP sans demander l’avis du personnel, des élèves ou des parents.

Les pouvoirs publics n’ont donc pas ménagé leurs efforts pour attirer les jeunes vers l’apprentissage. Mais rien n’y a fait ! L’apprentissage n’a pas décollé. Alors, d’où vient que le gouvernement se vante d’une « explosion » du nombre de jeunes sous statut d’apprentis ? Dans la réalité, cela ne concerne ni les CAP, ni les bacs pros, dont la proportion reste stable, voire baisse [1]. Ce qui a fait exploser le nombre d’apprentis, ce sont… les étudiants ayant choisi une formation « en alternance » qui leur permet de payer leurs études, situation permise par la réforme de la voie professionnelle de 2018. « Entre 2016 et 2021, le nombre d’entrées de jeunes en alternance est passé de 438 000 à près de 800 000, soit une hausse de 82 %, largement imputable aux années 2019 à 2021. Si les entrées des jeunes en contrat de professionnalisation se sont effondrées (– 57 % entre 2019 et 2021), les entrées en apprentissage ont augmenté de 98 % entre 2019 et 2021, soutenues par les aides exceptionnelles versées aux employeurs d’alternants pour faire face à la crise. », dit un rapport de la Cour des comptes de juin 2022. Car c’est l’État qui met largement la main à la poche pour combler le trou des caisses correspondantes, le dispositif étant devenu extrêmement coûteux, ce que dénonce d’ailleurs le même rapport [2].

La plupart des jeunes ne veulent pas de l’apprentissage qui apparaît comme moins efficace pour leur formation. Le SNUEP, le syndicat FSU des LP, affirme que les taux de réussite aux examens professionnels sont nettement moins bons pour les apprentis que pour les élèves des LP – 41,4 % contre 67,1 % pour les bacs pro, 58,6 % contre 72,9 % pour les CAP –, tandis que le taux de poursuite d’études est de 9,6 % en apprentissage contre 49 % en LP [3].

Mais le gouvernement reste droit dans ses bottes. Il veut, avec les dirigeants du Medef, imposer l’apprentissage aux élèves et même aux patrons qui, en dehors de quelques métiers spécifiques, préfèrent largement employer des élèves formés de façon généraliste et adaptables à leurs besoins.

J.-J.F.


[1« En effet, selon les données de la Dares, le service statistique du ministère du Travail, les apprentis préparant une formation de niveau CAP représentaient environ 27 % des nouveaux contrats signés en 2020, contre près de 36 % un an plus tôt, et 41 % en 2018. En 2021, d’après les derniers éléments que vient de communiquer la Dares, leur part a encore chuté, à 22 %. Dans le même temps, celle des bac+3 ou plus a décollé, de 21 % en 2018 à 40 % en 2021. » Article de Capital du 8 février 2022 : « Apprentissage : pourquoi les chiffres records doivent être pris avec des pincettes »

[2 « Conjuguée à la baisse des recettes, la hausse des dépenses d’apprentissage a fortement contribué au déficit enregistré par France compétences en 2020 (4,6 Md€) et 2021 (3,2 Md€), ainsi qu’aux fortes tensions de trésorerie en 2021, qui ont conduit l’établissement à recourir à l’emprunt à hauteur de 1,7 Md€ et l’État à lui verser des subventions exceptionnelles pour un montant de 2,75 Md€. Malgré ce soutien massif, de nouvelles difficultés de trésorerie sont prévues dès l’été 2022. » La formation en alternance, rapport de la Cour des Comptes de juin 2022.

[3Voir la brochure éditée par le SNUEP sur le devenir de l’enseignement professionnel : https://snuep.fr/wp-content/uploads...

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