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Archives > Convergences Révolutionnaires > Numéro 81, mai-juin 2012 > DOSSIER : SNCF, la privatisation sur les rails

DOSSIER : SNCF, la privatisation sur les rails

Rénovation de la Gare Saint-Lazare : Pas perdue… pour tout le monde

Mis en ligne le 19 mai 2012 Convergences Entreprises

Gare Saint-Lazare, à Paris, la « salle des pas perdus », l’ancien grand hall d’attente, a changé de look : puits de lumière, escaliers mécaniques et boutiques sur plusieurs niveaux, pour banlieusards pressés à la sortie du bureau, ou plus luxueuses, pour clients du quartier relativement cossu. Les onze années de travaux ont été fructueuses… pour certains : le financement des travaux a été assuré essentiellement par des entreprises privées (sauf les dépassements assurés par la SNCF) qui encaisseront en contrepartie, pendant une cinquantaine d’années, la totalité des loyers d’emplacements pour les commerces. Pognon, pognon ! Autant dire qu’une partie de la gare a d’ores et déjà été confiée au privé...

Mais l’aménagement des locaux destinés à accueillir les services SNCF, en revanche, a été bâclé. Certains services ont dû camper sur la plate-forme faute de locaux en état de les recevoir (pendant les basses températures !). Depuis qu’ils sont installés, c’est parfois sans chauffage, avec des murs qui se lézardent, des remontées d’égouts... et de colère, puisque plusieurs services se sont mis en droit de retrait sur ces problèmes.

Les travaux en ligne toujours en cours aujourd’hui, eux aussi, bouleversent de façon quotidienne la circulation des trains et rendent plus épineux les rapports avec les voyageurs... Heureusement, il y a de la solidarité, des réactions collectives. Souvent ponctuelles et sectorisées. Mais qui montrent que les cheminots ne baissent pas les bras !

D’autant que, au-delà de la rénovation visible, il y a l’arrière-cour, les « innovations » dans la gestion du personnel, un exemple de ce qui se prépare dans toute la SNCF et qui suscite maintes réactions.

Une direction qui joue aux durs

Depuis quelque temps, petit encadrement comme direction voudraient rouler des épaules en multipliant les rappels à l’ordre et les sanctions. Plusieurs vendeurs se sont ainsi fait épingler sur des arrangements jusque-là tolérés, pour simplifier la vente de billets à des cheminots par exemple. Pour des faits sans importance, on a vu la direction demander le renvoi, la radiation des cadres. Quand elle n’obtenait pas au conseil de discipline le licenciement demandé, elle lançait une nouvelle procédure (doublant la sanction) pour obtenir le retrait des « facilités de circulation ». Une vraie nouveauté qui a d’autant indigné que les sanctionnés étaient appréciés de leurs collègues et souvent irréprochables dans leur travail.

Plusieurs jeunes collègues ont même été licenciés aussitôt pour avoir raté un examen (pourtant avec des notes honorables qui justifiaient jusque-là des rattrapages). Ce qui a fait réagir. Les collègues qui les avaient souvent fréquentés dans le travail ont été surpris et choqués de l’arbitraire de la direction qui affirmait avoir l’ « intuition » qu’ils ne faisaient pas l’affaire !

Fini l’hypocrite « à tu et à toi » avec la hiérarchie de la « communauté des cheminots »

Dans le domaine du « dialogue social », les « instances » ont changé de style depuis quatre ans, avec un renouvellement de l’équipe dirigeante. Les négociations lors de conflits sont plus dures, quand il n’y a pas un refus pur et simple de négocier sous la pression de la grève ou, en amont, l’exigence de la levée d’un préavis pour amorcer une esquisse de négociation. Curieuse ironie quand on sait que ces préavis de grève, qui étaient déjà une atteinte au droit de grève, avaient été instaurés précisément pour ouvrir des négociations, c’est-à-dire inviter les syndicats à négocier avant même d’avoir le rapport de force pour cela.

Le mépris et l’arrogance sont désormais de mise. La direction refuse de donner certains documents aux délégués du personnel, même quand elle le faisait auparavant ; elle refuse de traiter un certain nombre de questions. Une mauvaise volonté affichée pour décourager les militants comme les cheminots lorsqu’ils sont amenés à la rencontrer. Un genre d’effet « douche froide » qui serait destinée à casser la détermination de ceux qui voudraient lutter. Effet pas forcément garanti. À deux reprises, des débrayages d’une journée se sont transformés en grèves reconductibles comme lors d’une grève de la Manœuvre, il y a maintenant un an, et lors d’une mobilisation contre des suppressions de postes à la Vente. Pas de regrets, car nous savons tous que les coups de colère spontanés, les grèves sauvages sont souvent plus efficaces que le ronron des préavis et des tapis verts.

Nouveau « management »

Et, bien sûr, l’argumentation aussi de la petite hiérarchie a fait peau neuve : elle se livre volontiers à l’action psychologique en faisant allusion à la concurrence qui vient : « Demain, peut-être ton boulot... » ou « Tu sais, tel poste, on pourrait le supprimer... ». C’est curieux tout de même de voir comment ces mêmes chefs balancent soudain de leur attitude nettement agressive à un ton plus conciliant quand ils flairent le risque de réaction collective. Dans un secteur où les « demandes d’explication » (déjà en soi une sanction, à la SNCF) étaient tombées pour des bêtises pendant des mois, un chef sous la pression de la grève s’est mis à offrir presque quotidiennement croissants et pizzas. La politique de l’entreprise les pousse parfois à la schizophrénie !

La direction prône le « chacun chez soi »

Des chefs se sont mis en tête de chasser les cheminots qui avaient le malheur d’entrer dans des services qui n’étaient pas les leurs. Ce n’était jusque-là que routine d’aller boire un café dans le service d’à côté... mais non, certains ont eu droit pour ce motif à la fameuse « demande d’explication » (le tout premier degré des sanctions). Quand les barrières ne sont pas matérielles (des barbelés ont été installés autour du chantier de l’Équipement), la direction cherche à les instaurer dans les consciences : c’est chacun son service. Si ça ne marche pas avec les anciens qui ont leurs habitudes, les chefs cherchent à inculquer l’esprit de clocher aux nouveaux venus.

Et cela va de pair avec une autre nouvelle mode, financière celle-là, la « gestion par activités » : à chaque service de gérer ses moyens, ou alors de les facturer au voisin s’il doit lui en prêter ! Côté personnel, cela aussi crée des difficultés aberrantes. Il y a encore quelques années, le service du départ des trains, le poste d’aiguillage de Saint-Lazare (PRS) et la Manœuvre, disposaient d’une équipe commune de « réserve » (pour les remplacements). Un cheminot pouvait travailler un jour dans l’un des services, le lendemain dans l’autre, en fonction des besoins. Depuis la séparation des activités, cette réserve mixte n’existe plus. Pire, en cas de retard ou autre pépin, on demande aux cheminots de désigner le service responsable (Conducteurs ? Aiguilleurs ? Manœuvre ou agents de départ ?). Car il s’agit qu’un rapport désigne le service auquel sera ensuite envoyée la facture de l’incident ! Et la délation du collègue d’à côté, facilitée par l’éclatement des activités, est bien pratique pour masquer l’incurie de l’organisation ou les sous-effectifs responsables des difficultés. Bonjour l’ambiance ! Tout au moins celle que la direction voudrait créer.

Moins on est de fous, moins on rigole !

Car le problème n°1, à Saint-Lazare comme dans toute la SNCF, c’est le manque d’effectifs. Des postes sont « non tenus », parfois pendant plusieurs jours... faute de personnel, ce qui exerce une vraie pression sur les conditions de travail. Tout se complique : congés, cadences, mutations, formations…

Au cours de l’année, une vingtaine de postes ont été supprimés « officiellement » à la vente sur la Région (boutiques fermées, guichets supprimés, etc.). Mais la réalité est pire que les chiffres officiels : dans les faits, bien des bureaux de vente sont dépouillés de leurs vendeurs notamment dans les petites gares du réseau où ces derniers sont appelés à tenir d’autres postes ailleurs. Ce sont des fermetures qui ne disent pas – encore – leur nom. Une réorganisation qui se fait en douce, poste par poste, gare par gare pour éviter les réactions collectives mais où, au bout du compte, les suppressions d’effectifs commencent à sacrément se chiffrer.

À la Vente, la direction « justifie » les suppressions de postes par la désaffection des guichets : les voyageurs favoriseraient Internet et les bornes automatiques (BLS), parce que les temps d’attente seraient trop longs aux guichets… Et pour cause : il n’y a presque plus personne pour les tenir ! Ce raisonnement en cercle vicieux est si commode. Et ne parlons pas de la multiplication des services voués à la sous-traitance (comme le contrôle de l’état des installations en gare : écrans, escalators, etc.).

Cette politique de réduction d’effectifs et son cortège de « misères » (pénibilité du travail, congés refusés, formations ou mutations repoussées faute de remplaçants, surcharge de travail) pèse lourdement sur la santé : les arrêts-maladie explosent dans certains services.

… En attendant l’explosion de la colère. À coup sûr le meilleur remède !

Louis MARH

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