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Accueil > Convergences révolutionnaires > Numéro 81, mai-juin 2012

Réforme de la protection sociale aux Etats-Unis : Assurance santé... et santé des assurances

Mis en ligne le 19 mai 2012 Convergences Monde

En mars, la Cour suprême des États-Unis a commencé l’examen de la « loi sur la protection des patients et des soins abordables » , une mesure majeure de l’administration Obama. Elle doit décider si cette loi, qui impose l’acquisition d’une assurance santé à tous, viole ou non la Constitution américaine.

La loi fut promulguée en 2010 pour répondre à la profonde aspiration générale à une protection santé. Il y a en effet 50 millions d’Américains qui n’ont aucune protection santé et ceux qui en ont une voient son coût s’élever en flèche. Deux tiers de toutes les faillites personnelles aux États-Unis sont liées au coût des assurances santé. La loi est une tentative des Démocrates de tirer un bénéfice politique de la crise, sans empiéter sur l’industrie des assurances et en fait sans changer vraiment le système.

Elle ne crée pas de système public et universel d’assurance santé sur le modèle européen. Cependant, elle tente de réguler le système américain qu’elle laisse intact. De deux manières.

Jusque-là, les compagnies d’assurances étaient libres d’imposer leurs tarifs ou même de refuser d’assurer certaines personnes en fonction de leur « condition préexistante ». Autrement dit, pire est la santé de celui qui veut s’assurer, plus élevée est l’assurance.

La loi de 2010 impose des normes. Elle rend illégal le refus d’assurer sous prétexte de « condition préexistante ». Et elle établit des tarifs mensuels accessibles d’une manière ou d’une autre à tous. Elle prolonge de deux années, jusqu’à 26 ans, l’âge auquel les enfants peuvent être pris en charge sur l’assurance de leurs parents. Au total, 23 millions d’Américains non assurés jusqu’ici devraient l’être désormais.

En échange de ces nouvelles limitations à l’arbitraire des compagnies, il y a une contrepartie. La loi impose à chacun de prendre une assurance. Il sera désormais illégal de ne pas être assuré, amende à la clef.

Obama socialiste ?

Les médias présentent donc le débat comme un affrontement entre deux politiques et deux partis. D’une part, l’administration Obama et les Démocrates, posant en réformateurs et imposant, pour la première fois dans l’histoire des États-Unis, une sorte de limite aux profits des compagnies d’assurance. De l’autre, les opposants à Obama, essentiellement les Républicains, hurlant à l’instauration insidieuse du socialisme, qui serait dans les visées d’Obama.

L’ironie de l’affaire est que cette loi se base sur la politique déjà en place dans le Massachussetts, l’État dont le gouverneur est... Mitt Romney, le candidat républicain qui s’oppose à Obama. Le plus édifiant étant que l’exemple du Massachussetts donne une idée des conséquences possibles de cette loi.

Le tarif d’assurance minimum pour un adulte est de 5 600 dollars par an. Avant tout remboursement, il y a 2 000 dollars à la charge de l’assuré. Ainsi il faut débourser 7 600 dollars avant de voir la couleur de la monnaie de l’assurance. Multipliez cette somme par le nombre des Américains non assurés pour l’heure et vous aurez une idée de ce que les compagnies d’assurances vont gagner pour voir leurs pratiques régulées quelque peu.

Voilà l’avenir du système américain de protection santé, à moins que la Cour suprême annule la loi. De toute manière, dans les deux cas, les profits des compagnies d’assurance sont... bien assurés.

San Francisco, 11 mai 2012

Victor FRANKS

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