Ségolène Royal ne changera pas le sort des classes populaires
27 novembre 2006 Éditorial des bulletins L’Étincelle
Depuis bientôt cinq ans, c’est la droite qui est aux commandes et qui accumule les attaques contre les classes populaires. Retraites, sécurité sociale, services publics, contrats de travail... tout y est passé. En même temps, le gouvernement a multiplié les cadeaux fiscaux et les subventions au patronat, alors que les profits des grandes entreprises n’ont cessé de battre des records. Face à cette droite arrogante, cynique et ouvertement antipopulaire, la gauche apparaît moins réactionnaire aux yeux de nombreux travailleurs. Mais battre la droite aux prochaines élections et renvoyer pour un temps Sarkozy dans ses foyers ne résoudra aucun de nos problèmes si c’est Ségolène Royal qui occupe le fauteuil présidentiel.
Va-t-elle rétablir le droit à la retraite après 37,5 années de cotisation ? Non. Va-t-elle embaucher massivement dans les services publics comme l’éducation ou la santé, rouvrir les hôpitaux de proximité ? Non. Va-t-elle lancer un plan de construction de logements corrects à bon marché pour que chacun trouve un toit ? Non. Va-t-elle supprimer tous les contrats précaires pour ne conserver que le CDI ? Non. Va-t-elle décréter une augmentation générale des salaires ? Non. Compte-t-elle supprimer les subventions à fonds perdus qui se déversent sur les comptes déjà florissants des actionnaires ? Non. Interdira-t-elle les licenciements dans les entreprises qui font des bénéfices ? Non.
Car pour améliorer le sort des travailleurs, il est nécessaire de s’en prendre au grand patronat et à ses intérêts. Et ce n’est certainement pas une ancienne ministre de Jospin comme Ségolène Royal qui l’osera jamais.
Dans le discours de la candidate du Parti socialiste, on trouve quantité de phrases fumeuses et alambiquées où elle prétend se mettre « à l’écoute des régions » et « en phase avec les profondeurs de la société ». Derrière ces formules politiciennes, il n’y a que la tentative de se distinguer de Sarkozy en rivalisant avec lui de « modernité » et d’originalité à tel point qu’il est difficile de distinguer leur programme.
Car en matière de démagogie, elle n’est pas en reste sur son rival. En faisant mine de dénoncer « l’immigration choisie » chère au ministre de l’Intérieur, elle ne trouve rien d’autre à réclamer qu’une « régularisation en fonction de l’économie », ce qui est strictement la même chose. En matière de sécurité, ses positions ne sont pas moins réactionnaires. Elle propose de placer les mineurs dans un service d’encadrement militaire dès le premier acte de délinquance. Elle a même trouvé le moyen de se mettre à dos par démagogie anti-fonctionnaires une partie du public traditionnel du Parti socialiste, les enseignants, en réclamant qu’ils restent 35 heures dans leurs établissements, alors que même le Ministère de l’Education admet qu’ils travaillent déjà plus de 39 heures. Et quand elle affirme que « les 35 heures ont été un progrès pour une majorité de salariés, mais une régression pour d’autres », elle fait semblant d’oublier que c’est le gouvernement Jospin, son gouvernement, qui les a mises en place... et laisse en même temps entendre qu’elle pourrait bien les supprimer.
Il n’y a rien de nouveau à attendre de la part de Ségolène Royal. Elle-même est d’ailleurs une vieille routière de la politique, au bilan éloquent. Énarque, député des Deux-Sèvres depuis bientôt 20 ans, où sa grande œuvre a été d’obtenir l’AOC pour un fromage local, le Chabichou, elle est depuis 2005 la présidente de la région Poitou-Charentes. Mais elle a surtout été trois fois ministre, une fois sous Mitterrand et deux dans les gouvernements Jospin. Et si elle se retrouve l’an prochain présidente de la république, elle fera ce qu’elle a déjà fait et ce que son parti a toujours fait : entériner les reculs imposés par la droite et en accompagner de nouveaux.
Alors il ne faut pas être dupes du jeu électoral et du cinéma politicien. Notre sort ne changera que par les luttes que nous saurons engager, quelle que soit la couleur politique du président et du gouvernement qui sortiront des urnes en 2007.


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