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Archives > Convergences Révolutionnaires > Numéro 127, juin-juillet-août 2019

Gilets jaunes : la mobilisation ne se résume pas aux samedis

Mis en ligne le 15 juin 2019 Convergences Politique

« De 290 000 manifestants à 9 500 : le début de la fin des Gilets jaunes ? », se questionnait BFM-TV le 2 juin. Et de plastronner en publiant la courbe inexorablement déclinante des participants aux samedis jaunes, de semaine en semaine. Mais ça fait plus de six mois que ça dure. Et si déclin il y a, indéniable, l’acharnement et la dignité des Gilets jaunes restent au rendez-vous. La mobilisation ne se résume pas aux samedis. De nombreuses réunions et actions continuent un peu partout en semaine, en particulier en direction de personnels hospitaliers, de vendeuses de supermarché ou autres travailleurs en lutte. Et les médias font bien d’être prudents en mettant des points d’interrogation à propos du déclin, car personne ne peut jurer que les nouveaux sales coups de l’Acte II de Macron, ou des mesures de ses amis patrons comme l’augmentation du prix de l’électricité ou de nouveaux licenciements en masse, ne vont pas jeter ce qu’il faut d’huile sur un feu non éteint.

C’étaient encore 1 500 manifestants à Paris ce samedi 1er juin. Des rassemblements aussi dans d’autres villes, dont Strasbourg où les Gilets jaunes ont organisé une sympathique manifestation à vélo, acclamée tout au long de son parcours avant de terminer en pique-nique géant.

La marche des « mutilés pour l’exemple »

Le dimanche 2 juin, une « marche des mutilés » avait lieu à Paris, pour protester contre le fait, scandaleux, que depuis novembre dernier, près de 2 500 manifestants aient été blessés, dont certains gravement : mains ou mâchoires arrachées, yeux éborgnés... En cause, l’usage contre les manifestants de LBD (lanceurs de balles de défense) et autres grenades d’encerclement qui peuvent tuer. Mais qu’à cela ne tienne, le ministre de l’Intérieur Christophe Castaner et l’inénarrable secrétaire Laurent Nunez dont il est toujours flanqué (genre Dupont et Dupond) n’ont « pas de regret » sur leur gestion de l’affaire : « Les choses se sont quand même globalement bien passées en matière d’ordre public » (déclaration au Grand Jury de RTL/LCI). On aurait envie de leur dire « mon oeil ! »

Une multitude d’initiatives

Même beaucoup moins nombreux, les manifestants restaient déterminés et dignes, ce 29e week-end en jaune. Si « début de la fin » il y a, on peut surtout retenir le mot « début »... de quelque chose. Car du chemin a été parcouru en six mois par ces centaines de milliers d’hommes et de femmes qui ont entamé leur combat sur des ronds-points, dans des assemblées, et autres lieux de discussions. Et loin de la désorganisation soi-disant caractéristique du mouvement, ils n’ont cessé de tisser des liens au travers des réseaux sociaux, mais aussi par de multiples réunions pour coordonner au mieux leurs actions. Ce n’est pas pour rien que le gouvernement et sa police se sont acharnés à les détruire. Tout récemment, l’essentiel des quartiers généraux de Gilets jaunes du Bas-Rhin et du Haut-Rhin ont été incendiés ou vandalisés. Qui le sait ? Et par qui ? La lutte a été inimaginablement rude, pendant six mois, pour ces Gilets jaunes qui se sont dressés contre une taxe pour en arriver à parler de révolution et à remettre en question le fonctionnement du système actuel. Revendications sociales et politiques vitales restent à l’ordre du jour.

Pour beaucoup on en est là. Comment continuer ? Comment s’organiser et où ? Une multitude d’initiatives existent. Certains ciblent l’intervention et la mobilisation locales et visent l’horizon des municipales. D’autres envisagent de créer des associations. D’autres encore militent en direction des entreprises, du milieu ouvrier, qui n’est autre que celui de bon nombre de gilets jaunes mobilisés, tout particulièrement dans des villes de provinces. Des rencontres et discussions, petits forums de gilets jaunes et/ou militants syndicaux, révèlent que bon nombre de patrons ont mené la guerre aux gilets jaunes de leurs entreprises, en particulier à de jeunes intérimaires mais pas seulement. Contrairement à ce qui a pu être dit et écrit, le mouvement des Gilets jaunes n’a pas été sans poser problème au patronat. Celui-ci ne s’est pas senti en dehors du coup. Il a senti le vent du boulet. Il a eu peur à bien des endroits, et apparemment davantage de gilets jaunes d’entreprises et de la contagion qu’ils pouvaient inspirer que de syndicalistes qu’ils ont l’habitude de fréquenter et qu’ils pensent – à tort ou à raison – facilement maîtriser.

De nombreux témoignages confirment que la couleur jaune a eu – et conserve – quelques moyens de vivifier les lieux de la lutte de classe : en apportant sa solidarité, son soutien, elle contribue à donner de l’audience à bien des luttes, celles d’aides soignantes ici, de travailleurs de l’automobile là. La presse régionale est pleine de tels récits. Mais les lumières jaunes, comme les autres mouvements de colère dans le monde ouvrier, restent à ce jour encore trop intermittentes et éparpillées.

Et qui sait si ce solide noyau de Gilets Jaunes toujours présent, actif, et qui ne semble pas avoir l’intention de s’en tenir là, ne sera pas un ciment précieux et utile aux luttes à venir. Car la nature transversale du mouvement des Gilets jaunes a mis dans bien des têtes la nécessité de sortir des luttes secteur par secteur, en veillant toujours à ce que celles-ci soient dirigées par leurs propres artisans.

3 juin 2019, Michelle Verdier

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Numéro 127, juin-juillet-août 2019

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