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Archives > Convergences Révolutionnaires > Numéro 17, septembre-octobre 2001

Sécurité ou insécurité : le piège

22 septembre 2001 Convergences Politique

Les questions dites de sécurité sont au cœur des campagnes politiques. C’est donc reparti pour les élections présidentielles de 2002. Les chiffres de la délinquance publiés en juillet (augmentation de 10 %) ont servi de tremplin pour faire rebondir le débat. Pourtant, ces chiffres sont à analyser avec fortes précautions, car on peut faire dire ce qu’on veut aux chiffres. [1]

On assiste aujourd’hui à une surenchère et à de fausses affirmations dans les discours : certains parlent de supprimer l’irresponsabilité des mineurs de moins de 13 ans alors que cette irresponsabilité n’existe pas. Un jeune entre 10 et 13 ans peut être reconnu coupable mais ne peut faire de la prison, ce qui est une bonne chose.

Des voix s’élèvent pour que les moins de 13 ans puissent être incarcérés et que la majorité pénale soit abaissée de 18 à 16 ans. D’un côté les missions parlementaires et sénatoriales reconnaissent le trop grand recours à la détention, voire sa nocivité, notamment pour les mineurs, et de l’autre les mêmes demandent un durcissement de la législation des mineurs.

De fait la justice des mineurs telle qu’elle existe en France est attaquée de toute part. La justice des mineurs en France est née le 2 février 1945 et elle privilégie les réponses éducatives aux réponses répressives. Elle part de l’idée que tout mineur est éducable, qu’un enfant, un adolescent est un être en devenir. Et il faut rappeler que pour les faits graves (crimes), les sanctions existent : l’échelle des peines des majeurs s’appliquent aux mineurs en étant réduite de moitié.

Polariser le discours sur la délinquance des mineurs évite sans doute aux politiques de s’intéresser à la délinquance financière, dite délinquance en col blanc qui constitue de loin le plus grand nombre d’infractions.

Criminalisation de la jeunesse

Derrière cette campagne politico-médiatique sur la sécurité et la délinquance, les jeunes et plus particulièrement les mineurs sont montrés du doigt.

Les arrêtés « couvre feu » pour les moins de 13 ans pris par plusieurs maires cet été pour certains quartiers de leurs villes en sont l’illustration. Ces arrêtés concernent des quartiers ciblés : suivant leur lieu de résidence, les jeunes du même âge ne seront pas traités de la même façon. Cela augmentera un sentiment légitime d’injustice pour les jeunes issus de quartiers souvent stigmatisés.

Depuis plus de 20 ans la droite a mené ses campagnes sur le sentiment d’insécurité. En ce qui concerne les socialistes, le colloque de Villepinte intitulé des « villes sûres pour des citoyens libres » organisée en octobre 1997 par le gouvernement a représenté un tournant pour les socialistes quant à leurs propositions du traitement de la délinquance et à la prévention. On est passé de l’ère Bonnemaison (maire d’Epinay sur Seine dans les années 1980), marquée par le développement de la politique de la ville avec les conseils communaux de prévention de la délinquance (CCPD), à l’ère du droit à la sécurité. Lors de ce colloque sur la sécurité, il a été décidé que le Conseil de Sécurité Intérieur (CSI), traiterait désormais de la délinquance des mineurs et la mise en place de contrats locaux de sécurité (CLS). Ceux ci seraient prioritairement mis en place dans 26 départements prioritaires qui bénéficieraient de moyens supplémentaires. Par ailleurs trois CSI entre janvier 1998 et janvier 1999 ont traité de cette question.

Les tenants du discours sur la tolérance zéro feraient mieux de s’interroger sur le type de société que les adultes construisent pour la jeunesse.

L’insécurité c’est d’abord l’insécurité sociale lorsque les droits élémentaires comme le droit à l’emploi, le droit à l’éducation et le droit à la santé sont remis en cause.

En effet nous sommes en présence de deux générations de jeunes dont l’entourage a connu essentiellement le chômage et les boulots précaires. Pour certains jeunes, cela signifie qu’ils n’ont vu ni leurs grands-parents ni leurs parents travailler. La valeur d’intégration du travail ne signifie plus rien quand il n’y a plus la possibilité d’avoir un emploi.

Dans certains quartiers qui sont devenus des territoires d’exclusion économique et sociale, peut s’organiser une structuration de groupes de jeunes qui, dans ces territoires d’exclusion économique et sociale, vivent sans perspective d’avenir. Ces groupes peuvent provoquer un sentiment de peur permanente parmi les habitants de ces ensembles urbains, une population victime elle aussi de l’exclusion et la précarité.

Les parents, les adultes en général, ayant une vision négative d’eux-mêmes parce que chômeurs, se sentent parfaitement impuissants, et le sont, auprès des enfants.

De plus pour nombre de gens de ces quartiers l’intervention de la police et de la justice sont ressenties comme illégitimes parce que la société est débitrice à leur égard. Contrôler trois fois le même jeune dans la journée est insupportable, et provoque forcément des réactions violentes. La police dit ne plus pouvoir entrer dans certains quartiers, mais là où elle entre, si elle a ce type de comportement, cela pose forcément problème.

S’il y a effectivement des lieux où les agressions et les vols ont augmenté, dans d’autres lieux les nuisances, le bruit, qui ne sont évidemment pas du même ordre vont provoquer un sentiment d’insécurité, largement amplifié par les médias et dramatisé par ceux qui font de l’insécurité leur fonds de commerce politique. Le terme de violences urbaines qui est de plus en plus employé quand il est question « d’insécurité », s’accompagne de termes guerriers et à entendre certains pseudo-spécialistes, on serait en guerre.

Quelques éléments de réponse

On ne peut répondre aux difficultés de vie par une logique de guerre policière, notamment contre les « sauvageons ».

D’abord des mesures immédiates pourraient certainement être prises.

La prévention spécialisée, qui dépend des collectivités territoriales, doit être amplifiée. Souvent ce sont les associations qui se substituent au rôle défaillant de l’Etat ou des collectivités locales.

La prise en compte des difficultés des parents avec leurs enfants passe par la création de lieux d’écoute et de parole. Redonner la parole aux habitants des quartiers serait une meilleure voie que de pénaliser les parents par la suppression des allocations ou de conditionner l’obtention du RMI au comportement avec les enfants.

Les victimes de violences devraient aussi être prises en compte par la création de lieux d’accueil et d’écoute. Et quand on parle de victimes, il faut savoir que pour le plus grand nombre ce sont les jeunes eux-mêmes, qui sont victimes de vols, de rackets. Une enquête récente montre que la violence s’exerce de plus en plus entre jeunes. Le jeune auteur de violence va lui-même subir la violence.

Dans les quartiers, la présence d’adultes est indispensable et ne doit pas être réduite à une présence policière. S’il y a certes des quartiers où il est difficile de vivre, il faut insister sur la place incontournable et le nécessaire développement des services publics pour lutter contre l’exclusion. L’école est trop souvent le seul service public qui existe dans certains quartiers.

Pourtant fondamentalement, cela passe évidemment par le droit à un travail, à un logement pour tous, ce sans discrimination. Autant dire par la lutte pour un changement de société.

Anne MARGOT


[1Cf. Violences et insécurité. Fantasmes et réalités dans le débat français de Laurent Mucchielli à La Découverte

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