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Accueil > Éditos de bulletins > 2005 > novembre > 28

Victimes du froid ? Non, de la précarité et du chômage !

En moins d’une semaine, six SDF ont été retrouvés morts de froid. La première des victimes était un intérimaire de 38 ans, au chômage au moment de son décès, qui dans l’incapacité de payer son loyer s’était fait expulser de son logement fin octobre, juste avant la trêve hivernale, et vivait depuis dans sa voiture. La précarité et le chômage, voilà ce qui l’a tué, pas le climat !

Cela fait plusieurs années que les sans-abri comptent plus de plus en plus de travailleurs et de chômeurs en recherche d’emploi. Il y a deux ans, une étude de l’INSEE avait mis en évidence que près d’un SDF sur trois avait un emploi, même en CDI pour le quart d’entre eux, précaire pour les trois quarts restants.

Après cette première hécatombe d’avant même l’entrée de l’hiver, De Villepin ne trouve pas mieux que demander « au Samu Social de permettre un hébergement stable, pour un mois au minimum, à toute personne sans toit et disposant d’un contrat de travail.  » En admettant même que ce ne soit pas une fois encore paroles en l’air, ça signifie quoi ? A nouveau à la rue au bout d’un mois ? Et ceux qui ne disposent pas d’un contrat de travail, qu’ils crèvent ? A défaut d’être de l’inconscience c’est pur cynisme. D’autant que le parlement vient de voter le budget 2007 prévoyant 3,6 milliards d’euros d’allègements fiscaux pour les riches. « Des gens crèvent dehors et on donne 10 000 € à des personnes qui en gagnent 200 000 ! » constate le directeur de l’Observatoire des inégalités.

De larges couches de la classe ouvrière ont vu depuis des années leur situation se dégrader de manière dramatique. Et comment s’en étonner ? Chaque mois apporte son cortège de « plans sociaux », s’accompagnant à chaque fois de milliers de licenciements. Pendant que, de leur côté, les gouvernements, de gauche comme de droite, non seulement laissent faire, mais multiplient les cadeaux (subventions, exonérations de charges...) au patronat et le font payer aux travailleurs par des attaques en rafales : « réforme » des retraites, de la sécu, puis de l’UNEDIC (réduisant voire supprimant les allocations des chômeurs qui n’accepteraient pas le premier emploi qu’on leur proposerait), remise en cause du CDI avec le Contrat Nouvelle Embauche, c’est-à-dire un nouveau pas vers encore plus de précarité, etc... Se loger, payer son loyer devient de plus en plus difficile.

Quant aux plus démunis, que leur propose-t-on ? Aux SDF le « plan hiver » (le restant de l’année qu’ils se débrouillent !), c’est-à-dire un numéro d’urgence les aiguillant sur des centres d’hébergement bondés et insuffisants, d’où ils sont virés dès 6 heures du matin, dans lesquels la promiscuité est intolérable au point que nombre d’entre eux préfèrent encore passer la nuit dans la rue. Et qu’en est-il même de la promesse de Villepin de créer « 5 000 logements d’urgence et d’insertion avant la fin du premier trimestre 2006 » pour les mal-logés ? Envolée ! Ils seront hébergés dans des hôtels dans les zones industrielles de banlieue... pendant un an.

Non, personne, chômeur ou même salarié, n’est à l’abri... du risque de se retrouver à la rue.

La situation exige un véritable plan d’urgence pour les travailleurs : augmentation de tous les salaires de 300 €, interdiction des licenciements, suppression de toutes les formes d’emplois précaires avec de vraies embauches, suppression des subventions aux patrons et utilisation de ces fonds pour des créations massives d’emplois dans les services publics, réquisition des logements vacants des riches en attendant la construction de logements décents en nombre suffisant.

Ce plan, seul un mouvement d’ensemble des salariés pourrait l’imposer. Les dernières grèves de la SNCM, de la RTM et de la SNCF ont montré que dans de nombreux secteurs des salariés étaient prêts à se battre pour défendre leur droit à une existence décente. Si ces luttes n’ont pas débouché sur des victoires, c’est que les directions syndicales n’ont rien fait pour éviter qu’elles restent isolées. Pour faire reculer patronat et gouvernement et mettre un coup d’arrêt à leur politique de régression sociale, on ne pourra faire l’économie d’une grève générale.

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