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Archives > Convergences Révolutionnaires > Numéro 35, septembre-octobre 2004

Attac et la constitution européenne

Mis en ligne le 30 septembre 2004 Convergences Politique

Si formellement Attac n’a pas encore déterminé sa position sur le prochain référendum sur la constitution européenne, elle ne fait pas mystère de son opposition à ce projet. Du moins à son contenu. L’association a en effet formulé 21 exigences visant à rendre le texte acceptable.

En janvier 2003 déjà Attac lançait une campagne de pétition pour soutenir une plate-forme de propositions visant à faire de l’Union européenne le cadre juridique et le moteur « du plein emploi et du bien-être social  » [1]. Car, si l’association voit dans l’Union européenne d’aujourd’hui un des rouages de la mondialisation, cela ne l’empêche pas d’entretenir l’illusion sur la possibilité qu’elle serve au contraire à combattre cette même mondialisation.

La CEE : paradis originel ?

Attac distingue en effet deux périodes dans l’histoire de la construction européenne. Aux institutions actuelles, qualifiées de « néo-libérales », elle oppose l’Europe des « pères fondateurs », Schuman et consorts. Celle-ci aurait contribué au plein emploi, permis le développement des services publics et même créé un contexte permettant aux travailleurs d’arracher des droits sociaux. Ces succès auraient été possibles parce que les États membres de la Communauté économique européenne (CEE), lorsqu’ils ont supprimé leurs barrières douanières, ont régulé la concurrence, en s’inspirant de la doctrine économique dite « keynésienne », du nom de son auteur, Keynes [2], apôtre de l’intervention de l’État dans l’économie. Ils montreraient qu’un tel cadre politique « peut isoler, au moins partiellement, une région du monde des rigueurs de la mondialisation néolibérale  » [3].

Voilà une façon quelque peu tendancieuse de rosir un passé dans lequel il n’a jamais été question que de construire l’Europe des capitalistes pour les capitalistes. Les textes d’Attac le soulignent eux-mêmes : l’histoire de la construction européenne commence par la création de la CECA organisme chargé de la vente du charbon et de l’acier. La CEE naît peu après, et multiplie les agences, telles l’Euratom, chargées du développement et de l’organisation d’un secteur de l’économie. La Politique agricole commune, qui demeure jusqu’à aujourd’hui « la principale dépense du budget commun  » [4] et qui consiste à arroser les gros agriculteurs de subventions [5], voit alors le jour. On admirera ainsi le paradoxe qui fait qu’Attac n’a que louange pour la CEE mais combat aujourd’hui sa grande œuvre aux côtés de la Confédération paysanne !

Quant à croire que la CEE, née il y a cinquante ans dans un contexte de forte croissance économique internationale et regroupant des puissances impérialistes, constituerait la recette applicable à d’autres régions du Tiers Monde aujourd’hui... L’Europe de l’Ouest était certes éprouvée par la guerre et incapable de rivaliser avec les Etats-Unis, mais rien à voir avec l’Amérique latine ou l’Afrique dont le problème est toujours de sortir du sous-développement et de se soustraire au pillage impérialiste.

L’association altermondialiste attribue d’autres vertus à la CEE : elle aurait permis « l’augmentation du pouvoir d’achat des populations  » et un «  rattrapage vis-à-vis des États-Unis dans de nombreux domaines  » [6] entre la fin de la Seconde guerre mondiale et les années 1970.

Dans le champ de ruines européen de 1945, tout était à reconstruire. Alors il n’est pas étonnant que le pouvoir d’achat et le développement industriel et technologique y ait crû plus vite qu’aux Etats-Unis, déjà parvenus au faîte de leur puissance [7]. D’autant plus que c’était l’intérêt des Etats-Unis eux-mêmes : entre 1958 et 1966, ils ont multiplié par quatre le volume des capitaux investis dans la CEE. Certes, la création de la CEE a favorisé ces tendances. Mais si le pouvoir d’achat des travailleurs européens a crû, c’est d’abord parce qu’ils ont lutté pour cela.

Quel virage ?

La construction européenne n’a jamais eu le moindre contenu social, au mieux parfois quelques retombées involontaires. Attac le reconnaît d’ailleurs quand elle regrette que l’Europe n’ait « pas réussi à établir des politiques communes concernant la santé, les retraites, les conditions de travail ou les politiques d’éducation et de recherche » [8].

Ce qui pose la question de l’importance qu’attache Attac au virage vers le néo-libéralisme que la construction européenne aurait pris dans une deuxième période de son histoire. Un virage que d’ailleurs l’association peine à situer. Il est censé commencer avec la crise de 1973, mais « on peut, cependant, interpréter jusqu’au milieu des années 1980 l’intégration [=la construction] européenne dans la continuité des premiers pas accomplis dans les années 1950 » [9].

Car que l’Europe ait été d’abord keynésienne ou pas, puis jusqu’au milieu des années 80 « potentiellement ni keynésienne ni néolibérale » [10], pour se convertir enfin complètement à l’ultra-libéralisme, l’important n’est-il pas la constance dans la défense des intérêts des trusts européens sans la moindre préoccupation sociale ? Pourquoi alors s’obstiner à monter au pinacle une CEE de jadis pour l’opposer à l’UE d’aujourd’hui ? Sinon pour promouvoir le retour à une politique fondamentalement tout aussi éloignée des intérêts des classes populaires !

Attac préconise de créer un modèle social européen, afin d’harmoniser les droits sociaux par le haut [11]. Qu’il faille étendre les plus favorables d’entre eux à tous les travailleurs européens, voilà un point où les révolutionnaires se retrouvent avec l’association altermondialiste.

Mais comment y parvenir ? Pour Attac il serait possible d’amener l’Union européenne à mener une politique qui aurait pour objectif le bien-être de tous ses citoyens, le plein emploi et une protection sociale de haut niveau, en « réformant le cadre institutionnel de l’Europe », notamment la constitution européenne [12].

Voilà donc la raison de faire un mythe des débuts de la CEE (dont les institutions étaient pourtant encore moins démocratiques que celles de l’UE, s’il est possible) : proposer à la population et aux travailleurs européens de faire de changements institutionnels leurs objectifs plutôt que de compter sur leurs seules luttes pour défendre leurs intérêts. Comme si défendre les services publics, interdire les licenciements ou améliorer les conditions de vie et de travail pouvait être obtenu en donnant plus de pouvoir à un parlement, en élisant un président de telle façon plutôt que de telle autre ou en changeant la manière dont les ministres sont désignés ! Deux siècles de changements institutionnels incessants dans un pays comme la France ont pourtant appris qu’il n’y avait rien à attendre pour les exploités des évolutions dans ces sphères.

Mathieu PARANT


[1« De meilleures institutions, des règles et des moyens au service du plein emploi et du bien être social en Europe », 1/1/2003. Source : www.attac.org

[2L’UE et le néo-libéralisme, site de la commission Europe d’ATTAC.

[3Idem.

[4« Libéraliser le commerce et la finance, l’exemple de l’Union européenne  ». 20/1/2004. Source : www.attac.org

[5Les 18 % les plus riches, céréaliers et betteraviers notamment, perçoivent 80 % des sommes.

[6Idem.

[7Les Etats-Unis détiennent en 1945 les deux tiers des stocks d’or mondiaux et produisent plus de 50 % des articles manufacturés.

[8Libéraliser le commerce et la finance...

[9Idem Le même flou artistique se retrouve dans L’UE et le néo-libéralisme.

[10Libéraliser le commerce et la finance...

[11Idem.

[12De meilleures institutions...

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