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Archives > Convergences Révolutionnaires > Numéro 1, janvier-février 1999 > DOSSIER : Loi Aubry, le piège

DOSSIER : Loi Aubry, le piège

Les 35 heures dans les banques

Mis en ligne le 1er février 1999 Convergences Entreprises

Piliers du MEDEF (ex CNPF), les banquiers regroupés dans l’Association française des banques (AFB) ont réagi très rapidement à l’annonce de la loi Aubry. Ils y ont vu immédiatement un moyen de réaliser un vieux rêve : briser les acquis sociaux des salariés de la profession. Dès la fin 97, alors que les contours du texte n’étaient pas encore totalement connus, ils ont annoncé leur intention de lier la réduction du temps de travail (RTT) à une renégociation de la convention collective de la branche. Ce statut signé en 1952 était un des plus favorables aux salariés. Malgré les modifications intervenues depuis, il maintenait un ensemble de garanties collectives comportant de nombreuses contraintes pour les patrons. La convention collective fut dénoncée en février 98. Quant aux fédérations syndicales, elles se sont empressées d’étayer l’argumentation patronale en exigeant un accord sur le temps de travail en contrepartie de la discussion sur un nouveau texte conventionnel. Ce que l’AFB a évidemment accepté.

Dans les banques, les objectifs patronaux ne diffèrent guère de ceux affichés dans les autres professions. Flexibilité accrue, baisse du coût du travail, heures supplémentaires, modulation des effectifs, des horaires et des salaires au gré de leurs besoins, recours permanent au travail à durée déterminée et droit de licenciement sans limitation sont au menu. Concernant les 35 heures, les banquiers ont annoncé la couleur : ils retranchent de la durée du travail annualisée les jours fériés et les jours de congés contenus dans la convention collective. Ainsi ils arrivent à une durée hebdomadaire effective de 36 h 20. Il ne reste qu’à « octroyer » une douzaine de jours complémentaires au bon vouloir des entreprises. Ce système permet de voler la moitié de la RTT. L’objectif est clair : la réduction du temps de travail légal ne doit pas se traduire par une diminution des horaires. En recommandant de répartir le travail sur quatre jours, l’AFB cherche même à augmenter l’amplitude d’ouverture des guichets et services à moindre coût.

Si elle prétend réaliser 50 000 embauches sur quatre ans, c’est en contrepartie d’un dispositif permettant des départs en retraites anticipées. Aucun engagement chiffré de création d’emploi n’a été pris. Dans un secteur regroupant 400 entreprises et 200 000 salariés, qui a supprimé plusieurs dizaines de milliers d’emplois en 20 ans et prévoit de nouvelles diminutions de postes, les embauches induites par le passage aux 35 heures ne représenteraient qu’une goutte d’eau. Quant aux salaires, s’ils sont maintenus, c’est au profit de l’instauration d’une rémunération à deux vitesses, la partie au-delà de 35 heures devenant une indemnité dont l’évolution n’est pas garantie.

Venant après la loi quinquennale de 1993 et surtout le nouveau décret de 1997 - une des dernières mesures prises par le gouvernement Juppé - qui remplaçait le décret de 37 réglementant la durée quotidienne et hebdomadaire du travail dans la profession, la loi Aubry autorise le patronat bancaire à parachever un dispositif déstructurant totalement le travail et son organisation. Elle permet ainsi un renforcement de l’exploitation.

Si l’AFB a trouvé un volontaire (le SNB-CGC) pour parapher son texte, elle a surtout pu compter sur la passivité de l’ensemble des fédérations syndicales. Non seulement celles-ci ont accepté de négocier avec le patronat mais elles ont évité de mettre en avant les quelques revendications unificatrices qui auraient permis d’entraîner les salariés dans une mobilisation d’ampleur qui seule pouvait faire reculer les banquiers. Appelant à des journées d’action sur des objectifs confus, elles ont contribué à limiter la riposte des employés de banques. Derrière cette attitude, on retrouve le refus des appareils syndicaux de se heurter au gouvernement en dénonçant la loi Aubry et plus généralement la politique du gouvernement.

13 janvier 1999

Eric PERREUX

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