Aller au contenu de la page

Attention : Votre navigateur web est trop ancien pour afficher correctement ce site internet.

Nous vous recommandons une mise à niveau ou d'utiliser un autre navigateur.

Archives > Autres archives > Tribunes de la fraction dans l’hebdomadaire « Lutte Ouvrière » > 2007 > novembre > 21

Au lendemain d’une journée « tous ensemble », quelle suite ?

21 novembre 2007

La journée du 20 novembre a finalement été une journée de grèves et de manifestations à la fois de cheminots, d’agents de la RATP, de gaziers et d’électriciens, de fonctionnaires –hospitaliers, postiers et surtout enseignants –, et même de quelques entreprises du secteur privé. A tous ceux-là se sont ajoutés de forts contingents d’étudiants et de lycéens. Les manifestations ont réuni dans les grandes villes du pays, au total des centaines de milliers de participants, un niveau que l’on n’avait plus vu depuis le mouvement contre le CPE.

Cette journée a donc eu un air de « tous ensemble ». Et cela en dépit de tous les efforts faits par les états-majors syndicaux, qui s’étaient évertués à lancer des appels à des dates laissant peu de chance de faire coïncider les mobilisations des travailleurs des différents secteurs, insistant sur les différences qu’elles pouvaient avoir et faisant l’impasse sur ce qui leur permettait au contraire de converger. S’il n’y avait eu l’entêtement à maintenir leur grève de la base des cheminots et des agents de la RATP, s’il n’en avait dépendu que des chefs syndicaux, tout était prévu pour que les uns s’essoufflent avant que les autres commencent. Exactement comme le souhaitaient les Sarkozy, Fillon et consorts, et conformément aux vœux du patronat.

Qui peut pourtant dire (à part de soi-disant chefs syndicaux…) que telle ou telle catégorie de travailleurs n’est pas directement concernée par les projets dits de réforme, alors qu’ils visent à augmenter le temps de cotisation pour la retraite et abaisser le niveau des pensions, à faciliter les possibilités de licenciements et augmenter les charges de travail en accroissant le chômage, à faire baisser les salaires sous la pression de celui-ci et à diminuer les indemnités aux chômeurs ? Quels sont les travailleurs qui face à l’augmentation des produits de première nécessité – la nourriture, l’essence, les loyers, les charges – ne sont pas concernés par la baisse du pouvoir d’achat ? Lesquels n’auraient pas à faire les frais des nouvelles franchises sur les remboursements médicaux ? Qui ne pâtirait d’une nouvelle dégradation des services publics ?

Et surtout qui peut prétendre (à part les mêmes…) que les travailleurs, confrontés à tous ces problèmes, seraient en meilleure position pour empêcher un nouvel appauvrissement de tous en se battant séparément, les uns après les autres, plutôt qu’en affrontant tous ensemble le gouvernement et le patronat ?

Aussi réussie qu’ait pu être cette journée du 20 novembre, elle ne peut cependant être qu’une étape de la mobilisation nécessaire pour réussir à faire reculer Sarkozy et le patronat. A ces derniers il en faut bien davantage avant qu’ils ne se convainquent que leur classe, celle des possédants, pourrait avoir encore bien plus à perdre si elle ne cédait pas aux revendications légitimes des travailleurs. Pour aboutir à un résultat tangible, la grève et les manifestations de rues doivent continuer, s’élargir, s’amplifier. Les chemins et les rythmes peuvent être divers et il est difficile d’en tracer un plan à l’avance. D’autant que les organisations qui en principe auraient les moyens de proposer des perspectives d’action, les confédérations syndicales, ne souhaitent ni la durée ni l’extension et n’attendent qu’un moment de faiblesse du mouvement pour faire passer leur désir d’aller, en bons maquignons, « négocier » des reculs sur la base des plans du gouvernement.

Quant à la gauche tous les leaders de sa principale composante, le Parti socialiste, proclament à tous les médias et sur tous les tons qu’ils sont pour les prétendues réformes et qu’ils regrettent la grève. Ils se complaisent à faire entendre qu’ils serviraient mieux leurs maîtres, la bourgeoisie, parce qu’ils seraient plus habiles que la droite à faire passer ces mauvais coups en évitant les conflits sociaux.

Reste que malgré ses ennemis déclarés et ses faux amis, le mouvement a encore des ressources, et en particulier la grève des cheminots et des agents de la RATP. Ici ou là, des travailleurs, militants d’organisations révolutionnaires, syndicalistes qui n’admettent pas la duplicité de leurs chefs, militants de partis de gauche qui ne s’inclinent pas devant les volontés de la droite et des patrons, ou encore simples travailleurs du rang combatifs, tous ceux-là font déjà valoir ou auront à cœur de le faire, leur volonté du « tous ensemble » auprès de leurs camarades. Ils peuvent prendre l’initiative d’assemblées pour préparer la suite, de liens entre celles-ci, assurer le contact avec d’autres catégories et d’autres secteurs, et surtout s’organiser pour permettre à la base de contrôler ce qui se décide en son nom. Une chance pourrait ainsi être donnée pour que la combativité dont fait preuve aujourd’hui une fraction importante de la classe ouvrière débouche sur des résultats réels, et en tous cas permette de mener les luttes actuelles au mieux de leurs possibilités.

Louis GUILBERT

Imprimer Imprimer cet article Réagir Réagir à cet article