Vive l’Europe des travailleurs et de leur luttes !
4 octobre 2004 Éditorial des bulletins L’Étincelle
On croyait le mouvement de défense des retraites bien fini. Erreur ! Samedi dernier, 200 000 personnes étaient dans la rue pour dire : « Travailler plus longtemps, non ! ». Certes, la manifestation avait lieu non pas en France, mais à Amsterdam. Mais une fois traduit « Jean-Pierre Raffarin » en « Jan Peter Balkenende » (l’actuel chef de gouvernement des Pays-Bas), aucune difficulté à imaginer la scène dans ce pays. Pour accentuer encore la ressemblance, les manifestants hollandais protestaient également contre une remise en cause de leur système de Sécu…
En Allemagne aussi, ce même samedi, quelques dizaines de milliers de personnes défilaient dans la capitale contre la politique du chancelier Schröder. Cette marche s’inscrivait dans la suite du mouvement des « manifestations du lundi ». Depuis deux mois en effet, toutes les semaines, de nombreuses villes, à l’Est surtout, manifestent contre la politique antisociale de l’actuel gouvernement de « gauche plurielle » à l’allemande. Celui-ci met en place une attaque brutale contre les chômeurs : les « lois Hartz », applicable à partir du premier janvier prochain, devraient obliger ceux qui sont à la recherche d’un emploi à accepter n’importe quel boulot, quitte à déménager n’importe où dans le pays et à accepter des baisses de salaire pouvant atteindre 40 %. Les allocations de fin de droits devraient également être sévèrement rognées. Bref, en Allemagne encore, quitte à traduire « lois Hartz » par « PARE », le mouvement des travailleurs et chômeurs n’a rien d’étranger aux problèmes sociaux de ce côté-ci du Rhin.
Les patrons et les gouvernements sont partout les mêmes. Ils n’ont eu besoin ni de prétendus diktats européens ni d’une nouvelle constitution, contrairement à ce qu’on essaye de nous faire croire, pour s’attaquer aux salariés. Leur avidité de profits suffit. Dans le climat actuel, nombreux sont pourtant les travailleurs qui pensent que la menace principale sur l’emploi et les acquis sociaux vient de la concurrence des travailleurs étrangers. Les discours des patrons et de la classe politique entretiennent ces craintes, parce qu’elles leur sont extrêmement utiles. Le chantage aux délocalisations qui a eu lieu ces derniers mois est le pire exemple de cette intoxication. Avec le discours : « c’est ça où la boîte part », le patronat tente de faire passer des reculs de salaires inacceptables, l’augmentation gratuite du temps de travail ou de nouvelles charrettes de licenciements.
La menace des délocalisations est pourtant largement surévaluée : celles-ci seraient responsables de moins d’un licenciement sur vingt. Mais le battage entretenu autour de la question vise à de démoraliser les travailleurs et à discréditer les initiatives syndicales les plus élémentaires, en faisant croire que « la mondialisation » fait de l’arbitraire patronal quelque chose de tout-puissant. Courber la tête n’aurait pourtant pas d’autre effet que de nous faire reculer un peu plus. C’est ce que montre l’exemple de Perrier à Vergèze : dès que la CGT a retiré son opposition au plan de restructuration de l’entreprise, le patron en a profité pour avancer d’un pas et exiger que le syndicat s’occupe lui-même de faire passer le sale coup !
Le patronat n’est pas le seul à se cacher derrière cette fausse fatalité économique internationale. Les gouvernements habillent aussi de ce prétexte leurs attaques contre les retraites, l’assurance maladie ou l’assurance chômage, partout en Europe – et bien au-delà.
Les manifestations du week-end dernier en Hollande et en Allemagne sont pour le moment limitées, mais leur simple existence est un démenti à l’intoxication actuelle. Les travailleurs étrangers ne sont en rien des concurrents. Ils sont au contraire des alliés en puissance. Les patrons font de l’internationalisation de leur système un épouvantail censé nous effrayer ? Il ne tient qu’à nous de retourner cette arme contre eux. La classe ouvrière de ce continent, si elle se battait ensemble pour les intérêts qui lui sont communs depuis toujours, aurait mille fois les moyens de faire de sa construction européenne le cauchemar du patronat, de Lisbonne à Oslo, de Londres à Varsovie, en passant par Paris.

