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Archives > Convergences Révolutionnaires > Numéro 1, janvier-février 1999 > DOSSIER : Loi Aubry, le piège

DOSSIER : Loi Aubry, le piège

L’objectif du patronat : réduire le coût du travail !

Mis en ligne le 1er février 1999 Convergences Politique

La réduction du temps de travail n’a jamais été un objectif patronal et chacun se souvient des cris indignés du CNPF à l’annonce de la loi dite des 35 heures. Tous les efforts du patronat, depuis une vingtaine d’années ont été au contraire de réduire au maximum la part des salaires dans les « charges » des entreprises.

A la fin des années 70, les taux de profit ont fondu pour les capitalistes avec l’entrée dans une longue période de faible croissance. Les compromis sociaux issus de la fin de la guerre, notamment en Europe de l’Ouest étaient tenables pour le patronat en période d’expansion économique. La croissance faible des années 80 et 90 imposait d’augmenter notablement le taux d’exploitation des salariés pour restaurer des taux de profit satisfaisants. Toutes les armes employées depuis 20 ans ont été mises au service de cet objectif : du plan Barre de 1975 aux mesures actuelles, la philosophie des politiques gouvernementales a été à la mesure de cet impératif.

Le langage officiel a toujours été de « combattre la crise », mise sur le dos du prix du pétrole, de la concurrence asiatique, de « combattre le chômage » en favorisant les investissements et l’aide à l’emploi. Il faut néanmoins rappeler que durant la crise, la croissance mondiale a continué. De 1974 à 1996 le produit intérieur brut mondial, calculé en dollars constants 1996, est passé de 11 000 à 19 000 milliards. Et ces richesses ont été produites avec un volume de travail humain réduit d’un tiers !

Cela pondère largement les discours, notamment ceux des socialistes qui n’ont eu de cesse de décrire le monde comme un immense champs de ruines : « Considérons l’économie mondiale ! On n’y voit qu’un vaste champs de bataille où les entreprises se livrent une guerre sans merci ... N’oublions pas que la guerre est totale et générale ! » (F. Mitterrand, Lettre à tous les Français). La comparaison est vraie : comme pour les guerres, s’entretuent des hommes qui ne se connaissent pas pour le compte d’autres qui se connaissent mais ne s’entretuent pas ! Car le résultat est là. Depuis le début de cette crise, les richesses produites ont quasiment doublé, par contre la misère s’est répandue et les inégalités se sont aggravées.

La concurrence venue d’ailleurs, des pays « émergents » est ridicule : les 3/4 des échanges se font entre pays développés et la part des échanges internes s’élève aux environ de 80% des échanges totaux. De même, dans un pays comme la France, les secteurs qui subissent souvent les conditions d’exploitation les plus féroces sont des secteurs de PME où les concurrents sont à l’intérieur de l’hexagone.

L’impératif catégorique qui s’est imposé depuis le début des années 80 est celui de la compétitivité des entreprises, prétenduement mise en péril par les fardeaux des droits et des protections du travail.

La course au taux de rentabilité !

En fait la compétition entre les entreprises concerne surtout la course à la rentabilité maximale. Aujourd’hui le taux de rentabilité couramment demandé est de 15% à 18% net. Un milliard d’actions Alcatel ont été vendues en une seule journée de septembre 98 par les fonds de pension parce que le groupe ne promettait qu’un résultat de 4 milliards en 98 au lieu des 5,5 milliards promis. Les fonds de pension et fonds de placement qui monopolisent aujourd’hui les sources d’investissement ( 40% de la capitalisation boursière de Paris) vont jusqu’à exiger une rentabilité de 20% par an. C’est le marché financier qui, de plus en plus, fixe le seuil de rentabilité minimal sous peine de retrait des capitaux.

Le but est de baisser au maximum la part des salaires, des charges sociales et des taxes. La baisse des impôts pour les patrons est continue sous les gouvernements de gauche comme de droite. Le budget 99 vient d’en montrer un dernier exemple avec la baisse programmée de la taxe professionnelle. Le paiement des charges sociales par les fonds publics est passé de 11 milliards en 1994 à 39 milliards en 1996 : autant d’économies pour les patrons, au moment où les cotisations des salariés augmentent. Inutile de s’étendre pour comprendre que ces baisses de prélèvements se traduisent par autant d’hôpitaux fermés, d’écoles délabrées, de coupes claires dans les logements sociaux.

Tout faire pour diminuer la masse salariale !

L’autre volet est celui des attaques contre les salariés par une pression constante pour accroître à l’extrême l’exploitation, et dans les grandes entreprises sous-traiter au maximum, externaliser, accroître la main d’œuvre précaire. Le développement du chômage de masse est allé de pair, notamment ces dernières années avec la progression de la flexibilité et de toutes les formes d’emplois précaires. En 1998, 80% des embauches se font sous forme de CDD, d’intérim, etc. C’est bien un glissement systématique de la répartition des richesses lorsqu’en France 1% des foyers les plus riches concentre 50% du patrimoine global.

L’augmentation de la productivité est le credo patronal, et toutes les formes de flexibilité, de souplesse maximale dans l’organisation du temps de travail, d’accroissement des charges de travail sont les moyens pour le patronat de diminuer les emplois, d’accroître encore le niveau d’exploitation.

Il est d’autant plus odieux de voir le préambule de la loi Aubry expliquer que sa loi est l’occasion d’améliorer encore la flexibilité, les « modulations d’horaires adaptées aux variations de la production ». Aussi, accouplée à la « loi quinquennale pour l’emploi » de Balladur qui avait déjà mis au centre la flexibilité et la « modulation du temps de travail », la loi Aubry devient maintenant l’occasion pour le patronat de mener une offensive à grande échelle pour une totale dérégulation des conditions de travail, financée par l’Etat.

Laurent CARASSO

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