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L’Éducation nationale à l’heure de la continuité pédagogique et du télétravail

30 mars 2020 Article Politique

L’impossible « continuité pédagogique »

À aucun moment, Blanquer et ses sbires ne se sont posé la question de ce que cela signifie de maintenir une continuité pédagogique hors de la classe.

Pour eux, ce qui compte c’est de mettre tout le monde au travail, d’afficher des « résultats » en terme de connexions, d’échanges, peu importe ce qui se fait réellement. D’ailleurs les inspecteurs eux-mêmes ne sont pas d’accord entre eux. D’une académie à l’autre, ils demandent d’avancer sur les notions ou, au contraire, de faire des révisions et des exercices d’application. Ce qui est à l’origine d’une grande confusion et d’une certaine colère chez les enseignants qui subissent ces injonctions contradictoires.

On reste dans le même esprit que celui qui prévalait avant le confinement où peu importait que les « programmes exigeants » de la réforme du lycée ne soient pas faisables dans les conditions réelles d’aujourd’hui, avec des classes surchargées, des élèves en difficulté depuis des années, sans que rien n’ait été mis en œuvre pour y remédier.

Les têtes pensantes du ministère sont dans l’affichage, mais aussi le quantitatif : il leur faut des chiffres à mettre en avant, preuve tangible aux yeux du monde qu’ils servent à quelque chose...

Quand ils y réfléchissent et prennent du recul, dans leur majorité, les professeurs sont convaincus que l’enseignement ne peut se résumer à l’envoi de cours ou d’exercices face auxquels une grande partie des élèves resteront désemparés. Ils savent que, plus encore qu’en classe, il est impossible de faire abstraction de la situation matérielle dans laquelle se trouvent une grande partie des élèves. Confinés dans des logements petits avec une famille parfois nombreuse, avec un ordinateur pour plusieurs – voire, le plus souvent, avec seulement un smartphone bien peu pratique pour travailler –, une connexion parfois aléatoire et des parents dépassés, ne possédant pas les codes scolaires et ne pouvant pas les aider !

Il est donc clair que cette situation ne peut qu’aggraver les inégalités sociales et scolaires. Car, à l’inverse, d’autres sont confinés avec des parents qui les font travailler, les aident en décryptant les consignes, les orientent vers des programmes télévisuels adaptés…

Nous savons que le rôle d’un enseignant n’est pas celui d’un précepteur, d’un guide lointain et bienveillant car, à l’exception d’une minorité des élèves (l’élite de certains établissements), ce dont ils ont besoin c’est d’interaction, entre eux et avec le prof, c’est d’explications inlassablement recommencées, c’est de tâtonner, de se tromper…

Car apprendre c’est réussir à faire ce que l’on ne sait pas faire. Cela demande du temps et des échanges permanents, impossibles dans les circonstances actuelles !

De plus, dans les conditions anxiogènes actuelles, où l’on craint pour la santé de ses proches, où l’on est envahi par la tristesse face aux décès, comment penser que, livrés à eux-mêmes, les élèves auront la tête à travailler plusieurs heures par jour ?

Est-ce si grave dans la vie que de rater deux ou trois mois de cours… quand on sait que, chaque année, en Seine-Saint-Denis, des dizaines de milliers d’élèves n’ont pas cours faute de remplaçants !

Toutes ces raisons devraient conduire les enseignants à être très prudents : d’accord pour donner aux élèves de quoi réfléchir, s’exercer, s’occuper, en restant très mesurés sur les quantités. Mais pas d’accord pour les assommer avec de nouvelles notions qu’on ne leur laisse pas le temps d’assimiler, avec du travail à rendre dans de courts délais ! Pas d’accord pour les évaluer, car la hiérarchie voudrait que la sacro-sainte règle de l’évaluation continue à prévaloir, même dans ces circonstances où rien ne garantit le travail personnel de l’élève et où il n’a pas été accompagné par ses profs !

Les risques liés à cette expérimentation grandeur nature du télétravail

Cette expérimentation d’un enseignement à distance généralisé peut faire craindre certaines évolutions.

En effet, dans le cadre de la réforme du lycée, le ministère voudrait mutualiser les enseignements de spécialité sur un secteur car il estime qu’ils sont trop peu demandés dans chacun des lycées. Or, cela ne s’avère pas possible à cause de contraintes matérielles : déplacement des élèves, emplois du temps incompatibles, etc. C’est là que la classe à distance, sous la houlette d’un seul enseignant volontaire, pourrait se mettre en place, y compris hors temps scolaire (fin d’après-midi, mercredi après-midi). Même chose pour les options « rares », comme les langues anciennes, par exemple.

Le suivi des élèves absents pour maladie, pour phobie scolaire ou pour toute autre raison pourrait devenir une obligation de service… à distance !

Pour compenser les problèmes de recrutement, en mathématiques notamment, on peut imaginer des « super » profs faisant cours « en distanciel » à des grands groupes d’élèves.

Bref, cette situation ouvre des possibilités pour supprimer des postes, offrir des marchés aux entreprises privées du numérique et autres fabricants de logiciels, voire pour privatiser des pans entiers de l’Éducation.

Cette période de crise illustre donc le mépris du ministre pour les élèves comme pour les personnels, ainsi que la maltraitance dont ces derniers sont l’objet de sa part. La porte-parole du gouvernement, Sibeth Ndiaye, en a rajouté une couche en parlant des profs comme s’ils ne travaillaient pas (!) dans une déclaration publique le 25 mars.

Il reste qu’élèves, parents et professeurs auront noté le refus du ministre de les protéger, de préparer leur confinement, de les accompagner en prenant en compte les enjeux véritables du télétravail dans l’enseignement, de dissiper l’inquiétude des élèves de Terminale sur le baccalauréat…

À l’heure de demander des comptes sur la gestion de la crise, nul doute que tout cela pèsera dans la balance afin de demander la démission de Blanquer, ainsi que la mise en œuvre d’une autre politique dans l’Éducation nationale !

L. F.

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