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Travailleur façon Sarkozy, et travailleur selon Arlette...

18 janvier 2007

Avec l’intronisation de Sarkozy comme candidat de l’UMP aux présidentielles, le paysage serait bouclé : d’un côté Nicolas Sarkozy, auquel se sont ralliés les notables de l’UMP qui ne veulent pas louper, en cas de victoire du chef, un éventuel poste de ministre ou une « bonne » circonscription pour les législatives, de l’autre côté Ségolène Royal qui a promu son ex-rival Strauss-Kahn conseiller économique. En dehors de ce duel, que du menu fretin selon la grande presse.

Dans son nouvel habit de candidat, Sarkozy prétend être celui qui « remettra le travailleur au cœur de la société ». Mais attention, un travailleur qui serait prêt à bosser sans compter son temps ni son salaire ! A faire 40 heures et bien plus sans chipoter sur les heures supplémentaires - qui seraient dégrevées d’impôt mais surtout de charges pour les patrons. A accepter n’importe quel boulot au risque de se voir supprimer toute allocation chômage au second refus (merci pour les patrons qui pourront multiplier les emplois précaires sous-payés). Et Sarkozy tente de faire honte à ceux qui vivraient de l’« assistanat »... Il vise tout particulièrement les familles ouvrières, d’origine souvent immigrée, comme si les parents n’avaient pas sué bien plus de profits pour les fortunes patronales françaises que ce qu’il leur est restitué en aumônes sociales. Mais Sarkozy n’oublie pas qu’il lui faut mordre sur l’électorat de Le Pen - d’où encore et toujours cette basse démagogie anti-immigrée et sécuritaire. Et pour crever l’écran, un « scoop » : dès son arrivée au pouvoir, Sarkozy promulguerait une nouvelle loi anti-grève : « service minimum » pour empêcher les mouvements dans les services publics ; référendum parmi tout le personnel, encadrement et non-grévistes inclus, pour tout mouvement dépassant huit jours. Sans parler des promesses de nouveaux cadeaux fiscaux aux riches. Le modèle du travailleur selon Sarkozy : celui qui encaisserait les sales coups sans jamais être gréviste !

C’est un homme « dangereux », s’est empressé de proclamer François Hollande. Certes. Ségolène Royal, elle, n’a rien dit. Mais à ce jour, elle n’a pas cherché à être plus rassurante pour les classes populaires. Sur un autre ton, ce sont des appels à la raison, au réalisme, aux nécessaires sacrifices... La dernière polémique sur la réforme de la fiscalité montre les limites de ce duel à fleuret moucheté entre les deux « grands candidats ». Il a suffi que François Hollande, pour avoir l’air de gauche et répondre au projet de Sarkozy de rabaisser de 60 % à 50 % le « bouclier fiscal » limitant les impôts des riches, évoque l’idée de revenir sur l’abaissement du taux d’imposition des tranches supérieures de revenus (au-dessus de 4 000 € de revenus par mois et par personne), pour que la candidate socialiste rassure les nantis que ce n’était pas son intention.

Avec Sarkozy ou Royal, à coup sûr, les profits du grand patronat resteront rois, libres de croître et multiplier dans la plus parfaite opacité, même quand les vagues de licenciement saccagent des villes et des régions, bouleversent des vies. Ni avec l’un ni avec l’autre, il ne s’agira de prendre sur les bénéfices des grandes entreprises pour développer les services publics, y créer les emplois qui manquent, supprimer ces dégrèvements patronaux de charges sociales et fiscales qui creusent les budgets de la Sécurité sociale et des caisses de retraites. Avec l’un comme avec l’autre, les travailleurs risquent de voir leur retraite encore amputée... s’ils n’y mettent le holà.

Mais dans cette campagne, à part ces deux têtes et leurs satellites, il y aura fort heureusement l’extrême gauche, à commencer par Arlettte Laguiller, pour dénoncer les forfaits de la dictature du capital qui ne seront pas arrêtés selon que le candidat de la droite ou de la gauche l’emportera. L’extrême gauche aussi pour mettre l’accent sur les perspectives qui sont celles tracées par le monde du travail lui-même. Certes les réactions et les initiatives sont limitées, dispersées, isolées, en particulier par l’absence de plan d’ensemble fixé par les directions syndicales. Mais les coups de colère et les débrayages n’ont pas manqué ces dernières semaines, ici ou là, à La Poste, dans les transports, dans les hôpitaux et même dans les entreprises du privé. Pour l’emploi et pour les salaires.

D’autres initiatives, dans les quartiers, ont marqué et encouragé. Contre l’iniquité du logement, où les enfants de Don Quichotte ont davantage touché l’opinion qu’ils ne l’auraient probablement souhaité. Contre l’indignité des reconduites aux frontières d’enfants ou parents scolarisés, où le réseau Education sans frontières a montré son efficacité. Contre la misère et la faim, avec la générosité exprimée par les restos du cœur.

Le camp des travailleurs a les moyens de ne pas se laisser faire. Il pourra et devra le dire, se retrouver et se compter, dans cette campagne électorale.

Olivier BELIN

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