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Archives > Autres archives > Tribunes de la fraction dans l’hebdomadaire « Lutte Ouvrière » > 2007 > décembre > 5

Contre une réforme de l’enseignement professionnel qui veut des jeunes au boulot, plus vite et moins formés

5 décembre 2007

Parallèlement à la mobilisation des étudiants et lycéens contre la loi Pécresse, depuis deux semaines, élèves et enseignants de lycées professionnels ont manifesté dans plusieurs villes contre la réforme de l’enseignement professionnel annoncée par Darcos : suppression des Brevets d’Enseignement Professionnel (BEP) et « généralisation » des baccalauréats professionnels (Bacs Pro) en trois ans seulement. Dans une circulaire adressée aux Recteurs d’Académie, Darcos fixe des objectifs chiffrés pour la rentrée 2008. Les manifestations ont eu lieu là où les rectorats ont déjà annoncé la couleur pour la rentrée 2008.

Jusqu’à présent à la sortie de la classe de troisième, les élèves se voyaient proposer trois filières : la filière générale, la filière technologique – toutes deux préparant à un baccalauréat en 3 ans – et la filière professionnelle proposant ou bien un Certificat d’Aptitude Professionnelle (CAP) en 2 ans menant directement à la vie active, ou bien un BEP en 2 ans suivi d’un Bac Pro en 2 ans.

Dans ce dernier cas, la préparation du Bac Pro se faisait en 4 ans, via le BEP, diplôme national, au bout de 2 ans. Avec la réforme prévue, les élèves de cette filière n’auraient plus que 3 ans pour préparer leur Bac – l’année supplémentaire leur étant pourtant nécessaire pour se mettre au niveau, après souvent des difficultés scolaires en enseignement général au collège. De plus, exit de facto le BEP, qui n’était pas reconnu dans les Conventions collectives, au contraire du CAP dont les chambres patronales contrôlent en partie les programmes et les jurys.

L’enseignement professionnel, 30 ans en arrière ?

Cette réforme est déjà une manière de réduire les effectifs d’enseignants des lycées professionnels. Mais pas seulement.

Les lycées professionnels sont les héritiers des Collèges d’Enseignement Technique (CET) supprimés en 1976, qui représentaient « l’enseignement court » pour les gosses d’ouvriers : les jeunes sortaient alors titulaires d’un CAP ou d’un BEP et allaient travailler dès l’âge de 16 ans. Depuis et pendant plus de trente ans, l’enseignement professionnel a été « tiré vers le haut », offrant aux jeunes des classes populaires des formations plus longues comme le Bac Pro et même, de plus en plus, le BTS, formation post-bac en 2 ans.

Certes, c’était une façon de garder plus longtemps sur les bancs de l’école des jeunes qui ne trouvaient pas de boulot sur le marché du travail. Mais cela a permis aussi l’accès d’un plus grand nombre à une certaine culture générale, même insuffisante, car faute de moyens, la « massification » de l’enseignement s’est souvent accompagnée de programmes d’enseignement général allégés.

Avec la réforme envisagée, il y a gros à parier qu’en 3 ans seulement, une bonne partie des élèves qui voulaient décrocher un Bac Pro n’y parviendront pas. Exit donc, tous ceux-là, vers des formations plus courtes : CAP et apprentissage, alors qu’auparavant le passage par le BEP permettait à environ 50 % d’aller au Bac Pro. Dans les projets communiqués par certains rectorats, il y a d’ailleurs un gonflement des filières CAP, au détriment des Bacs Pro, cependant que les équipes des lycées professionnels publics sont fortement incitées à accepter des sections d’apprentis.

Pas question que des jeunes soient envoyés illico vers des petits boulots

Là où les informations sur la rentrée 2008 ont été données, les jeunes ne s’y sont pas trompés et, très vite, ont manifesté dans les rues aux cris de « Non à la suppression des BEP » , « Non à une culture au rabais » . Face à la montée de la colère, des responsables de rectorats affirment que Darcos aurait décidé de « geler » la réforme de l’enseignement professionnel, du moins jusqu’en février. S’agirait-il d’un recul ? Ou d’un pas en arrière pour mieux sauter ?

Ce n’est pas un « gel » que demandent les lycéens et enseignants des lycées professionnels qui ont commencé à se mobiliser, mais un retrait pur et simple de cette réforme rétrograde et méprisante pour les élèves issus des classes populaires. La mobilisation doit s’amplifier.

Jean-Jacques FRANQUIER

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