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Archives > Autres archives > Tribunes de la fraction dans l’hebdomadaire « Lutte Ouvrière » > 2007 > octobre > 26

« Les grèves, ce n’est pas fini »

26 octobre 2007

C’est ce que titrait le Parisien du 23 octobre à la Une, au lendemain de la rencontre entre les 8 fédérations de cheminots qui ont posé des jalons pour une suite au mouvement. Certes, tout est manœuvres entre ces dirigeants syndicaux, et le sera pire encore quand ils vont passer un à un devant le ministre Xavier Bertrand. Sur quoi se diront-ils prêts à transiger, dans le dos des cheminots ? Tout est à craindre.

A l’image des dirigeants de la FGAAC (syndicat corporatiste de conducteurs), qui bien qu’ils aient appelé à une grève reconductible, rencontraient la direction de la SNCF au soir du 18, pour ficeler une prétendue « victoire » se soldant par…5 ans de travail en plus ! Huées parmi les grévistes.

A l’image des dirigeants de la CFDT, qui ressassent qu’effectivement les retraites devraient être réformées à la baisse, comme le dit le gouvernement… Chérèque répétant Notat en 1995 !

A l’image aussi des dirigeants de la CGT qui certes disent que le gouvernement doit « revoir sa copie », mais ne s’affirment pas clairement contre toute réforme des retraites. Ne disent pas que le seul véritable problème, partout, est celui de la baisse des salaires, de l’hémorragie des effectifs, des prélèvements patronaux éhontés qui vident les caisses sociales. Car il n’y a pas trop de retraités par rapport aux actifs, mais plus assez d’actifs par rapport aux retraités. Et cela, partout dans le public ou le privé. D’où la nécessité d’embauches massives et d’augmentation des salaires et des retraites (avec le retour déjà aux 37,5 ans de cotisation pour tous).

Et les directions de SUD ou de FO qui ont déposé des préavis reconductibles pour après le 18, ont certes le mérite d’avoir permis à des cheminots de poursuivre, mais affichent des vues aussi corporatistes que radicales en apparence, limitant l’horizon à « pas touche aux régimes spéciaux », sans fixer comme perspective l’élargissement nécessaire du mouvement à d’autres travailleurs du privé et du public.

Toutes les fédérations mettent au premier plan la préservation jalouse de leur enseigne, contre les voisines. En réponse à une question sur l’éventuelle convergence de lutte entre cheminots et fonctionnaires (dont les fédérations viennent d’annoncer une journée de grève le 20 novembre prochain), Didier Le Reste, secrétaire général de la CGT-Cheminots, répond significativement : « Pour l’instant, chacun conserve l’autonomie et la maîtrise de ses mouvements revendicatifs ».

Un dirigeant conscient des intérêts des travailleurs engagés, par cette grève du 18, dans un bras de fer avec le patronat et le gouvernement, ne pourrait-il spontanément et immédiatement se réjouir qu’effectivement une convergence soit possible, à terme pas si lointain ? Et y répondre aussitôt favorablement ? Surtout que cette journée des fonctionnaires concernera les enseignants, les hospitaliers, et tous les autres travailleurs de la fonction publique.

Les directions syndicales ne sont pas jalouses de leur « autonomie » seulement à l’égard des boutiques rivales. Elles le sont surtout à l’égard des travailleurs et de leurs propres syndiqués qui, ces derniers jours à la Sncf, Ratp, Edf ou Gdf, ont assuré un succès qui frisait l’incontrôlable, en particulier une reconduction minoritaire mais cinglante. Et la stratégie de grève limitée à 24 heures a été sacrément contestée, en particulier dans les rangs de la CGT.

Ce succès, les discussions serrées depuis plusieurs semaines, les assemblées tenues, les décisions pesées et votées, et partout le sentiment partagé que rien n’était fini et qu’il fallait continuer à s’organiser pour préparer la suite, bref ce goût de mouvement vivant n’a guère été prisé par les chefs syndicaux.

Depuis le 18 octobre, il n’y a pas de « retour à la normale ». Tous les artisans du succès immense préparent la suite, en particulier dans la perspective de cette nouvelle journée certes pas encore décidée en haut lieu, pour la mi-novembre, aux côtés des fonctionnaires. Et quoi de mieux pour la réussite du prochain rendez-vous que de poursuivre la mobilisation, les discussions, les assemblées, et aussi les contacts et adresses à d’autres catégories de travailleurs du public et du privé ?

Toute la classe ouvrière est visée par les attaques du patronat et du gouvernement. C’est bien une offensive générale du monde du travail qu’il faut préparer, à partir des positions pas si mauvaises acquises par les cheminots, électriciens et gaziers depuis le 18 octobre.

Michelle VERDIER

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