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Archives > Convergences Révolutionnaires > Numéro 40, juillet-août 2005 > DOSSIER : Main basse sur l’argent public

DOSSIER : Main basse sur l’argent public

De l’impôt à la révolution...

Mis en ligne le 4 juillet 2005 Convergences Société

En 1640, le trésor royal anglais est vidé par les pensions versées aux grands du royaume et à l’église anglicane, le trône vit au-dessus de ses moyens. Le roi Charles 1er institue donc de nouvelles taxes sur la circulation des marchandises et le commerce maritime. La bourgeoisie des villes, en pleine ascension, mais aussi de larges fractions de la petite et moyenne noblesse, qui se lance elle aussi dans les affaires, entrent en rébellion. Incapable de recouvrer l’impôt, Charles 1er doit convoquer la Chambre des Communes, dispersée depuis une décennie, et qui est élue par environ 200 000 électeurs, selon des critères de fortune. Les nouvelles classes riches de la société exigent leur part du pouvoir politique, en échange des impôts : un impôt ne serait légitime que s’il est consenti par le peuple, c’est-à-dire bien sûr par ses « représentants » autorisés... L’épreuve de force tourne vite à la guerre civile, et débouche sur l’exécution du roi.

Un siècle plus tard, le roi d’Angleterre décide d’imposer de nouveaux impôts, cette fois aux colonies anglaises d’Amérique. Les notables des colonies refusent l’impôt, et appellent au boycott des marchandises anglaises. Au nom des principes mêmes de la révolution anglaise : pas question de payer l’impôt si les Américains ne sont pas représentés dans un parlement indépendant ou à celui de Londres. La guerre d’indépendance se termine en 1783 par la création d’un nouvel État, les États-Unis d’Amérique.

Enfin, la révolution française de 1789 elle aussi commence par un conflit fiscal. Là encore, le trône est au bord de la faillite, grevé par des dépenses militaires, le train de vie de la cour, et les innombrables pensions distribuées généreusement à l’aristocratie. Louis XVI décide d’élargir l’assiette de l’impôt, au nom de la justice fiscale ! Car l’impôt repose essentiellement sur les classes populaires et la bourgeoisie, via la capitation et la taille (des impôts directs) ou de multiples taxes, comme la fameuse gabelle sur le sel. La collecte est assurée par des financiers... privés, les détestés « fermiers généraux » qui avancent au roi le produit de l’impôt, et se rattrapent ensuite sur la population, à l’aide de la troupe s’il le faut, avec d’énormes commissions ! L’aristocratie et le clergé, largement dispensés de l’impôt, sont priés de contribuer à leur tour au financement de l’État royal, mais les deux ordres privilégiés refusent. La monarchie doit concéder la convocation d’États généraux, qui voteraient les nouveaux impôts. Mais à cette occasion les bourgeois qui mènent le tiers-état, réclamant l’abolition de l’absolutisme et des privilèges, se constituent en assemblée nationale. De peur que le roi ne fasse intervenir l’armée, le petit peuple parisien intervient, en prenant la Bastille, le 14 juillet : la révolution commence...

Logiquement, en rédigeant la déclaration des droits de l’homme, les députés de 1789 n’oublieront pas... l’impôt (article 13 : chaque citoyen doit participer à une contribution financière commune, « à proportion de ses facultés »).

Marx et Engels, plus tard, constateront pourtant un paradoxe : toutes ces révolutions, commencées sous la bannière d’un « État moins cher », ont finalement débouché sur le développement d’États plus lourds, plus coûteux, et pas moins prolixes d’impôts pour les classes populaires ! C’est que les bourgeoisies qui ont fait ces révolutions ne voulaient pas forcément moins d’impôts (même quand c’était le but affiché) mais d’abord les contrôler pour les faire servir à leurs propres intérêts. Car qui contrôle les comptes (des entreprises comme de l’État) a le pouvoir. À ne pas oublier dans le programme du prolétariat révolutionnaire.

B.R.

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