Aller au contenu de la page

Attention : Votre navigateur web est trop ancien pour afficher correctement ce site internet.

Nous vous recommandons une mise à niveau ou d'utiliser un autre navigateur.

Accueil > Convergences révolutionnaires > Numéro 81, mai-juin 2012

Le changement maintenant, ce n’est pas Hollande !

Mis en ligne le 19 mai 2012 Convergences Politique

Hollande intronisé, l’heure est à l’alternance… morose.

Le nouveau président s’est gardé de toute promesse précise. Même son timide engagement de retour à la retraite à 60 ans… uniquement pour ceux qui ont commencé à travailler à 18 ans et ont cotisé 41 annuités, n’en serait pas un, puisque les périodes de chômage et de congé maternité ne seraient peut-être pas prises en compte, au nom des « économies ».

Les 60 000 postes promis pour l’Éducation (sur cinq ans !)… seront pris sur d’autres postes de fonctionnaires ! Pas un mot pour stopper l’hémorragie de personnel dans les hôpitaux. Idem pour La Poste : 50 000 postes à supprimer entre 2010 et 2015 (voir notre article). La SNCF ? La privatisation à l’Anglaise et le démantèlement du service public est sur rails (voir notre dossier). La lutte contre les licenciements ? Hollande a trouvé une parade très morale : c’est un président « normal », qui n’aime pas la montre. Donc il n’ira pas faire le tour des entreprises menacées comme Sarkozy. Mieux vaut éviter le moindre face à face avec les travailleurs en colère. Ceux de Fralib, de Carrefour, de PSA Aulnay, Florange et tous les autres, apprécieront. Pas de promesses, pas de confrontation, de la discrétion… Mais alors quoi ?

Contre le chômage, un mot clef : la « croissance ». Mot magique. C’est paraît-il le formidable programme que le nouveau président propose à la France comme à toute l’Europe. Et s’il y a croissance, il n’y aura pas d’austérité. Si… Alors, comment stimuler la croissance ? Comme toujours : par des « incitations » aux entreprises. Incitations ou… assistanat ? Ne pas confondre. Les « incitations », ce sont les milliards aux banques, aux grands patrons et aux marchands d’armes. L’assistanat, ce sont les allocations de quelques euros aux pauvres, que l’on rétrécit régulièrement pour ne pas aggraver… le déficit ! Quant à ladite « croissance », à supposer qu’elle arrive, que se passerait-il ? Il suffit de regarder le « modèle » allemand, où il y avait et la croissance du PIB et l’austérité ! Avec comme premier résultat, une croissance formidable en effet… des inégalités, de la précarité, de la misère, des p’tits boulots. Avec même le 13 mai, un peu comme en France, une sanction électorale pour le parti au pouvoir en Rhénanie-Westphalie, le cœur industriel de l’Allemagne.

Rien ne se résoudra au niveau des urnes, ni en Grèce… ni en France

Bref, aucune illusion à avoir à l’égard de François Hollande et de son équipe. Et la plupart de ceux qui ont voté pour lui au deuxième tour n’en ont d’ailleurs pas.

Reste à savoir que faire pour contrer les futurs plans d’austérité, quels que soient leurs noms et leurs formulations. Dans toute l’Europe, la colère sourde ou explicite est générale contre les pouvoirs en place. En Espagne, les Indignés ont fait un retour spectaculaire non seulement à la Puerta del Sol mais dans 80 villes du pays. En Grèce, le désaveu électoral cinglant des deux partis gouvernementaux et la percée de Syriza ne font que traduire, sur le seul terrain des urnes, deux ans de mobilisations populaires récurrentes. La seule crainte des politiciens européens, de droite ou de gauche, serait une véritable explosion populaire, une « catastrophe » à leurs yeux. Mais pour les travailleurs, ce serait un espoir, le début d’un changement de rapport des forces contagieux entre le capital et le travail et l’amorce des véritables solutions.

Ici, en France, se profile la cascade des plans de licenciements, de fermetures d’entreprises, de suppressions de postes massives et restructurations en tous genres, dans le secteur public comme dans le privé. C’est évident, il faudra s’affronter au nouveau gouvernement. Car si les électeurs se sont débarrassés de Sarkozy, ils ne se sont pas débarrassés de sa politique.

Quelle politique pour l’extrême gauche ?

Tout d’abord, reprendre le programme de lutte et de sauvegarde du monde du travail qu’aussi bien le NPA que LO ont défendu pendant la campagne présidentielle. Bien entendu le défendre auprès de tous les travailleurs, quels qu’aient été leurs choix électoraux.

À commencer bien sûr auprès des équipes militantes, politiques ou syndicales, qui tout en rejetant la droite et l’extrême droite ont tenu à marquer explicitement leur défiance envers Hollande en se prononçant pour Philippe Poutou, Nathalie Arthaud, mais aussi pour Jean-Luc Mélenchon. Pour contrer les mesures d’austérité et de rigueur de la gauche au pouvoir, quelles que soient leurs appellations, il nous faudra unir nos efforts sur des objectifs précis et des perspectives de lutte.

De toute façon, nous nous trouvons déjà côte à côte dans la plupart des luttes locales actuelles. Mais l’enjeu sera de se retrouver côte à côte sur des perspectives de luttes d’ensemble. Or tout cela ne se réalise pas par génération spontanée. Concrètement, partout où un conflit se dessine, une protestation, une mobilisation – même partielle, même difficile – contre un plan de licenciements ou des restructurations, il s’agira de convaincre les militants d’affiliations diverses, leurs sympathisants, les travailleurs qu’ils influencent, de s’adresser à ceux des autres entreprises concernées par les mêmes problèmes. A fortiori bien sûr quand l’équipe militante d’extrême gauche se trouve à la tête de tel ou tel conflit, soutenue par les salariés en lutte, et du coup dans la meilleure situation pour se tourner systématiquement vers l’extérieur, tisser des liens, organiser des rencontres, projeter des actions communes avec les travailleurs d’autres entreprises, avec l’objectif quand elle y parvient, de s’adresser à toute la classe ouvrière et ses organisations.

Il s’agit-là, concrètement, d’élaborer une unité pour la lutte et son élargissement. Pour forger la convergence indispensable des combats aujourd’hui dispersés, localisés, où chaque grève se trouve malheureusement isolée face à un patron qui sait, pour sa part, prendre ses décisions de façon hyper-centralisée, comme on peut le voir pour PSA et autres grandes entreprises.

Cet effort-là est à la portée des militants d’extrême gauche, et peut avoir des effets politiques décisifs, sans commune mesure avec nos faibles scores électoraux. Tant il est vrai que l’arithmétique électorale est loin de refléter les rapports de forces militants.

Unité des luttes ou bloc politique ?

Cette unité sur des objectifs de lutte n’a par contre pas grand-chose à voir avec une unité politique de façade. Le piège politique, par exemple, consiste à invoquer la menace du Front national pour justifier un appel à l’unité politique derrière, ou avec le Front de Gauche, ou tout au moins « un bloc politique », censé devenir la véritable « opposition de gauche » au gouvernement Hollande. Tout d’abord, rappelons-le (voir dans ce numéro nos articles d’analyse sur les résultats électoraux des présidentielles), ce n’est pas depuis cette dernière présidentielle que l’extrême droite fait des scores importants, mais depuis 1988 ; et ceux de 2012 en tout cas ne sont pas vraiment supérieurs à ceux de 2002. Non. Ce n’est pas en grossissant sa montée électorale qu’on fait pièce à l’extrême droite et qu’on mobilise les travailleurs contre elle. Et puis, nous avons malheureusement déjà l’expérience de tels « blocs politiques », où les courants d’extrême gauche minoritaires, même s’ils se vantent de mettre les réformistes « au pied du mur », sont en fait toujours perdants et à la traîne.

Certes, il ne faudra pas que la droite et l’extrême droite aient le monopole de l’opposition à un gouvernement d’austérité sous Hollande. Mais cette opposition politique, c’est à l’extrême gauche de la décliner elle-même, fermement, avec ses propres termes, ses propres objectifs de lutte de classe, sans distiller la moindre illusion envers de faux alliés. Oui, à l’extrême gauche politique de rester… extrême ! Car la crise appelle à des mesures de sauvegarde radicales pour les travailleurs. Extrême, ce qui ne signifie pas qu’elle soit sectaire, mais qu’elle se réserve de passer des alliances sur les terrains du combat de classe, celui des luttes, qui est rarement celui des élections. En cette période de crise, d’explosion du chômage et des inégalités, ce n’est pas le moment de diluer ni son programme ni « sa stratégie », en quémandant des alliances avec des réformistes, dont les reniements passés, actuels ou à venir, ont fait ou feront justement le lit de l’extrême droite. Tout au contraire, c’est le moment de gagner en notoriété sur le terrain des mobilisations de la classe ouvrière, de la jeunesse et de leurs luttes. Parce que l’heure est à l’expression de toutes les colères. Aux révolutionnaires, ici en France, où ils disposent de plusieurs décennies d’une implantation modeste mais réelle dans la classe ouvrière, de contredire les scores électoraux du moment et d’avoir l’ambition et l’énergie d’impulser un renouveau du mouvement ouvrier.

12 mai 2012

Mots-clés :

Imprimer Imprimer cet article Réagir Réagir à cet article