Après la répression par Kadhafi, l’intervention occidentale : un nouveau coup contre le peuple libyen !
21 mars 2011 Éditorial des bulletins L’Étincelle
Non, l’intervention militaire franco-anglo-américaine en Libye ne vise pas à venir au secours de la population civile, encore moins à soutenir les insurgés contre le dictateur Kadhafi. Cela fait plus d’un mois que le peuple libyen s’est révolté contre la dictature, en suivant les exemples tunisien et égyptien. Pendant toutes ces semaines, les mêmes grandes puissances ont laissé Kadhafi bombarder et massacrer grâce aux armes, aux avions et aux blindés qu’elles lui ont fournis depuis des années. Ce n’est que des milliers de morts plus tard, une fois les mercenaires du dictateur entrés à Benghazi, une fois l’armée de la dictature ayant repris le dessus aux dépens des insurgés désarmés et isolés, acculés à la fuite, que nos prétendus démocrates, en bons vautours, font donner leurs bombardiers. Ces bombardiers qui, à leur tour, font de nouvelles victimes et de toute évidence pas seulement parmi les mercenaires de Kadhafi.
Bien sûr, on peut comprendre le soulagement provisoire qu’ont exprimé certains insurgés de Benghazi en apprenant que leur ennemi était frappé militairement. Mais les bombes occidentales pourraient les faire rapidement à nouveau changer d’avis, du moins ceux qui ont pris la rue, puis les armes pour vraiment changer de régime. Ceux à qui doit aller toute la solidarité des travailleurs de France et du monde.
C’est une autre histoire pour les interlocuteurs que se sont choisis les chefs d’Etat occidentaux, ces dirigeants autoproclamés de l’opposition libyenne, ce « Conseil national de transition », parmi lesquels on retrouve plusieurs anciens dignitaires du régime, comme l’ancien ministre de la justice ou d’anciens ambassadeurs. Ceux-là, sans doute, sont prêts à négocier avec les forces impérialistes pour prendre la place de Kadhafi, peut-être même à s’entendre avec Kadhafi lui-même, pour mettre en place une solution à la convenance des puissances impérialistes : un régime plus ou moins replâtré, très vite sans doute aussi dictatorial que l’actuel, et tout de suite sans que la population libyenne n’ait son mot à dire.
Sarkozy, Cameron et Obama se disent pour la démocratie ? Mais au Bahreïn, on assiste en ce moment même à l’intervention militaire des Emirats Arabes Unis et de l’Arabie Saoudite, deux bons alliés des Etats-Unis, pour venir au secours non pas de la population révoltée, mais du régime ! Les mêmes Emirats qui soutiennent l’intervention en Libye et devraient y contribuer avec leur aviation !
La France, les Etats-Unis et leurs alliés, mais aussi tous les régimes de la région partagent une crainte commune. La crainte de l’approfondissement et de la propagation des révolutions. Depuis janvier, les révoltés du monde arabe ont fait tomber un dictateur, puis un autre, et d’autres sont sur la sellette. La première raison de l’intervention militaire occidentale est justement d’entraver le mouvement révolutionnaire en cours dans les pays arabes. De lui donner un coup d’arrêt.
Face à ce déploiement et cette opération militaires, ne soyons pas dupes. Les états-majors occidentaux et leurs alliés locaux ne sont pas les amis mais les ennemis des travailleurs, des peuples et des révolutions arabes. A ceux-ci exprimons notre solidarité en disant de toutes les manières possibles et le plus fort possible notre opposition à une intervention militaire, à défaut de pouvoir l’entraver ou l’arrêter ; une intervention dirigée à court comme à long terme contre eux.
Japon : la catastrophe, c’est aussi le capitalisme
Ce dimanche, le bilan humain du séisme et du tsunami se monte à plus de 8 000 morts, auxquels il faudra sans doute bientôt ajouter les 12 000 personnes officiellement portées disparues. Au moins 400 000 sans abri manquent d’eau, de nourriture et de médicaments. Le carburant fait défaut pour leur acheminer tous ces produits, a fortiori pour les évacuer. Tout cela dans la 3e puissance économique mondiale !
Bien sûr, la préparation du pays aux séismes et les normes imposées aux bâtiments ont sauvé bien des vies. Si le bilan est lourd, il est sans comparaison avec celui du séisme en Haïti, pourtant beaucoup moins puissant. Mais alors que certains sont encore réfugiés sur les toits dans l’attente de ravitaillement, la priorité du gouvernement japonais, dès le début de la semaine dernière, a été de renflouer le système financier, en donnant… 350 milliards d’euros aux banques ! En voilà un sauvetage rondement mené, sans lésiner sur les moyens !
Et les compagnies aériennes, dont Air France, qui ont presque triplé le prix des billets au départ de Tokyo, anticipant des mouvements de fuite massifs ? Sacrée loi de l’offre et de la demande ! Et ces courtiers en énergie qui se demandent déjà si le Japon se tournera vers le gaz, le pétrole ou le charbon pour spéculer sur ces matières premières ?
C’est tout simplement le vrai visage de ceux qui dirigent les Etats et l’économie : des vautours !
Tepco, le trust très profitable qui exploite la centrale de Fukushima n’échappe pas à la règle. Epinglé à plusieurs reprises ces dix dernières années pour de graves manquements à la sécurité – il avait même tenté de dissimuler des accidents – il était pourtant resté en charge d’une bonne partie du parc nucléaire japonais. Tepco a même retardé l’emploi d’eau de mer, qui aurait accéléré le refroidissement mais mis ses réacteurs hors d’usage, faisant passer ses éventuels futurs profits avant la sécurité et la santé des salariés, et même d’une bonne partie des Japonais. À commencer par les sinistrés du séisme et du tsunami, exposés à la neige, au froid... et aux radiations.
Décidément, l’énergie nucléaire est trop dangereuse pour être confiée au capitalisme !
Dans une autre société, dirigée par les travailleurs et gérée en fonction de l’intérêt général et non du profit, l’ensemble de la population pourrait décider en toute connaissance des risques si elle utilise l’industrie nucléaire... ou pas. Mais, dans l’immédiat, nous ne pouvons pas accorder la moindre confiance ni aux gouvernements qui dissimulent continuellement des informations décisives, ni à ces spécialistes qui émargent au lobby du nucléaire, comme ceux d’Areva et d’EDF qu’on a si longuement entendus à la télé cette semaine. Ceux-là vantent la technologie française prétendument plus sûre. Tout comme d’autres promouvaient une « utilisation raisonnée » de l’amiante presque un siècle après la mise en évidence de son extrême toxicité.
Rien ne pourra tempérer la soif de profit du grand patronat et de ses serviteurs. Pas même le spectre d’un nouveau Tchernobyl… ou pire. Il est temps d’en finir avec ces irresponsables, de renverser le capitalisme.

