L’exécution sans gloire d’un fantôme
2 mai 2011 Éditorial des bulletins L’Étincelle
Vous parlez d’un exploit ! La CIA, au bout de dix ans, a fini par avoir la peau de Ben Laden, complaisamment livré par les services secrets pakistanais. Ben Laden, on avait fini par l’oublier. Pendant dix ans, les puissances occidentales l’avaient brandi comme ennemi public numéro un, les attentats du 11 septembre servant de prétexte pour les sales guerres d’Irak et d’Afghanistan, faisant des centaines de milliers de morts.
L’intégriste chrétien Bush était parti en croisade contre l’intégriste islamiste Ben Laden (ex créature de la CIA contre les troupes russes en Afghanistan dans les années 1980, ne l’oublions pas !). On parlait alors du choc des civilisations. Une vaste blague !
Car aujourd’hui, ce qui est à l’ordre du jour, ce ne sont ni les vestiges des groupes islamistes réactionnaires, ni le prétendu choc des cultures ou des religions, mais la lutte des opprimés contre leurs dictateurs et leurs exploiteurs, locaux comme occidentaux. C’est le choc de la lutte de classe et des révolutions ! Quant à « l’exploit » américain contre ce mort-vivant, Wikileaks nous révèlera peut-être un jour les tractations secrètes entre la CIA et les services pakistanais. Face à l’extension des révolutions arabes, le maintien de l’ordre impérialiste aux confins du Moyen-Orient et de l’Asie centrale valait bien cet échange de services.
Le numéro crapuleux des deux guignols
Sarkozy et Berlusconi nous jouent un sketch répugnant depuis maintenant deux semaines. Selon leurs grossiers mensonges, des immigrés clandestins arriveraient en masse à l’intérieur des frontières européennes, ce que démentent toutes les statistiques. Berlusconi a donné le coup d’envoi en octroyant des papiers provisoires aux immigrés tunisiens afin qu’ils quittent l’Italie pour gagner d’autres pays européens. Sarkozy a renchéri dans la démagogie xénophobe et fait stopper net un train Vintimille-Nice afin d’éviter l’ « afflux d’immigrés tunisiens » en France. Puis mardi dernier nos deux compères se sont réconciliés en annonçant en cœur qu’ils comptent remettre en cause les accords Schengen permettant la libre circulation des personnes en Europe !
Ah, les belles terres d’accueil ! La belle solidarité avec le peuple tunisien qui vient de dégager son dictateur. La Tunisie, elle, de 11 millions d’habitants seulement, accueille aujourd’hui chaleureusement les 200 000 réfugiés de Libye qui fuient autant les sbires de Kadhafi que les bombardements de l’OTAN. Mais la riche Europe, de plus de 300 millions d’habitants, ne pourrait pas accueillir fraternellement 20 000 réfugiés de la misère ?
Depuis, des opérations de police ont été menées à Paris, Nice et Marseille contre quelques centaines de sans-papiers tunisiens, avec arrestations et emprisonnement en centres de rétention. Alors que certains Tunisiens sont accueillis par des rafles policières, d’autres l’avaient été avec les honneurs, comme Ben Ali et sa famille reçus en grande pompe. Leurs biens immobiliers parisiens suffiraient presque à loger les sans-papiers tunisiens nouvellement arrivés.
Au plus bas dans les sondages, Sarkozy tente de doubler le Front National sur son extrême droite comme il faisait donner il y a deux mois les propos racistes de Claude Guéant. Ces pantins au gouvernement, sans honneur ni dignité, agitent leurs épouvantails xénophobes en misant sur ce qu’ils pensent être les pires réflexes et préjugés de l’électorat. En fait, cela ne juge qu’eux-mêmes. Ils oublient que la grande majorité des salariés ont de la jugeote et de l’intelligence et que leurs simagrées abjectes, à seules fins électoralistes, ne trompent pas grand monde.
Dans toute l’Europe, ces derniers mois, et même tout récemment aux Etats-Unis, les travailleurs avec ou sans-papiers, immigrés ou non, ont fait grève et défilé en scandant les mêmes slogans contre les plans d’austérité imposés par les bourgeoisies occidentales. Quant aux exploités des pays arabes, ils nous montrent aujourd’hui l’exemple du courage révolutionnaire et de la solidarité ouvrière.
Travailleurs de tous pays, de toutes cultures, unissons-nous !

