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Une tribune de hauts fonctionnaires du ministère de l’Éducation nationale dénonce la politique « réactionnaire et scientiste » de Blanquer…

Il était temps !

16 mai 2020 Article Politique

Une tribune publiée sur le site du Café pédagogique [1] par un groupe d’une quinzaine de hauts fonctionnaires (anonymes) de l’Éducation nationale (Directeurs académiques des services de l’Éducation nationale ou Dasen : des ex-inspecteurs d’Académie, qui sont les représentants du ministre dans les départements, des inspecteurs généraux et cadres) fait du bruit dans le milieu de l’éducation… La critique est plutôt saignante et passe en revue tous les aspects de la politique de Jean-Michel Blanquer, ministre de l’Éducation nationale depuis 2017 et haut-fonctionnaire lié à ce ministère depuis plus d’une quinzaine d’années. Elle pointe la mise au pas et le climat de « suspicion et menace » qui règne – loin de l’École de la confiance mise en avant par la loi votée en 2019. Elle pointe aussi le double discours permanent entre affichage et réalité.

Ainsi, quand Blanquer met en avant la priorité donnée au premier degré, il faut comprendre que des dispositifs de soutien aux élèves tels que « Plus de maîtres que de classes », installés depuis peu et qui commençaient pourtant à donner quelques résultats, sont abandonnés… Quand Blanquer parle de liberté pédagogique, c’est au contraire pour multiplier les injonctions, les prescriptions (avec des livrets de notes dans le premier degré !). Quand Blanquer impose sa marotte des neurosciences, prétendu nec plus ultra de la pédagogie, c’est pour réduire tout à des procédures simples et balayer les autres domaines de recherche en sciences de l’éducation. Quand Blanquer rêve de généraliser le tout numérique, peut-être dès septembre prochain – l’expérience des classes virtuelles des phases de confinement et déconfinement, pourtant bien frustrantes, lui ayant donné des ailes –, c’est pour économiser des moyens. Sans parler des marchés que le soutien scolaire, le traitement de l’échec ou les soifs d’« approfondissement » promettent aux éditeurs numériques et autres opérateurs privés.

Les auteurs de la tribune dénoncent aussi la réforme du lycée, qualifiée de « réactionnaire », qui, sous prétexte de donner plus de choix aux élèves, généralise l’élitisme, le tri social et met la pression avec l’évaluation permanente. Selon eux, l’individualisation des parcours vantée par Blanquer n’est qu’une individualisation de l’échec des uns et de la réussite des autres. La prétendue valorisation de la formation professionnelle n’est en réalité et au contraire qu’une barrière mise aux lycéens de la voie professionnelle, sur la voie d’une poursuite de leurs études, tellement la baisse de leurs horaires d’enseignement général est drastique. La voie professionnelle se retrouve ainsi complètement sous la coupe des entreprises et des chambres patronales, tandis qu’est développé à tout-va l’apprentissage, selon une « vision […] surannée et irréelle ». La tribune épingle aussi l’instrumentalisation de la laïcité avec la création d’un Conseil des sages dont certains membres ont contribué à « une irresponsable hystérisation du débat médiatique sur l’Islam », à commencer par Blanquer lui-même !

Cette tribune réjouit, bien sûr, toutes celles et ceux qui, dans le monde de l’Éducation nationale (enseignants, personnel, parents), ne cessent de dire que la politique éducative menée est nuisible et s’y sont opposés ou ont tenté de le faire, d’une multitude de façons. Elle a un parfum de caution officielle. Pour une fois qu’une relativement bonne parole vient d’en haut, qui vient appuyer et donner crédit aux dénonciations et arguments d’une bonne partie de ceux qui sont sur le terrain !

On ne peut pourtant s’empêcher de penser que la critique vient tard… et fait l’impasse sur une dégradation des conditions d’enseignement et une transformation du système éducatif entamées depuis de bien plus longues années ! On peut citer en vrac les réformes du lycée professionnel de 2007, du lycée de 2010 par Chatel, la réforme du collège de Vallaud-Belkacem, les suppressions de postes jamais regagnées des années Sarkozy et la suppression dramatique des Rased (ces enseignants du premier degré spécialisés dans les traitements de la difficulté scolaire). Toutes ces « réformes » ont contribué à accroître la charge de travail des différentes catégories de personnel et à faire que l’école, déjà inégalitaire, le devienne davantage. Et ce, alors que le ministère ne cessait de proclamer qu’il fallait ne laisser personne au bord du chemin ! Le double langage n’est pas d’aujourd’hui !

Ceux qui ont écrit cette tribune disent ne plus pouvoir accepter « un système éducatif détourné de ses fondements républicains et de ses valeurs » et « avoir toujours été du côté des réformes quand celles-ci allaient dans le sens de l’amélioration des apprentissages et de l’épanouissement des élèves ». Ce qui les guide serait « une loyauté aux valeurs de l’école d’aucun bord » (ils disent regrouper des hauts-fonctionnaires « de droite » et « de gauche »). Ce qui les anime et que révèle leur dénonciation de « la liberté de penser de l’institution toute entière mise au pas » est leur ras-le-bol d’être traités comme des sous-fifres, le déni de leur « expertise » remplacée par la technocratie ! Et leur profession de foi de « liberté » ne va tout de même pas jusqu’à s’assumer publiquement. Une liberté… sous couvert d’anonymat ! Ces hauts fonctionnaires sont sans doute bien placés pour savoir que l’administration a tendance, ces temps-ci, à tirer sur tout ce qui bouge…

Mais bienvenue au club ! Car le club des combattantes et combattants sans masque existe !

Liliane Lafargue

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