Contre la vague des licenciements, une même marée montante de luttes !
7 septembre 2009 Éditorial des bulletins L’Étincelle
Des peines de 3 à 5 mois de prison avec sursis, assorties de lourdes sommes pour réparation des dégâts commis à la sous-préfecture de Compiègne, voilà le verdict tombé la semaine dernière contre une poignée de travailleurs de Continental. Voilà comment la justice de classe, par réflexe de trouille sans doute, répond aux travailleurs qui luttent contre les licenciements. En revanche, aucune sanction pour les inestimables dégâts engendrés par les centaines de milliers de suppressions d’emplois de ces derniers mois dont sont coupables les casseurs du monde patronal. Les patrons du privé ne sont d’ailleurs pas les seuls coupables. Le gouvernement impose la même saignée dans les services dits publics, de transports, poste, hôpitaux et éducation. Mais ça n’a pas troublé la fête entre patrons et ministres, à l’université d’été du MEDEF ! Ces dividendes rondelets touchés par les actionnaires et ces « bonus » exorbitants touchés par des PdG ? On les déplore, mais on les empoche ! Tant pis si Air-France, General Motors, Michelin annoncent ou confirment de nouveaux plans de licenciements, sans parler des petites entreprises qui licencient ou ferment sans même que la presse nationale s’en fasse l’écho.
Heureusement que l’actualité sociale, c’est aussi les réactions et les luttes du monde du travail. Nombreuses, souvent déterminées et radicales, ces derniers mois. Des patrons ont pleuré parce qu’ils étaient prétendument séquestrés, ou que leur entreprise était menacée de sauter sur des bonbonnes de gaz ! Mais ceux qui ont lutté n’ont arraché qu’un gros, ou petit chèque, pour partir, car ces luttes ont eu lieu sans coordination entre elles, donc sans le rapport de forces nécessaire pour interdire les licenciements. Les confédérations syndicales dont ce serait la tâche de « fédérer » les luttes, ont laissé sans lendemain les deux journées de janvier et mars qui avaient pourtant été d’énormes succès.
Aujourd’hui, Bernard Thibault qui dirige une CGT qui conserve un gros potentiel d’intervention dans l’industrie, s’affiche réservé à l’égard des travailleurs qui, à Continental ou NewFabris, ont eu « des revendications portant sur l’indemnisation des licenciements » . La « démarche syndicale » selon lui, serait de « lutter pour l’emploi ». Lui aurait « une réelle ambition politique sur l’avenir de l’industrie » . Mais il ne précise ni comment ni quand les travailleurs qui sont licenciés aujourd’hui et maintenant pourraient bien, tous seuls dans leurs entreprises souvent petites, imposer le maintien de leur emploi plutôt qu’un chèque ?
Aucune perspective de lutte commune n’est donnée par les confédérations, dont les principaux responsables, Chérèque et Thibault, brillent par leur fréquentation des salons de l’Elysée ou Matignon. Ce ne sont pourtant pas les états généraux de l’industrie annoncés par Sarkozy qui sauveront les emplois !
Pour l’emporter contre les licenciements, dans le privé comme dans le public, il faut que les travailleurs menacés entrent en lutte, mais surtout s’unissent, se coordonnent, imposent ensemble un rapport de force qui inquiète le patronat et le gouvernement. Tous ensemble oui, plus que jamais !
Des travailleurs de Continental, de NewFabris, de Ford à Bordeaux ont accompagné leurs luttes d’efforts de jonction et de regroupement en « collectif contre les patrons voyous et licencieurs ». Ils se sont adressés à d’autres pour se joindre à eux, et ont manifesté ensemble : c’est dans ce sens qu’il faut poursuivre. Des « journées » ont été annoncées par des fédérations syndicales, en ordre dispersé, le 17 septembre à Paris à l’appel de la CGT de l’automobile, le 22 septembre contre la privatisation de La Poste. Des directions syndicales de cheminots envisagent aussi cette échéance du 22 septembre. Il faut évidemment s’en saisir, mais surtout faire de ces rendez-vous autant d’occasions pour nouer, à partir des entreprises en lutte, les contacts nécessaires à la convergence des combats à venir. Le tous ensemble, c’est la condition pour que les travailleurs imposent de ne plus payer la facture de la crise.

