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Éditorial de l’Étincelle du 25 mai 2020

Zéro euro pour les héros ?

Pendant le confinement, on les applaudissait tous les soirs. Seulement voilà, le gouvernement n’a pour l’instant pas fait grand-chose d’autre que… de les applaudir. Aux hospitaliers, il propose une médaille et les honneurs du 14 juillet, ainsi qu’une « prime Covid », mais pas pour tout le monde et pas au même montant ! Voilà qui donne le ton du « Ségur de la santé », inauguré ce lundi en grande pompe par Édouard Philippe.

Ségur truqué

Donc sept semaines de ‘négociations’ à venir, sur l’avenir de l’hôpital : « C’est aux acteurs [de terrain] de prendre la parole. Et je voudrais qu’on les écoute », dit Édouard Philippe. Comme si les hospitaliers l’avaient attendu pour faire entendre leurs revendications : arrêt des fermetures des lits et des suppressions de postes, embauches massives, titularisation des contractuels, augmentation de 300 euros net pour toutes et tous.

Ces revendications, tout le monde les connaît depuis la grève des urgences, commencée il y a plus d’un an et relayée par nombre de mouvements dans les hôpitaux, Ehpad, maternités, hôpitaux psychiatriques… L’automne dernier, le gouvernement faisait encore la sourde oreille. Aujourd’hui ?

L’assassin au chevet de sa victime

Dans le viseur d’Édouard Philippe : les « blocages » du monde hospitalier. On croit rêver. Qui bloque les salaires dans le secteur public depuis dix ans, si ce n’est l’État ? Qui bloque le budget de l’Assurance maladie, qui chaque année augmente moins vite que les dépenses de santé ? Une politique d’austérité qui conduit à fermer des lits, des services et à supprimer des postes. L’État pourrait encore reprendre une partie de la dette des hôpitaux, cela ne changera rien tant que les moyens ne suivront pas ! Macron, Philippe et Véran au chevet de l’hôpital public ? Cela ressemble fort à un mauvais polar où l’assassin viendrait au chevet de sa victime.

Pour éviter la flambée de colère, ils cherchent à diviser. Aux médecins débordés par les tâches administratives et comptables, Philippe promet un « choc de simplification ». Pour les flatter (et s’attirer les grâces de quelques mandarins), il leur promet une plus grande place dans la « gouvernance » des hôpitaux, ce qui revient à les inviter à gérer la misère.

Aux soignants, il annonce une revalorisation salariale « significative » (sans préciser les montants), oubliant ainsi tous les personnels hospitaliers non soignants. Comme si les agents administratifs n’étaient pas aussi mal payés que les soignants ! Comme si ceux et celles qui travaillent dans les blanchisseries, qui traitent les déchets contaminés des hôpitaux, ou qui nettoient les chambres des malades n’étaient pas, eux aussi, en première ligne !

Pour comble, le gouvernement évoque de nouvelles attaques. Pour faire face au sous-effectif, syndicats et collectifs demandent des embauches. Philippe répond que « la question du temps de travail n’est pas taboue ». Donc pas d’embauches, mais travaillez plus (sans être sûrs de gagner plus !) : on connaît la chanson. Mais les hospitaliers, déjà exténués et qui croulent sous les heures sup (la plupart du temps même pas payées), veulent juste un salaire décent. Et leurs revendications sont celles de tout le monde du travail !

Un « pognon de dingue »… pour qui ?

Macron, qui en somme, prétend vouloir investir un « pognon de dingue » dans les hôpitaux, n’arrose en fait que les actionnaires. Si l’hôpital était une entreprise du Cac 40, le gouvernement l’aurait déjà sauvé. Ainsi, tout en avouant qu’il ne va pas s’opposer aux licenciements ni aux fermetures d’usines, il s’apprête à sortir des milliards pour renflouer Renault. Mieux : il annonce déjà de nouvelles baisses d’impôts pour les entreprises industrielles !

Alors, pour le grand patronat, la politique du gouvernement est à coup sûr la meilleure possible. Du point de vue des « premiers de corvée », dans les hôpitaux et sur tous les lieux de travail, il faut juste faire… l’inverse. Aux actionnaires de payer ! 300 euros pour tous ! Interdiction des licenciements ! Partage du travail entre tous !

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