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Archives > Convergences Révolutionnaires > Numéro 2, mars-avril 1999 > DOSSIER : Après les congrès CFDT et CGT : où vont les syndicats (...)

DOSSIER : Après les congrès CFDT et CGT : où vont les syndicats ?

La montée de l’appareil CFDT : 20 ans de recentrage

Mis en ligne le 1er avril 1999 Convergences Politique

Depuis son origine l’objectif de la CFDT (ex-CFTC) a été de créer une grande confédération anticommuniste, se réclamant ouvertement du réformisme et de la collaboration avec le patronat et les gouvernements, afin de contrebalancer l’influence dominante de la CGT dans la classe ouvrière. Hormis la période d’après mai-juin 1968, où la CFDT moins implantée pratiqua une certaine surenchère « gauchiste » qui lui donna une auréole plus « radicale » et lui fournit un apport militant, la CFDT a fondamentalement gardé la même orientation.

Elle l’a réaffirmée après la défaite électorale de la gauche en 1978. La CFDT « recentrée » ne se voulait plus ni de droite ni de gauche. Elle se déclarait prête à se recycler dans les négociations et la collaboration avec tout gouvernement, de droite comme de gauche. C’est ce qu’elle fait depuis 20 ans.

Par un syndicalisme « de terrain », comme elle le répète à longueur de colonnes dans les magazines envoyés à ses adhérents, totalement réformiste évidemment, la CFDT a regagné en nombre d’adhésions ce qu’elle a perdu du fait de sa politique collaborationniste. Aujourd’hui elle se vante d’être la première organisation syndicale du pays avec 720 000 adhérents. Bien sûr, sa capacité de mobilisation et sa représentativité électorale sont loin d’en faire la confédération la plus importante, mais sur son propre terrain elle marque des points.

Car tandis qu’elle cautionne la politique anti-ouvrière des gouvernements et signe des accords qui entérinent le recul de positions collectives pour les travailleurs, elle prône la défense individuelle et le syndicalisme « de service », le substitut habituel dans les périodes de baisse de la lutte de classe. D’autre part elle mène une politique de recrutement parmi les couches les moins organisées et souvent les plus pressurées par l’exploitation patronale. Ainsi, la Fédération des services — qui regroupe entre autres les travailleurs du commerce — annonce des progressions en adhérents de 200 % en quelques années.

Et au niveau des élections professionnelles, si la prépondérance de la CGT est évidente dans les grosses entreprises, celle de la CFDT est fréquente dans les PME.

Une grosse machine

Depuis quelques années, une politique volontariste de syndicalisation se double d’une gestion très centralisée de l’appareil syndical, avec des moyens modernes, à l’instar d’une entreprise. Le prélèvement automatique des cotisations est effectif à 90 %, ce qui assure des rentrées financières régulières. L’informatisation des structures syndicales et leur interconnexion rend aussi les liens rapides et efficaces.

Mais surtout dans les quinze dernières années la CFDT a selectionné un gros appareil. Rien qu’à Paris, elle dispose de plusieurs sièges : celui de la Confédération qui occupe plus de 200 personnes (salariés et permanents), celui des fédérations, celui de l’Union Régionale des Syndicats d’Ile de France où, selon une plaquette récente travaillent une quarantaine de responsables et salariés, l’immeuble des syndicats. Cela, sans compter les sièges des 7 unions départementales d’Ile-de-france extérieures à Paris.

La CFDT annonce 150 000 militants. Bien sûr, ce chiffre recouvre un degré de militantisme très variable qui va du simple délégué au responsable national. Mais c’est à cet ensemble de militants qu’elle adresse sa presse, ses circulaires, propose (comme dans chaque syndicat) des séries de formations de différents niveaux au travers desquelles s’opère, parallèlement au fonctionnement syndical quotidien, la sélection des futurs responsables. Elle a montré qu’elle était capable d’organiser des gros rassemblements militants, comme à Charléty à Paris en mai 1998 sur le thème de la réduction du temps de travail.

L’intervention de la CFDT, comme pour les autres syndicats européens ou français, passe par un réseau fait de milliers de relations avec les gestionnaires d’entreprises ou des organismes de l’Etat. Et la CFDT participe à la gestion de certaines institutions étatiques comme les autres syndicats. Mais sa politique ouvertement collaborationniste lui donne un plus. Car l’obtention de certains postes à responsabilité comme la présidence de certains conseils d’administration (la Sécurité Sociale ou l’UNEDIC) passe obligatoirement, vu les rapports de force actuels, par des alliances avec des organisations patronales.

Un plus ? Du moins tant que le calme social demeure et que le rapport de force n’est pas en faveur de la classe ouvrière.

Angèle ROSSIN

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