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Archives > Convergences Révolutionnaires > Numéro 2, mars-avril 1999 > DOSSIER : Après les congrès CFDT et CGT : où vont les syndicats (...)

DOSSIER : Après les congrès CFDT et CGT : où vont les syndicats ?

L’exemple de Renault Flins : 25 ans d’histoire syndicale, ou l’évolution parallèle de la CGT et du PCF

Mis en ligne le 1er avril 1999 Convergences Entreprises

La direction du PCF, jusqu’à sa « mutation » sous la direction de Robert Hue, se devait d’avoir des liens privilégiés avec le milieu ouvrier. Renault Flins faisait partie de la dizaine de grosses entreprises industrielles avec lesquelles elle était en lien direct. Elle y maintenait le contact avec quelques militants parfaitement fiables, court-circuitant les structures du parti, dans les deux sens. Ces liens CGT-PC font qu’on ne peut comprendre l’évolution et les virages de la CGT qu’en les mettant en parallèle avec la politique du PCF.

Avant 1968, le PCF faisait systématiquement exclure de la CGT les militants révolutionnaires. Dans les années qui ont suivi, une politique plus subtile consista à intégrer à l’appareil syndical, le plus souvent avec succès, ceux des militants gagnés à la contestation par la vague de 68.

Les purges des années 70

Pourtant dès 1974, avec les accords de l’union de la gauche derrière Mitterrand, le PCF s’est de nouveau soucié du danger que pourraient constituer des « gauchistes » tenant des positions dans des syndicats de grosses entreprises. A Flins l’affrontement était quasi permanent entre la direction de l’usine, assurée par un directeur ex-chef du personnel à SIMCA, et les ouvriers et les syndicats ouvriers. Mais pour dure que soit la vie syndicale, elle était réelle. La CGT avait alors 1100 adhérents payant une moyenne de sept timbres par an. A partir de 1975, dans les ateliers de tôlerie et presses, un petit journal syndical ronéoté paraissait chaque semaine.

L’appareil CGT a déclenché la purge en février 1976 à l’occasion des élections de délégués du personnel pour éliminer des listes tout ce qui ressemblait à des contestataires potentiels de la politique d’Union de la Gauche à venir. La CGT a perdu 2000 voix ; mais la bureaucratie a gardé la mainmise. A l’époque, un appel à un nouveau congrès fut lancé par 24 délégués et militants connus pour essayer de sauver le syndicat, mais rien n’y fit ; tous furent éliminés. Moins de trois ans après, en mai 1979, une nouvelle vague d’exclusions eut lieu, malgré les protestations de sections syndicales entières (peinture, mécanique...). Le PCF voulait être bien sûr qu’il ne restait personne qui puisse servir de point de ralliement à une opposition à la politique qu’il allait devoir faire mener à la CGT.

Le syndicat ne s’en est jamais remis : l’équipe militante a été brisée, les journaux syndicaux et comptes rendus d’activité ont été arrêtés, le nombre de syndiqués a dégringolé en flèche. Mais l’appareil du PC gardait le contrôle absolu de la situation. Et quand deux ans après le gouvernement d’Union de la gauche avec ministres PC est arrivé, la CGT Flins était normalisée et bien aux ordres.

La CGT contre les grèves

En 1982 et 83, ce fut la grève des chaînes de mécanique et des ouvriers d’entretien outillage, puis des caristes, puis des peintres… L’usine fut arrêtée pendant presque deux mois. Mauroy, premier ministre, parla de « grèves dirigées par les intégristes chiites ». Le PC poussa l’appareil syndical à faire pression sur les militants CGT impliqués dans les grèves. Au sein du syndicat on disait que les grèves étaient « fomentées par la droite pour barrer la route au gouvernement de gauche ». Le résultat le plus tangible fut le désarroi des militants d’atelier ne sachant plus quoi faire. Et aux élections suivantes la CFDT s’est retrouvée majoritaire avec une image de combativité et la réputation que dans les grèves, elle ne se dégonflait pas alors que la CGT avait le cul entre deux chaises.

Lors de la grève Talbot, fin 1983, ce sont les militants de l’appareil de Flins qui sont allés faire le coup de poing contre la CFDT. Il fallait sauver le gouvernement !

Dans cette période 81-84 la CGT Renault signa des accords et laissa passer sans rien dire ce qui se mettait en place : entre autres l’ordonnance de 1982 sur les horaires spéciaux de fin de semaine et les lois Auroux qui permettaient les dérogations au code du travail en matière d’horaires. Un nouveau virage se produisit pourtant en 1984, quand les ministres PC quittèrent le gouvernement. La CGT Flins, jusqu’à aujourd’hui, n’a plus signé aucun accord, même si elle ne s’est jamais donné les moyens réels de les combattre jusqu’à l’annulation.

Et il a fallu que la CFDT Flins effectue son « recentrage » dans les années 1985-90 pour que la CGT, redevenue plus revendicative aux yeux de la masse des travailleurs de l’usine, redevienne majoritaire sur l’usine, alors que la CFDT signait des accords (sur la troisième équipe notamment) et excluait massivement, elle aussi, ses contestataires... dont une bonne partie des militants exclus de la CGT en 76-79 qui s’étaient reconvertis quelques années après à la CFDT.

La fonte des effectifs syndiqués

Toutes ces trahisons et ces revirements ont profondément marqué les travailleurs à Flins. La plus grande partie de ceux-ci qui ont vécu ces 25 dernières années à l’usine, ont été syndiqués à un moment ou à un autre soit à la CGT soit à la CFDT ; puis ont laissé tomber, déçus, voire écœurés.

Il serait faux de croire que c’est par absence de combativité, même si entre 1983 et 1995 où il n’y a pas eu de grande lutte. En 1995, la grève a paralysé l’usine trois semaines, mais ni dans le cours de la grève ni après il n’y a eu d’adhésions aux syndicats ; quelques petites dizaines tout au plus, tous syndicats confondus.

En 25 ans, les effectifs syndiqués ont fondu. Vers 1985, ça a été le lancement de la politique « une carte, un timbre = un syndiqué ». Les patrons avaient inventé le 0,2 % de la masse salariale pour subventionner les organisations syndicales qui assuraient par là leur vie matérielle, les cotisations ne devenant qu’un complément plus ou moins accessoire.

Il n’est un secret pour personne que le syndicat CGT (et c’est pire pour les autres) a bien moins de 200 cotisants réguliers, et encore par le biais des prélèvements automatiques (il s’est avéré nécessaire de le rendre obligatoire pour les mandatés). Pour afficher 7 à 800 syndiqués, il faut compter les « une carte, un timbre ».

Après l’épisode 1981-84, le discours dans le syndicat a été qu’il ne faudrait jamais recommencer. Promis, juré, on ne se ferait plus avoir. Pourtant avec le gouvernement Jospin et la nouvelle participation des ministres PCF, rebelote. Mais dans l’équipe syndicale actuelle, bien que considérablement affaiblie, ça ne passe pas.

Car ces dernières années, l’influence du PC sur les militants n’est plus ce qu’elle était. Même parmi ceux qui ont toujours suivi le PC, Hue n’est pas une référence et ce que dit le PC est suspect. « Discipline de parti » connaît plus. Personne de Flins n’était sur la pelouse de la fête de L’Humanité en 1997 quand Hue s’est fait siffler ; mais pas mal de militants d’ici regrettent de n’en avoir pas été. Et quasi tous les militants du syndicat sont en hostilité déclarée à la loi Aubry... en mettant dans le même sac la nouvelle ligne syndicale tracée par Thibault.

Didier DOMMANGE

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