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DOSSIER : Après les congrès CFDT et CGT : où vont les syndicats ?

46e congrès de la CGT : offres de services

Mis en ligne le 1er avril 1999 Convergences Politique

« En trois ans (...), M. Viannet aura fait en sorte que la CGT s’autonomise par rapport au PCF, amorce un virage européen, s’engage dans les négociations sur les 35 heures et se rapproche de la CFDT ; par un ultime coup de pouce, il s’est dit prêt, en novembre, à ’juger sur pièces’ un projet de fonds de pension, levant un verrou supplémentaire pour son successeur », expliquait Le Monde du 2 février.

Jusqu’à Ernest-Antoine Seillière, le dirigeant du MEDEF (ex CNPF), qui s’est félicité de « l’attitude moins systématiquement contestataire et plus ouverte » des dirigeants de la CGT.

En fait d’autonomie par rapport au PC, le projet de la direction de la CGT est parallèle à celui de la direction du Parti Communiste : c’est ce qu’a très clairement exprimé Robert Hue en relevant, à propos du dernier congrès de la CGT, « la forte concomitance » entre l’évolution de la CGT et celle du PCF, tous deux engagés dans « une démarche commune d’ouverture ». Thibault prône les vertus d’un « syndicalisme de proposition » (au patronat) de la même façon que Robert Hue veut que son parti soit une « force de proposition » au sein du gouvernement. L’idylle Thibault-Notat dans une même orientation de collaboration de classe, n’est jamais que le pendant de l’alliance PC-PS dans la « gauche plurielle » gouvernementale.

Les gages donnés par la CGT

Le 46e congrès de la CGT a été l’occasion de faire des gestes en direction du patronat. Ce n’étaient pas les premiers. Le congrès précédent avait entériné la suppression des statuts de la CGT de toute référence à la lutte de classe. Il ne s’agissait plus, il est vrai, que d’une référence toute formelle, mais les symboles servent à annoncer la couleur.

L’arrivée, inespérée, au gouvernement de la « gauche plurielle » en 1997 s’est révélée une occasion pour la CGT de tenter de rattraper le temps perdu. Qu’attendent le patronat et le gouvernement de la CGT dans la période qui vient ? Des engagements dans des directions toutes balisées : l’annualisation et la flexibilité, la mise au rancart des conventions collectives, l’extension du travail précaire dans la fonction publique après sa généralisation dans le secteur privé, les privatisations à tout va, la diminution des retraites et l’institutionnalisation des fonds de pension.

Sur l’annualisation et la flexibilité, la CGT a déjà multiplié les gages, en ayant signé à ce jour plus de 20 % des accords. Au congrès, Maryse Dumas comme Bernard Thibault ont évoqué les « propositions » de la CGT concernant la rédaction de la future loi sur les 35 heures, en se gardant de s’opposer à l’annualisation – Maryse Dumas tenant même à s’incliner devant le fait accompli.

Pour ce qui est de la Fonction publique, Christian Laroze, secrétaire de la fédération CGT du Textile, a annoncé de la tribune du congrès (cité par Le Monde du 6 février) les intentions de la CGT : « les salariés du public vont bientôt découvrir, avec les 35 heures, la flexibilité intense telle qu’on la subit, dans l’industrie, depuis dix ans. (...) Pendant qu’ils géraient les évolutions de carrière et les augmentations salariales, nous subissions, nous, les licenciements massifs et les délocalisations. Aujourd’hui, ils espèrent avoir les 35 heures sans perte de salaire et sans flexibilité. Faut pas rêver ! » Voilà le gouvernement prévenu lorsqu’il décidera d’engager les batailles déjà annoncées par la publication du rapport sur le temps de travail dans la Fonction publique.

En ligne de mire, la question du mode de calcul de la retraite des fonctionnaires et le dégagement des capitaux considérables représentés par ces retraites actuellement gérées par la Caisse des dépôts et consignations. Mais, là-dessus, les déclarations de Viannet sur les fonds de pension valent pratiquement engagement de la part de la CGT.

Quelles contreparties la CGT peut-elle espérer ?

Un renforcement de l’appareil, des moyens supplémentaires mis à sa disposition, à l’exemple, rêvent les confédérations françaises, des appareils syndicaux allemands ou britanniques.

Bernard Thibault n’a pas manqué de faire valoir que l’affaiblissement des syndicats n’était pas une bonne chose pour le patronat et le gouvernement en rappelant les « coordinations » de 1986, lors de la grève des cheminots. En d’autres termes, il réclame des moyens pour pouvoir s’opposer efficacement aux explosions de colère des travailleurs et contrer sans risque les militants qui tenteraient de proposer aux travailleurs des modes d’organisation démocratiques leur permettant de contrôler leurs propres luttes, militants issus des rangs de l’extrême gauche ou de la CGT elle-même.

Au milieu des années 1980, l’espoir de supplanter l’influence du Parti Communiste dans la classe ouvrière a été caressé par quelques dirigeants socialistes aspirant à la création d’une social-démocratie française appuyée sur un grand syndicat « réformiste ». Si cette tentative a échoué de l’extérieur du Parti Communiste, il n’est pas dit qu’elle soit vouée à l’échec à tout jamais. En particulier si elle vient « de l’intérieur » en quelque sorte, et c’est la question une nouvelle fois posée de la social démocratisation du Parti Communiste, entamée depuis longtemps et toujours pas achevée. En tout cas, la liste « plurielle » conduite par Robert Hue comme l’orientation adoptée au dernier congrès CGT sont des gestes dans ce sens-là.

Les jeux ne sont pas faits

Depuis 1981, les militants ouvriers du Parti Communiste, en général militants de la CGT, ont dû avaler tant de couleuvres que nombre d’entre eux s’ils n’ont pas laissé tomber le parti se sont en tout cas réfugiés dans l’activité syndicale où ils avaient le sentiment de pouvoir donner libre cours à leurs sentiments anticapitalistes. Ce sont eux que, bien souvent, on a vu s’exprimer dans les documents préparatoires du congrès. Ce sont eux que le congrès a sinon toujours bâillonnés, du moins largement filtrés.

Mais obtenir ce qu’on veut d’un congrès sur-mesure est une chose. Réussir à l’imposer à de nombreux militants chevronnés en est une autre. Cela ne se fera probablement pas sans vagues. D’autant que, dans les mois qui viennent, le patronat et le gouvernement vont venir réclamer à la direction de la CGT les compromissions que celle-ci leur a laissé entrevoir, avant même de lui donner quoi que ce soit en échange, sans même qu’il soit sûr qu’ils lui donneront jamais quoi que ce soit.

Il est à souhaiter que les vagues que les Thibault vont créer à la CGT les emportent... En tout cas, dans cette période, il sera important que les révolutionnaires trouvent un terrain commun avec tous ces militants cégétistes qui vont être en butte au « recentrage » de leur organisation. Cela peut passer par la mise en avant à l’intérieur de la CGT d’un programme de luttes à l’exact opposé des abandons de la direction de la confédération.

Jean-Jacques FRANQUIER


Unité ouvrière, ou connivence de bureaucrates ?

Le congrès CGT s’est fait sous le signe de l’unité syndicale. « Lorsque des responsables syndicaux ne peuvent plus se serrer la main, c’est le patronat qui se frotte les siennes », a affirmé Bernard Thibault à l’ouverture du congrès. L’union des travailleurs fait leur force, certes. Mais est-ce cela dont il s’agit avec la poignée main Thibault-Notat ?

Le « Tous ensemble » scandé en fin de congrès signifiait des choses bien différentes selon les congressistes. Il y avait celui évoquant les grévistes de novembre décembre 1995 unis dans la lutte contre le plan Juppé et Notat qui le soutenait ; et celui lancé par les dirigeants pour vanter en 1999 le ralliement à cette même politique de Notat.

Cette unité-là ne vise pas à unifier les revendications, à organiser les luttes, à les faire converger, pour combattre l’application de la loi Aubry, l’annualisation, la flexibilité. Elle vise à proclamer que la CGT se rallie au « syndicalisme de proposition », armé du seul stylo, branche par branche, secteur par secteur, boîte par boîte.

En fin de congrès, à la suite d’interventions parfois houleuses exprimant le désir d’une unité dans les luttes, Thibault finit par parler d’un « rendez-vous national interprofessionnel unitaire » sur l’emploi. Reprenant confiance, des délégués proposent d’ « aller dans la rue », ou de faire « comme à l’hiver 1995 ». Mais non, répond Thibault, « ce n’est pas, a priori, l’objectif qu’on vise » en ajoutant, pour être plus clair :« On n’a pas suggéré, pour l’instant, d’organiser une journée d’action ».

A.S.


Un congrès sur mesure

Les « débats », les « contributions à la discussion », n’ont pas manqué au dernier congrès CGT. Plus exactement, le filtrage opéré par la direction confédérale n’a pas réussi à étouffer totalement l’expression de tous ceux que le cours actuel ne satisfait pas. Une contestation, à vrai dire, qui s’était faite entendre beaucoup plus fortement dans certains congrès locaux et assemblées préparatoires. Mais du « droit à la parole » à la démocratie syndicale, il y a un fossé que les modernistes à la tête de la CGT ne sont pas près de franchir.

Car ce qui ne change pas, à la CGT, c’est la préparation bureaucratique du congrès. Comme la tradition stalinienne le veut, les délégués ne sont pas des délégués élus par les syndicats, fédérations et unions locales après débats préparatoires, en fonction des positions, amendements défendus par les uns et les autres. La confédération décide de la répartition statistique et politique globale des délégués, du pourcentage de jeunes, de femmes, de retraités, de « nouveaux » délégués, d’immigrés, de chrétiens, de militants du PS, voire d’opposants et de militants révolutionnaires… et fait des demandes par syndicat, UL, etc. Du coup, la désignation des délégués est faite sur commande par chacune des directions fédérales ou départementales, indépendamment, dans la quasi totalité des cas, des discussions préparatoires, quand elles ont lieu ! Autrement dit, cause toujours…

En dépit des interventions des congressistes, pas un mot de Thibault sur la politique du gouvernement. Pas la moindre remise en cause du « syndicalisme de proposition ».

Tout était verrouillé… au congrès. Quant à ses suites, dans les rangs des militants CGT au contact de la base ouvrière, c’est une autre affaire. Car au fur et à mesure de la mise en application de la loi Aubry, c’est, mieux qu’un « débat » de congrès bien filtré, la contestation de la ligne confédérale qui commence à prendre de l’ampleur.

C.P.


Quand la CGT refusait de signer …

Ces dernières années le discours officiel de la CGT disait « on ne signe pas d’accord acceptant la flexibilité ». Elle se donnait ainsi un profil irréprochable, surtout comparée à la CFDT.

Alors que l’offensive patronale relayée par les politiques gouvernementales favorisait la précarité, le temps partiel et l’annualisation du temps de travail, une contre offensive interprofessionnelle pour l’interdiction des licenciements et une réduction massive du temps de travail s’imposait. La confédération se refusant à la construire, des équipes syndicales se retrouvaient isolées boîte par boîte, confrontées à des menaces de licenciements dans un rapport de force défavorable. Certaines d’entre-elles, et pas nécessairement les moins combatives, ont signé des accords avec flexibilité et baisse ou modération salariale. Elles se sont vues sévèrement critiquées mais nullement aidées à sortir de l’isolement qui les avait conduit à signer. Le tournant du 46e congrès a pu leur apparaître comme la prise en compte de la réalité, la fin du double discours. Il est malheureusement à l’exact opposé de ce dont les salariés ont besoin : un syndicat qui non seulement refuse les accords défavorables mais représente surtout un outil pour combattre les plans patronaux.


L’apolitisme des syndicats, une fiction

Dans leur zèle à vouloir faire de la CGT un syndicat comme les autres, ses dirigeants s’empressent d’annoncer toujours plus d’autonomie par rapport au PCF… au moment précis où ils font les mêmes « ouvertures » à la bourgeoisie que Robert Hue. Bonjour l’autonomie !

En réalité, ce n’est pas l’existence de liens entre dirigeants politiques et dirigeants syndicaux -et donc entre les dirigeants du Parti Communiste et ceux de la CGT- qui pose un problème à la bourgeoisie. La CFDT ou FO ne sont d’ailleurs pas plus « indépendants » politiquement que la CGT, même si les liens qu’ils entretiennent avec le Parti Socialiste sont moins voyants. De tels liens existent partout et c’est en particulier le socle de la social-démocratie dans les pays développés : c’est également ainsi que se traduit l’intégration des syndicats liés à des partis à vocation gouvernementale.

Aujourd’hui, même en Angleterre, où Tony Blair a affiché sa volonté de prendre ses distances avec les syndicats, c’est un ancien dirigeant du syndicat du Rail qui est ministre des Transports, chargé donc de la privatisation du métro de Londres -toute ressemblance avec des personnes ou des situations hexagonales est à prendre en compte absolument !

Ce qui a posé un problème à la bourgeoisie française pendant longtemps, ce sont les liens que le PCF entretenait avec l’URSS ; et c’est cette situation politique particulière qui a rejailli sur la CGT. Le problème change à partir du moment où le PCF espère pouvoir devenir un parti comme les autres.

Aujourd’hui, la CGT reste liée au Parti Communiste : ses dirigeants, Bernard Thibault par exemple, sont toujours associés à sa direction, même si c’est de façon plus discrète que par le passé. Mais les dirigeants du PC n’ont plus besoin de maintenir avec la classe ouvrière le même type de liens qu’auparavant. Des liens, mais moins voyants, avec la CGT (semblables à ceux que le Parti Socialiste entretient avec la CFDT ou FO) peuvent largement suffire à un appareil de ministrables qui, du coup, ne se sentirait plus tiraillé si, demain, les travailleurs entraient en lutte contre un gouvernement auquel ils participent. La CGT gèrerait le conflit et les ministres continueraient à pérorer.

Quant à nous, révolutionnaires, le problème n’est certainement pas de revendiquer l’apolitisme syndical. Bien au contraire. Mais d’opposer à la politique bourgeoise des directions réformistes les perspectives des révolutionnaires pour l’ensemble du mouvement ouvrier.

J.J.F.

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