Du Kurdistan au Kosovo, Des peuples victimes de l’impérialisme
22 février 1999 Éditorial des bulletins L’Étincelle
Frappera ? Ne frappera pas ? Les gouvernements français et américain continuent de faire monter la pression en se laissant jusqu’à mardi et même au-delà la possibilité de décider ou non de bombarder la Serbie. En attendant, ils jouent aux faiseurs de paix, impartiaux et désintéressés, en voulant faire croire que s’ils lâchent des bombes, c’est pour le bien des peuples !
De son côté, Milosevic a tout intérêt à ce que les négociations traînent en longueur le plus longtemps possible. La démagogie nationaliste l’a sans doute bien aidé à renforcer son pouvoir. Mais cette guerre, comme les précédentes, est sans doute perdue pour lui. La politique de terreur a peut être eu pour conséquence de faire fuir la population d’origine albanaise, mais elle n’a pas eu pour vertu de retenir la minorité serbe du Kosovo qui a tendance à s’expatrier depuis de nombreuses années. Le nationalisme est une impasse pour tous les peuples.
Seulement Milosevic est pressé par une extrême droite fascisante encore plus extrémiste que lui. Il ne tient pas à céder sans faire la démonstration que c’est bien contraint et forcé qu’il accepte le compromis imposé par les occidentaux.
Ce compromis, quel est-il au juste ? Imposé par des bombardements ou directement à l’issue de ces négociations, il empêchera éventuellement Milosevic de pratiquer sa politique de terre brûlée, mais il ne donnera pas satisfaction aux Kosovars. Il ne donnera au mieux à ces derniers qu’un répit entre deux guerres. Mais comment s’étonner que la situation soit à ce point inextricable, alors que ce sont justement ces gouvernements occidentaux qui ont imposé un peu partout, dans les Balkans comme au Moyen Orient, leur ordre et leurs intérêts aux dépens des populations concernées, avec tout ce que cela suppose d’arbitraire ?
Depuis la fin de la première guerre mondiale, sur les décombres de l’empire austro-hongrois et de l’empire ottoman (turc), les frontières ont été tracées à la hache, sans que les populations concernées aient pu véritablement influer sur les décisions autrement que par des révoltes. Au Kosovo comme au Kurdistan, les droits des peuples ont été régulièrement sacrifiés sur l’autel des intérêts immédiats de l’impérialisme, préférant s’appuyer sur telle ou telle puissance régionale censée être l’allié du moment.
Au moment où les gouvernements occidentaux prétendent jouer les bons samaritains au Kosovo, il faut se souvenir de ce qu’a été leur attitude ces dernières années au Kurdistan face à un problème similaire. Durant la guerre du golfe en 1991, les Américains ont encouragé les Kurdes d’Irak à se révolter contre Saddam Hussein, alors qu’ils avaient fermé les yeux trois ans plus tôt sur le gazage de dizaines de villages lorsque le dictateur de Bagdad était encore leur allié (comme il était celui de la France). Puis ils ont fermé les yeux sur les représailles exercées par Saddam Hussein qu’ils ont finalement laissé au pouvoir. Tout en soutenant la Turquie qui continuait à massacrer et à raser des milliers de villages kurdes de l’autre côté de la frontière. Aujourd’hui les Etats-Unis sont fiers d’avoir participé à la traque et sans doute à l’arrestation d’Öcalan, le leader kurde du PKK. Et les gouvernements européens ne sont pas en reste, ayant fourni à la Turquie quantité d’armement, tout en refusant à Öcalan l’asile politique.
Ce ne sont pas les actions prétendument humanitaires de l’impérialisme, entre deux raids de représailles, qui permettront aux peuples de vivre en paix et de cohabiter dans la prospérité. N’oublions pas que ceux qui arment le bras des assassins et des génocidaires sur les différents continents de la planète, sont toujours bien de chez nous. Le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes ne deviendra enfin une réalité que lorsque les exploités et les opprimés du monde entier se tiendront la main pour s’en prendre enfin aux véritables parrains et ripoux de l’ordre impérialiste mondial.

