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Archives > Convergences Révolutionnaires > Numéro 71, octobre 2010 > Le chantage patronal à la mode

Le chantage patronal à la mode

Travailler plus, gagner moins pour « sauver les emplois » : Le chantage patronal à la mode

Mis en ligne le 23 octobre 2010 Convergences Entreprises

De General Motors de Strasbourg en juillet dernier, à Continental de Toulouse, Foix et Boussens en septembre, en passant par de plus petites entreprises comme les champagnes Piper-Heidsieck (qu’une grève en pleine saison des vendanges a fait en partie reculer), les chantages patronaux pour imposer des sacrifices aux travailleurs sous prétexte de « sauver des emplois » se multiplient.

La mode en a été lancée en France il y a quelques années, en 2004, par le groupe Bosch qui avait imposé, sous la menace de délocaliser la production en Tchéquie, la semaine de 36 heures payées 35, la suppression de 6 jours de RTT et le gel des salaires pendant 3 ans. De quoi faire faire à l’entreprise 12 % d’économie sur les salaires.

Depuis la méthode a fait florès. Dans la foulée, le groupe volailler Doux imposait à son tour une réduction des jours de RTT. Quatre ans plus tard, en juillet 2008, il fermait néanmoins trois sites et supprimait 600 emplois en Bretagne et dans le Cher. En 2005, c’était Hewlett-Packard qui supprimait douze jours de RTT sous prétexte de « sauver » 250 emplois, en réalité de réduire de 1 240 à 990 le nombre de licenciements prévus en France. Trois ans après, le groupe annonçait près de 6 000 suppressions d’emplois dans le monde, dont un millier en France.

Et on se souvient bien sûr de ce qu’il est advenu de l’accord pour le passage aux 40 heures payées 35 que la direction de Continental de Clairoix avait obtenu en 2007 de la CFTC, syndicat majoritaire de l’usine : face à l’annonce, deux ans plus tard, de la fermeture de l’usine, la lutte énergique des travailleurs de Continental a marqué l’actualité sociale de l’année 2009.

En 2008, c’était sous la menace de délocaliser toute la production à Taiwan que Peugeot Motocycles imposait dans ces usines de Mandeure dans le Doubs et Dannemarie dans le Haut-Rhin la suppression de 11 jours de RTT, avec la signature de la CFE/CGC et de la CFTC – et l’appui du secrétaire d’État à l’emploi, Laurent Wauquiez, qui trouvait « de bon sens » de préserver des emplois plutôt que des RTT. Aujourd’hui, avec la création de nouveaux contrats d’embauche précaires et flexibles (voir notre article à ce sujet), ce serait la régression positive, que proposerait PSA, puisqu’il s’agirait non de menacer mais de créer un millier d’emplois… Après en avoir supprimé plus de 15 000 emplois !

General Motors à Strasbourg, en juillet dernier, n’a pas eu seulement l’appui du gouvernement pour imposer aux ouvriers suppression de jours de RTT et blocage des salaires, mais aussi celui des responsables PS de la région, le maire de la ville, le président de la communauté urbaine et de la député européenne, ancienne ministre de Jospin, Catherine Trautmann, qui affirment leur « soutien au processus de reprise du site de Strasbourg par GM Company » en se félicitant de « l’effort financier consenti par les salariés ». Cette reprise par le groupe américain, renfloué par Obama, de l’usine qu’il avait mise en liquidation quelques mois plus tôt, était présentée comme une victoire : le meilleur « repreneur » tant cherché par les notables locaux. Même si celui-ci y mettait pour condition une réduction de 10 % de la masse salariale. Et, pour tenter d’obtenir l’unanimité pour cette régression sociale, toutes les pressions se sont exercées sur la CGT, seul syndicat non signataire.

À Continental Toulouse, la direction vient tout de même de tomber sur un os, malgré le référendum qu’elle a organisé pour faire avaliser, par une menace sur l’emploi, une baisse de 8 % de la masse salariale (par l’augmentation du temps de travail, des baisse de primes et le blocage des salaires) : les syndicats qui refusent de signer l’accord, CGT et CFDT, sont majoritaires et peuvent légalement s’y opposer. Si la direction se flatte d’un succès de son référendum, 52 % de « oui », c’est en oubliant que 17 % des salariés, les plus fermement opposés à l’accord, ont boycotté le vote. Quant à ceux (une minorité donc) qui ont voté pour, c’est souvent la mort dans l’âme comme l’exprime l’un d’eux, interviewé par la Dépêche du Midi  : « J’ai eu peur pour mon emploi. (…) Quand on voit ce qui se passe partout ailleurs… »

Certes, comme lui, beaucoup de travailleurs menacés de licenciements peuvent préférer se résigner à ce qui leur paraît un moindre mal, avec tout le chômage qui les entoure. Ce qui ne justifie en rien l’empressement de syndicalistes à signer de tels reculs sociaux.

Car la responsabilité, y compris d’un certain fatalisme d’une partie des travailleurs menacés, en revient en grande partie aux responsables syndicaux plus préoccupés à sauvegarder leur rôle de négociateurs, d’interlocuteurs « responsables », que d’organisateurs de la riposte. Elle en vient aux directions syndicales nationales qui se gardent bien jusqu’à présent de donner la seule perspective qui permettrait aux travailleurs menacés d’avoir vraiment la force de s’opposer aux plans de licenciements et aux chantages patronaux : fédérer les luttes pour aller vers une lutte d’ensemble seule capable d’interdire les licenciements. Ceux que les travailleurs en lutte auront à faire eux-mêmes en s’adressant d’une entreprise à l’autre. Sans parler de tous ces politiciens de gauche, locaux ou nationaux, qui prétendent « sauver les emplois » à coup de recherche de repreneurs miracles (des patrons qu’on subventionnerait si besoin avec l’argent des villes ou des régions) et en demandant aux travailleurs de faire aussi leurs « efforts ».

Olivier BELIN

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