Raffarin et Seillière, maîtres chanteurs
30 août 2004 Éditorial des bulletins L’Étincelle
C’est au nom de la « liberté du travail » que le gouvernement aux ordres du patronat propose de remettre en cause la loi des 35 heures. Il convoque les syndicats soi-disant pour les consulter. Il l’avait déjà fait pour préparer sa réforme des retraites ou de la Sécurité sociale. On sait donc ce qui peut sortir de ce genre de consultation. Malheureusement, les confédérations syndicales, qui savent bien que leur avis ne sera nullement pris en compte, obéissent pourtant à la convocation, montrant d’avance les limites de leur combativité.
En fait, cette loi a surtout permis au gouvernement de gauche de Jospin de réduire les charges sociales des patrons, grevant ainsi les budgets de la retraite et de la Sécu, permettant au gouvernement de droite de Raffarin de justifier de nouvelles attaques. Car les patrons ne veulent pas effacer de la « loi des 35 heures » tout ce qu’ils y ont gagné en termes de blocage des salaires, d’extension de la flexibilité, de rognage des temps de pause et d’annualisation du temps de travail. Non, ce qu’ils veulent c’est voir supprimer les seules mesures favorables aux travailleurs, à savoir les RTT, pour les remplacer par des mesures favorables aux patrons, déplafonnement ou encore non-paiement des heures supplémentaires !
Des patrons n’ont même pas attendu de modifications légales pour s’attaquer aux 35 heures. Avant les vacances, Bosch a montré la voie. Puis Doux, entreprise de volailles, a supprimé brutalement 23 jours de RTT. Pour ceux qui refusent, c’est la porte ! Maintenant Ronzat, patron du carrelage, donne le choix entre les 39 heures payées 36 et le licenciement. Et tous utilisent ouvertement le chantage : ce sera comme ça, sinon on ferme, sinon on délocalise, sinon on licencie !
Accepter ce chantage aux horaires, c’est ouvrir la porte au chantage aux salaires. L’objectif du patronat est de diminuer directement les salaires après l’avoir réduit de manière indirecte par la baisse des pensions, le recul de l’âge de la retraite, la hausse de la CSG et des mutuelles. Car ne pas gagner plus en travaillant plus, cela en revient à diminuer le salaire horaire. Et ce n’est qu’une première étape. On l’a vu immédiatement. L’entreprise productrice d’isolateurs électriques Sediver veut maintenant réduire les salaires de 25 à 30% sous menace de fermeture.
Pourquoi faudrait-il travailler plus ? Pourquoi devrait-on accepter des baisses de salaires ? On nous annonce que les banques françaises ont des profits records ; que les bénéfices des grandes entreprises françaises (de Renault à Total) connaissent des hausses très importantes ; que la croissance est de nouveau en hausse ; que l’heure travaillée en France est la plus compétitive en Europe ; que les salaires y sont beaucoup plus bas qu’en Allemagne ; que la France est le pays le plus attractif d’Europe pour les capitaux internationaux... Non, il n’y a aucune « raison économique » aux nouveaux sacrifices auxquels on veut nous préparer, aucune raison sinon l’appétit insatiable de profit des capitalistes.
Le patronat français emboîte ainsi le pas des patrons allemands qui ont pris de nombreuses initiatives en ce sens. Daimer-Chrysler, Siemens et maintenant Volkswagen imposent ainsi des diminutions massives du « coût du travail » en augmentant le temps de travail et en diminuant les salaires. Mais une réponse a commencé à venir de la classe ouvrière allemande : grèves et manifestations.
En France, aussi c’est par la lutte et non par la négociation qu’on fera reculer ces maîtres chanteurs ! Assez de palabres autour du tapis vert ! Après les « réformes » sur les retraites et la Sécu ou la privatisation d’EDF/GDF, l’attaque sur les 35 heures c’est trop. C’est la grève, générale et offensive, qui les fera reculer et ravaler leurs chantages en rappelant à tous la force collective des travailleurs ! Et puisque l’heure est à l’Europe, suivons la voie et joignons nous à nos camarades allemands.

