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Archives > Convergences Révolutionnaires > Numéro 71, octobre 2010

Editorial

Marée montante

Mis en ligne le 18 octobre 2010 Convergences Politique

Octobre 2010 va-t-il s’inscrire dans les grandes dates du mouvement ouvrier de ce pays, après Mai 1968 ou encore plus loin dans le passé Juin 1936 ? Nul ne peut le dire à l’heure où nous mettons sous presse, tant sont encore nombreux les obstacles que peuvent encore dresser tant nos vrais ennemis, le gouvernement et les patrons, que nos faux amis, certains politiciens de gauche ou même dirigeants syndicalistes. En tout cas, les développements de ces derniers jours peuvent permettre d’espérer que « tout est possible ».

Le gouvernement le craignait. Pour le coup, il avait raison. Les jeunes sont entrés dans la danse. Et comment ! Non seulement dans des cortèges dynamiques et plein de vie lors des manifestations nationales des 12 et 16 octobre. Mais tous les jours depuis une semaine, pratiquant la grève marchante d’un lycée à un autre. De ces grèves marchantes qui sont en passe de faire école, c’est le cas de le dire, entre les différents secteurs de salariés.

Ils ont bonne mine ces ministres qui voulaient opposer les générations entre elles ! Et que les retraités seraient en retraite trop tôt, et que les vieux vivraient trop vieux, et que ce serait au détriment des jeunes, et qu’il fallait bien que nous cotisions plus, plus longtemps en gagnant moins, pour nous contenter d’une retraite de misère, et autres balivernes. Eh bien non. L’intox n’a pas marché. Toutes unies, les différentes générations du monde du travail ! Dans la rue, dans la grève, dans les blocages, dans les assemblées inter-professionnelles, dans les manifs, dans les slogans !

D’autant que cette même semaine, il n’y a pas que les lycéens, nos enfants, qui sont entrés dans la danse. Les cheminots s’y sont mis parmi les premiers – il faut bien que certains la commencent, cette « grève reconductible ». Mais ils ont été clairs : pas question que notre locomotive avance toute seule. Rejoignez-nous dans la grève, ont-ils dit au reste des salariés. Et au fil de la semaine, leur appel a été entendu. En fait, des locomotives, il y en avait déjà quelques autres : les dockers, les cantinières et les postiers de Marseille, les gars des raffineries… Mais il fallait que ça se multiplie, après le nouveau succès de la manif nationale du mardi 12 octobre. Alors, chez les profs et les instits, par exemple, où, jusque-là, le moral n’était pas joufflu et où ça hésitait, on a discuté : « on ne va tout de même pas laisser les cheminots tous seuls ! ». Et, en quelques jours, des centaines de lycées ont été bloqués, et pas seulement par les lycéens. Avec les profs. Et, quand le gouvernement a donné la consigne aux préfets de faire donner les lacrymos et les Flashballs contre les mômes, les profs, les syndicalistes et bien d’autres sont venus protester, s’interposer, et soutenir les lycéens.

Ce qui se passe chez une partie des enseignants, cela se passe aussi dans des tas de secteurs. La contagion gagne. Aux impôts, chez les territoriaux, à EDF/GDF, dans les hôpitaux, les musées, aux Archives nationales, chez les pompiers... Mais pas seulement dans le secteur public. Dans les manifestations, les travailleurs du privé, des petites, moyennes et grandes boîtes, se montrent de plus en plus. Et pas seulement le samedi. Oh, tout n’explose pas d’un coup. Il y a le chômage, les bas salaires, les emplois précaires, les chantages patronaux. Alors on réfléchit, on pèse les chances d’un véritable mouvement d’ensemble, on s’observe, on observe les autres, leur détermination. Mais les états d’esprit évoluent vite. Le temps social s’accélère.

Pour l’heure, ce sont le plus souvent des minorités, des équipes militantes, qui prennent l’initiative. Mais un peu partout dans le pays. On se réunit en assemblées générales. On discute. On ne part pas forcément tout de suite en grève. Mais on participe à des débrayages, à des rassemblements locaux. On va voir les salariés d’à côté, on va soutenir les cheminots ou le blocage des raffineries. Le gouvernement voulait dresser les automobilistes et les chauffeurs routiers contre les grévistes du pétrole ? Résultat, les chauffeurs routiers se mettent en grève à leur tour. Et dans la semaine, à Bordeaux, des dizaines de manifestants, de toutes professions, routiers, instituteurs ou électriciens, ont bloqué le dépôt de pétrole de Bassens.

Car c’est l’une des caractéristiques les plus prometteuses du mouvement en cours : les salariés en lutte, ou en passe de l’être, sortent de leur isolement, de leur seule entreprise, de leur seul secteur. À Lyon, simple exemple, les grévistes de la chimie vont voir chaque matin une autre boîte et préparent l’action avec les militants de la boîte en question. Des noyaux militants inter-entreprises sont ainsi en train de se constituer.

Toutes ces initiatives locales doivent aussi se coordonner nationalement et surtout pas se diluer mais tendre vers un même but, vers un même mouvement d’ensemble irrésistible.

Voilà comment, de proche en proche le pays pourrait bien aller vers la grève générale, la vraie. Ce nouveau Mai 68 auquel tout le monde pense et qui pourrait bien devenir un Octobre 2010 encore bien plus dangereux pour le gouvernement et le patronat. Un raz-de-marée social qui emporterait sur son passage non seulement leur réforme scélérate des retraites, mais tous leurs plans contre l’emploi, les salaires et les acquis sociaux.

17 octobre 2010

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