Une couverture pour les pauvres... une feuille de vigne pour le gouvernement
8 mars 1999 Éditorial des bulletins L’Étincelle
Il aura fallu vingt mois au gouvernement pour accoucher d’une des rares promesses électorales de Jospin et adopter le projet de Couverture Maladie Universelle. Et il en faudra encore au moins neuf, nous dit-on, pour la faire passer dans les faits au 1er janvier 2000. Pas trop pressé là-haut, quand il s’agit de soulager un peu les souffrances des plus pauvres !
La CMU devrait rendre générale l’affiliation au régime de base de la Sécurité Sociale et faire bénéficier d’une couverture complémentaire ceux dont les revenus sont inférieurs à 3500F par mois. Cela concernerait pas moins de 6 millions de personnes – 10% de la population – d’après les estimations du ministère !
Car aujourd’hui, en France, quatrième puissance économique mondiale, les personnes qui ne peuvent pas se soigner et renoncent à des soins dentaires, d’optique, à une hospitalisation ou même simplement une consultation, se chiffrent par millions. 150.000 personnes sont tout simplement dépourvues de toute protection sociale ; 15 % de la population, environ 9 millions de personnes, ne bénéficient d’aucune couverture complémentaire.
Parmi ceux-là on trouve surtout des moins de 25 ans, des personnes âgées et 40 % des chômeurs. Mais il y a aussi beaucoup de bas salaires. Ce qu’a reconnu la ministre en répondant aux associations ayant demandé que le plafond de revenu permettant de bénéficier de la future CMU soit élevé à 3800F par mois (considéré en France comme le seuil de pauvreté). Martine Aubry, bottant en touche, s’est contentée de se dire « favorable à ce que le patronat et les syndicats négocient des couvertures complémentaires plus favorables dans les secteurs concernés ». Eh oui, dans ce pays, on peut être salarié et vivre en dessous du seuil officiel de pauvreté !
Il faut espérer que l’extension aux plus défavorisés du minimum de couverture médicale dont ils étaient jusque là exclus, ralentira l’aggravation, continue depuis une quinzaine d’années, de l’inégalité devant l’accès aux soins. Mais présenter la CMU, comme le fait le gouvernement, comme un moyen d’endiguer « la spirale de l’exclusion », c’est se moquer du monde.
A l’image de ce qu’avait été il y a déjà douze ans la création du RMI, la CMU ne sera au mieux qu’une façon de rendre un peu moins insupportables aux plus défavorisés les conséquences d’une politique qui favorise consciemment les intérêts des plus riches.
Car la CMU c’est d’abord une couverture... de la politique réelle du gouvernement : quelques mesures charitables pour couvrir l’exclusion, et une palanquée de mesures véritables qui aboutissent à l’aggraver. Entre autres : les plans de licenciement des plus grosses entreprises qu’on laisse faire ; l’hypocrite loi sur les « 35 heures » dont tout le monde voit bien maintenant qu’elle est destinée non à combattre le chômage mais à aggraver les conditions de travail par la flexibilité, l’annualisation et le blocage des salaires. C’est même au moment où le gouvernement se vante de faire du social avec la CMU, qu’est signé le premier accord de branche – concernant 150.000 salariés de la santé – prévoyant le passage aux 35 heures avec réduction des salaires !
Ou encore, dernière attaque en préparation qui ne manquera pas de créer de nouveaux exclus, le projet d’augmenter le nombre d’annuités nécessaires pour obtenir une retraite à taux plein, ce qui ne pourrait qu’aboutir ou à reculer l’âge de la retraite (et du coup augmenter le nombre de jeunes chômeurs) ou à diminuer le montant de cette retraite, et en fait aux deux à la fois.
La CMU coûtera 9 milliards par an au budget de l’Etat. Ce même budget verse, toujours par an, au moins 150 milliards de subventions directes aux patrons.
Alors qu’on ne vienne donc pas parler aujourd’hui de « solidarité nationale » pour le financement de la CMU ! La vrai solidarité il faudra l’imposer, aux capitalistes en prenant sur leurs profits, au gouvernement en contrôlant l’usage du budget. Pour assurer une véritable couverture maladie universelle... mais surtout pour créer les millions d’emplois utiles et nécessaires à la population, seule façon d’endiguer l’exclusion, en endiguant le chômage.

