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Archives > Convergences Révolutionnaires > Numéro 127, juin-juillet-août 2019 > DOSSIER : Plongée dans l’Amérique sous Trump

Tableau de l’Amérique sous Trump

15 juin 2019 Convergences Monde

Explosion des inégalités

En 2018, les 400 personnes les plus riches des États-Unis possédaient une richesse totale de 2 890 milliards de dollars, plus que les richesses combinées des 64 % les plus pauvres de la population américaine. Les 10 % les plus riches détiennent aujourd’hui 84 % de toutes les actions. Il y a 10 ans, Jeff Bezos, le PDG d’Amazon, disposait d’une fortune de 8,7 milliards ; aujourd’hui, sa fortune s’est envolée à 160 milliards de dollars, ce qui fait de lui l’homme le plus riche du monde – d’après le cours des actions d’Amazon, bien sûr. Aujourd’hui, le revenu moyen des PDG américains représente 312 fois le revenu moyen des travailleurs : ils gagnent ainsi en un jour ce que les travailleurs gagnent en une année. De 2008 à 2017, les 500 plus grandes entreprises ont racheté des actions pour 4 000 milliards de dollars, et versé 3 100 milliards de dollars de dividendes. En 2018, les chiffres sont de l’ordre de 1 000 milliards pour ce qui est des rachats, et du même ordre pour les dividendes.

Un taux de chômage faible qui cache mal l’appauvrissement du monde du travail

En décembre 2018, le taux officiel de chômage était de 3,7 %. Mais ces chiffres ne disent pas tout. Tout d’abord, seulement 63 % de la population en âge de travailler dispose d’un travail – le taux le plus bas depuis 1990. Car ces 3,7 % ne prennent pas en compte les 50 millions de travailleurs à temps partiels ou intérimaires et cherchant un emploi à temps complet sans en trouver. Parmi les travailleurs âgés de 25 à 54 ans, 38 millions, soit 19,2 %, sont toujours sans travail. La majorité des emplois créés depuis la crise de 2008 consistent en temps partiels peu payés. Aujourd’hui, près de 42 millions de travailleurs, soit 33 % de l’ensemble, gagnent moins de 12 dollars de l’heure, sans que cela comprenne une assurance-maladie. Plus de 40 % des travailleurs prennent connaissance de leurs horaires de travail seulement une semaine à l’avance, quand ce n’est pas moins.

Depuis 2008, la richesse moyenne d’un ménage de salariés a décru de près de 20 %. À l’âge de 30 ans, en moyenne, un travailleur aura dépensé 93 000 dollars pour son logement, soit près de la moitié de ses revenus.

Aujourd’hui, 50,8 millions de ménages, soit 43 % du total, un chiffre record, ne peuvent pas financer leurs dépenses quotidiennes, même aussi élémentaires que le logement, la nourriture, le transport, les gardes d’enfants, une mutuelle et la facture mensuelle de téléphone. Depuis 1973, la productivité moyenne (la somme de biens et de services produits en 1 heure) a augmenté de 77 %. Mais le taux horaire a à peine augmenté.

Pour la plupart des travailleurs, les salaires soit ont légèrement décliné (entre 4 et 12 %), soit sont restés au même niveau que depuis 1973. La part totale des salaires dans le revenu national était de l’ordre de 64 % en 2000, mais elle a continuellement baissé jusqu’à atteindre 56 % des 16 000 milliards du revenu national d’aujourd’hui. Mais, tel que défini par le gouvernement, ce total prend en compte les salaires des dirigeants et des cadres. Quand ils sont exclus des calculs, le manque à gagner pour les travailleurs est encore plus important.

Une population étranglée par les dettes

Pour simplement s’en sortir, les travailleurs doivent s’endetter massivement. Actuellement, la dette totale des ménages est la plus haute jamais enregistrée : 13 300 milliards, soit 618 milliards de plus que lors du pic précédent de 2008, juste avant que la crise n’éclate. Dans ce total, 9 400 milliards correspondent à des emprunts immobiliers, 1 500 proviennent des prêts étudiants, 1 200 à des prêts pour l’achat d’une voiture et 1 040 aux cartes de crédit. En moyenne, une dette étudiante est de l’ordre de 39 400 dollars par individu (environ 35 000 euros). En moyenne, les travailleurs consacrent 26 % de leurs revenus annuels au remboursement de leurs dettes.

De plus en plus de pauvres

Officiellement, de l’ordre de 40 millions de personnes vivent sous le seuil de pauvreté, soit 12,3 % de la population vivant avec moins de 11 770 dollars pour une personne seule ou moins de 24 250 pour une famille avec deux enfants. Mais ce seuil de pauvreté fixé par le gouvernement est dépassé depuis longtemps car il ne tient pas compte de l’augmentation du prix de la nourriture, des mutuelles de santé, du prix du logement et de la dette des ménages. Certains analystes, comme l’Institut des politiques économiques (Economic Policy Institute), montrent que, si le seuil de pauvreté était fixé de façon plus adéquate, il faudrait y inclure la moitié de la population. En 2018, près de 12 % des foyers étaient en insécurité alimentaire, c’est-à-dire qu’ils ne gagnaient pas suffisamment pour s’assurer une alimentation régulière. Dans les ménages avec enfants, ce chiffre monte à 16 %.

Les dépenses de logement explosent

Le nombre de propriétaires est descendu à son plus bas niveau depuis 51 ans : 62 % de la population. Il existe donc un très grand nombre de locataires, ce qui permet aux propriétaires et aux agences immobilières d’augmenter les loyers sans limitation réelle.

En Californie, le loyer médian d’un appartement de trois pièces est de 2 400 dollars par mois (2 150 euros), le troisième le plus élevé de tout le pays. À San Francisco, cela grimpe à 4 000 dollars (environ 3 600 euros). Et le prix médian d’une maison californienne est 2,5 fois plus élevé qu’au niveau national (1,3 million de dollars à San Francisco). Les mêmes problématiques se retrouvent dans toutes les grandes villes américaines…

Du fait d’une concurrence plus acharnée entre locataires, les loyers n’en finissent pas d’augmenter dans la plupart des grandes villes. Près de 75 % des locataires consacrent plus 30 % de leurs revenus au loyer. Selon une estimation, c’est même plus de 50 % pour 19 millions de ménages ; en 2008, il s’agissait seulement de 2,1 millions de ménages. Inutile de préciser que cela fait augmenter le nombre de personnes à la rue, ce qui est particulièrement visible dans les plus grandes villes du pays.

Cette crise est alimentée par la réduction de moitié au cours des sept dernières années des financements fédéraux pour les foyers de sans-abris. Dans la plupart des cas, la seule solution pour les SDF est d’aller dans une « tent city », un campement illégal d’une dizaine de tentes ou plus. La majorité de ceux qui y vivent font part de leur envie de disposer d’un habitat permanent, ce qui leur est impossible financièrement. Dans 20 % de ces campements, il y a jusqu’à 100 résidents.

Les statistiques nationales du gouvernement concernant les SDF n’existent pas. On estime à 3,5 millions le nombre de personnes qui seront à la rue à un moment dans l’année, dont 1,35 million d’enfants. Une nouvelle étude a conclu qu’un jeune de 18 à 25 ans sur dix a été SDF l’année passée. Chaque nuit, on estime à 600 000 le nombre de personnes dormant à la rue. Et le quart des SDF vivent en Californie, alors même que la population californienne ne représente que 12 % de la population totale.

Épidémie d’overdoses, suicides

Une épidémie d’overdose, de morts inattendues et de suicides s’est déclarée parmi les travailleurs les plus pauvres, particulièrement ceux au chômage depuis longtemps, ceux qui ont perdu leur travail pendant la crise de 2008 et n’en ont jamais retrouvé. Trois années durant, le taux de mortalité de la population américaine a augmenté – alors même qu’il diminuait depuis des décennies. En 2017, ce taux a progressé de 0,4 %, soit de 728,8 morts pour 100 000 habitants, pour atteindre 731,9 (avec une augmentation plus significative de 2,9 % pour la tranche des 25-34 ans).

De 2016 à 2017, l’espérance de vie est passée de 78,7 ans à 78,6. Les morts par overdose se sont accrues de 9,6 % (avec une augmentation de 45 % pour les morts liées au fentanyl, un opiacé). L’overdose est ainsi la première cause de mortalité pour la population de moins de 55 ans. En 2016 et 2017, plus de 130 personnes sont mortes chaque jour d’overdose liée à un opiacé.

En 2017, le taux de suicide a augmenté de 3,7 %, passant de 13,5 pour 100 000 habitants à 14. On estime qu’il y a 20 suicides par jour chez les vétérans de l’armée. De 2007 à 2017, le nombre de suicides est passé de 34 598 à 47 173, soit une augmentation de 36,3 %. Les morts par overdose ont presque doublé (+95 % depuis 2007), pour atteindre 70 237 en 2017. Le total des suicides et overdoses depuis 2007 est de 954 365 personnes – soit l’équivalent de la population de la dixième ville la plus grosse des États-Unis. Ce nombre est plus élevé que le nombre total de soldats américains tués dans toutes les guerres américaines, à l’exception de la Guerre civile.

L’industrie pharmaceutique a joué un rôle dans l’accélération de cette épidémie d’addictions, avec son lobbying pour réduire la réglementation sur les prescriptions de drogues à base d’opiacés. Ces dix dernières années, de nombreux opiacés ont bénéficié de réglementations moins contraignantes : la plus grande facilité dans la prescription a permis la création d’un marché de rue. N’importe qui peut aller en clinique se faire prescrire des opiacés pour la douleur, puis en vendant ces pilules se faire assez d’argent pour vivre. On pouvait se douter qu’ouvrir la porte à ces opiacés extrêmement addictifs dans une société aux conditions de vie de plus en plus difficiles ne pourrait que mener à cette épidémie d’overdoses et de décès.

Fusillades de masse

On définit une fusillade de masse lorsqu’il y a quatre morts ou davantage. En 2018, il y a eu 340 fusillades de masse, presque une par jour, ce qui en fait une banalité dans la société américaine contemporaine.

Immigration

Sous le gouvernement de Trump, l’ICE (Immigration and Customs Enforcement, les services de l’immigration et des frontières) a expulsé en 2017 environ 139 553 personnes. C’est moins que le total des expulsions faites en une seule année sous Obama. Ainsi, en 2013, plus de 72 000 enfants ont vu leurs parents expulsés. En 2011, 22 % des 397 000 personnes expulsées étaient parents d’enfants de nationalité américaine, ce qui veut dire qu’au moins 87 340 enfants ont perdu leurs parents cette année. Une étude d’Human Rights Watch, pour la période d’octobre 2014 à juin 2015, estime que 42 % des détenus dans les centres de l’ICE avaient des enfants avec nationalité américaine. La plupart de ces enfants avaient moins de 10 ans, et beaucoup étaient des tout-petits, voire des bébés ou même des nourrissons. Ainsi, la pratique infâme de Trump, séparant les familles aux frontières, trouve son origine dans les mandats d’Obama, qui l’a fait pour des milliers de familles, et a envoyé de nombreux enfants dans des centres de rétention, sans parents et souvent en familles d’accueil.

Le traitement terrible réservé aux familles traversant les frontières en direction des États-Unis a fait la Une de nombreux journaux. Bien que le nombre total d’immigrants tentant la traversée décline, la proportion de familles augmente – et cela s’explique par la destruction d’habitats entiers du fait du changement climatique. Les enfants dans ces familles, tout comme leurs parents, ne sont pas des citoyens. La politique de séparation des familles du gouvernement Trump a horrifié, et la pression de l’opinion publique ainsi que des procès ont obligé le gouvernement à déclarer mettre fin à ces pratiques, mais il ne semble pas que grand-chose n’ait changé.

Sous Obama, ces pratiques étaient volontairement tenues secrètes. Mais, avec Trump, elles sont rendues publiques et ouvertement assumées, ce qui attise les flammes du nationalisme et du sentiment anti-migrants. Ainsi, bien que le nombre d’expulsions ait diminué sous Trump, la peur d’être attaqué, arrêté ou expulsé est plus grande.

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