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Référendum : Non... aux confusions, illusions et désillusions !

27 avril 2005 Politique

Contrairement à certains de ceux qui l’ont précédé - celui sur la transformation du septennat en quinquennat par exemple dont plus personne ne se souvient - le référendum sur le traité constitutionnel de l’Union européenne semble avoir quelque chance sinon de passionner du moins de ne pas passer dans l’indifférence générale et méritée.

La raison en est moins le sujet lui-même - même si on nous assure que le texte de la future constitution serait l’un des grands succès de librairie de ces premiers mois 2005 - ni même le battage médiatique qu’entraînent les divisions et les frictions dans la droite comme la gauche que le climat de mécontentement qui règne dans ce pays au moment où on prétend l’interroger sur la construction de l’Europe.

Il est incontestable que les partisans du Non, majoritaires à ce jour dans les sondages, ont l’intention d’émettre un vote négatif non parce qu’ils seraient heurtés par les lacunes du texte (que pour l’immense majorité ils n’ont pas lu et pas l’intention de lire, pas plus qu’ils ne comprennent les explications casuistiques données de part et d’autre) mais pour exprimer l’insatisfaction ou la colère. Plus qu’un Non à la constitution ce sera un merde à Chirac et Raffarin. Il est incontestable aussi que la majorité des salariés, militants de gauche ou syndicalistes qui ont bougé ces derniers mois ont pour l’instant l’intention de voter Non le 29 mai. Ceux-là voient même souvent le référendum comme une suite aux actions, grèves ou manifestations, auxquelles ils ont participé. Mais c’est justement là que réside le piège, un piège qui a déjà en fait fonctionné avant même que se tienne le référendum.

De la rue... aux urnes

Le 10 mars dernier, une journée de grèves et de manifestations appelée par les confédérations syndicales avait été largement suivie dans l’ensemble du pays par des centaines de milliers de travailleurs. La participation globale bien plus importante que lors de la journée précédente du samedi 5 février, la présence cette fois de travailleurs du privé aux côté de ceux du public, la concomitance d’un mouvement lycéen qui montrait sa volonté de se joindre aux manifestations de salariés, l’éclatement de grèves sur la question des salaires, à Citroën ou à Carrefour entre autres, tous ces indices semblaient indiquer un début de mobilisation. Cela pouvait-il être le point de départ pour la construction du mouvement d’ensemble que chacun sait nécessaire pour faire reculer sérieusement le gouvernement comme les classes possédantes ? C’est ce que nous ne saurons pas puisque aucune suite n’a été donnée et que ni les confédérations syndicales, ni les partis de gauche ne l’ont même proposée.

Pour les premières, qui n’ont plus eu d’yeux et d’oreilles que pour les négociations que le gouvernement leur a fait miroiter, la seule prolongation au 10 mars fut la manifestation contre la directive Bolkestein le 19 à Bruxelles. C’était une éloquente façon d’envoyer les revendications salariales... dans les choux. C’était aussi une élégante transition pour dévier l’éventuelle mobilisation sur le terrain du référendum qui en devenait ainsi la prochaine étape et le débouché naturel. D’un commun accord tacite, syndicalistes partisans du Oui comme du Non, la CFDT comme la CGT, passaient la balle aux partis afin que ceux-ci jouent sur le seul terrain qu’ils connaissent : celui des urnes. Une transition préparée d’ailleurs depuis quelques temps comme en témoignaient les nombreux autocollants « Non » dans les cortèges du 10 mars.

A moins d’un sursaut inattendu venant de la base - le refus de se laisser voler le lundi de la Pentecôte pourrait-il servir de détonateur ? - les affaires électorales vont occuper l’avant-scène et surtout l’esprit des militants jusqu’au 29 mai, sinon bien au-delà.

Il serait drôle certainement de voir les calculs politiciens de Chirac (d’une part affaiblir la gauche soit en la divisant soit en l’amenant à se rallier à lui, d’autre part forcer ses rivaux de droite, Sarkozy et consorts, à lui faire allégeance malgré eux) se retourner contre lui. Il serait drôle de voir une tentative de renouveler la manœuvre du deuxième tour des élections présidentielles de 2002 et de se faire plébisciter, se terminer par le fiasco que serait incontestablement une victoire du Non. Il l’est moins pourtant de voir ce référendum servir de prétexte aux soi-disant chefs du mouvement ouvrier et de la gauche pour brider ou dévoyer une éventuelle montée des luttes.

Le principal motif de Chirac pour décider de ce référendum n’était certainement pas celui-là. Ce serait attribuer au chef de l’Etat une bien grande prescience ou intelligence politique. Mais ce doit être quand même pour lui un lot de consolation de constater à quoi son référendum peut aussi servir. Même au risque d’un Non, ne vaut-il pas mieux que la contestation sociale trouve un dérivatif dans les urnes et que la mobilisation sociale se trouve ainsi canalisée dans des perspectives électorales ? Car après le référendum, que triomphe le Oui ou le Non, nous pouvons compter sur tous pour nous désigner de nouvelles élections comme le prochain objectif. Nicolas Sarkozy, François Bayrou, François Hollande, Laurent Fabius, mais aussi Henri Emmanuelli ou Marie-George Buffet, chacun à sa manière, nous expliquent déjà en quoi le résultat de ce référendum sera important pour préparer au mieux les présidentielles ou les législatives de 2007, une année décisive... en tout cas pour eux.

La faute à la constitution ?

Bien qu’il soit de plus en plus évident que la motivation essentielle des électeurs soit d’exprimer une opposition à ce gouvernement de droite, la gauche du Non hésite quand même à appeler un chat un chat et à mettre dans l’urne un simple et clair « Non à Chirac ». Elle continue à feindre de prendre au sérieux le prétexte officiel de ce référendum, la future constitution européenne. Ainsi elle fournit d’abord des billes à ses adversaires, les partisans du Oui. Ensuite elle accroît encore la confusion quant à l’importance, en fait l’insignifiance, de cette constitution européenne, en faisant de son acceptation ou de son rejet un enjeu de taille pour les travailleurs.

Jean-Luc Mélenchon par exemple - mais ce n’est qu’un exemple, car tous chantent pratiquement la même chanson, même mélodie et mêmes paroles - écrit en préambule de son argumentaire, édité à un million d’exemplaires sous le label de son association Pour la République sociale : « Il s’agit d’un temps fort de notre histoire. Il fixera pour longtemps la nature de la société dans laquelle nous vivrons. Chacun doit donc prendre sa décision et voter en conscience dans le sens qu’il estime juste pour l’avenir commun de tous ». Et de dénoncer pêle-mêle, après le caractère non démocratique de la convention qui l’a élaboré, un texte coupable de consolider sinon d’introduire en Europe le manque de garanties démocratiques, l’absence d’harmonisation sociale par le haut, le triomphe du modèle libéral, la condamnation des services publics, l’impuissance internationale de l’Europe ou encore le mépris de laïcité.

Et toute la gauche du Non de faire chorus pour dénoncer la référence à la « concurrence libre et non faussée ». Quelle nouveauté, en effet, que ce principe de concurrence inscrit depuis 1958 dans le traité de Rome, et surtout depuis bien plus longtemps encore dans... la réalité !

Déclinée avec des slogans chocs du style « oui à la constitution, c’est la casse des services publics », « oui à la constitution, c’est la casse du Code du Travail », la campagne des partisans de gauche du Non consiste donc à attribuer au nouveau traité constitutionnel tous les reculs sociaux qui ont déjà eu lieu avant lui. Reculs auxquels cette gauche du Non ne s’est opposée jusque-là que bien mollement... quand elle ne les a pas favorisés lorsqu’elle était au gouvernement (après tout, Buffet ou Mélenchon étaient encore ministres il n’y a pas si longtemps !). Et quand un tract du PCF nous invite à rejeter un projet qui vise à « inscrire dans le marbre constitutionnel la politique libérale menée depuis près de deux décennies », on ne peut pas s’empêcher de remarquer que c’est-là l’aveu que cette politique n’a donc pas attendu cette constitution et... n’a donc pas besoin d’elle pour être appliquée.

Les traités européens successifs, que le prochain traité constitutionnel ne fait que confirmer, ont tous énoncé des orientations économiques répondant aux intérêts des capitalistes. Si leur caractère « libéral » avait tant gêné la gauche du Non - de Fabius au PCF - pourquoi les avoir appliqués quand elle participait au gouvernement ? Elle s’offusque à l’idée de voir des reculs inscrits désormais dans le « marbre constitutionnel ». Elle ne s’est pourtant pas gênée pour les graver dans la réalité, ce qui a été autrement plus douloureux ! Faut-il rappeler que c’est le ministre PS Paul Quilès qui a initié le démantèlement des PTT, lequel a conduit à la privatisation de France Télécom en attendant celle de La Poste avec des dizaines de milliers de suppressions d’emplois à la clef ? Ou encore que le ministre des transports PCF Jean-Claude Gayssot, lui aussi maintenant chaud partisan du Non, a entériné la scission entre la SNCF et RFF, première étape en vue de l’actuelle libéralisation du fret ferroviaire ?

La campagne pour le Non de tous ces gens-là a d’abord pour but de masquer leurs responsabilités passées. Mais elle a aussi pour conséquence de proposer de faux objectifs à tous ceux qui leur prêtent attention : faire croire que notre sort dépend de l’adoption ou du rejet d’une constitution qui en elle-même n’aggrave ni n’améliore rien, et faire oublier qu’il ne dépend que des combats que nous saurons mener sur un autre terrain, celui de la lutte de classe. Mais évidemment ce n’est pas ce message-là que peuvent délivrer des gens qui eux-mêmes, s’ils viennent ou reviennent demain au gouvernement, appliqueront la politique qu’ils prétendent combattre aujourd’hui. Et cela, que la constitution européenne soit adoptée ou rejetée. Le PCF, par exemple, qui avait férocement bataillé en 1993 contre l’adoption du traité de Maastricht n’a-t-il pas accepté en 1997 de faire partie d’un gouvernement qui en a appliqué toutes les conséquences ? Avis à ceux qui pourraient prendre au sérieux le combat « anti-libéral » des Fabius, Emmanuelli ou Buffet dans cette campagne !

Les Non de l’extrême gauche

Accents jacobins et quasiment nationalistes au Parti des travailleurs ; euphorie à la perspective de s’amalgamer à la gauche du Non et d’apparaître aux mêmes tribunes que les Mélenchon et autres Buffet chez la Ligue communiste révolutionnaire ; discrétion et manque d’enthousiasme à se joindre à un concert dont les ténors ne sont évidemment pas du camp des travailleurs pour Lutte ouvrière : chacune des organisations d’extrême gauche marque bien ses différences non seulement dans ses arguments mais dans son style de campagne. Pourtant cette fois, aucune ne manque à l’appel. Pratiquement toute l’extrême gauche s’est placée dans le camp du Non.

Ses raisons ? Pour la plupart elle se contente de les puiser en tout ou partie dans l’argumentaire de cette gauche dont elle recherche les bonnes grâces, voire l’alliance. Ainsi la LCR reprend à son compte sans nuance ni réserve le thème d’une constitution européenne qui aggraverait la situation actuelle. Elle va jusqu’à laisser entendre que les constitutions nationales actuelles, y compris donc la constitution française, seraient quand même une protection pour les droits sociaux et démocratiques. « Ce document impose une révision des constitutions nationales qui devront être en concordance avec les législations européennes, et imprime en profondeur que le droit européen primera sur toutes les constitutions nationales... » regrette Rouge dans son dossier.

Lutte ouvrière elle-même a abandonné le point de vue exprimé encore en 2000 (Constitutions, référendums, plébiscites, supplément au n°1679 de Lutte Ouvrière) : « C’est pourquoi, du point de vue des intérêts des travailleurs, toutes les constitutions bourgeoises sont à combattre. Et toute participation à un référendum constitutionnel, même par un vote négatif, revient à légitimer la propriété bourgeoise. » Notre organisation a certes refusé, à juste titre, de s’associer à une campagne électorale du Non avec des partis ou des hommes responsables de la dégradation sociale. Elle répète « qu’une victoire du non ne changera rien à l’organisation économique et sociale, au capitalisme, à la course au profit, à la concurrence qui sont les causes des crises, du chômage et de la pauvreté ». Mais elle n’en appelle pas moins à voter contre la constitution européenne, ce qui est qu’on le veuille ou non, une manière de laisser entendre que l’adoption de celle-ci aggraverait les choses ou rendrait plus difficiles les combats de la classe ouvrière.

Un encouragement aux luttes ?

En fait, si l’on rejette les mauvaises raisons piochées dans l’argumentaire de nos adversaires politiques, la seule qui pourrait inciter les révolutionnaires à appeler à participer au référendum serait que cette participation soit un encouragement à engager le combat sur d’autres terrains. Ainsi, pour la LCR, « demain, une victoire du Non serait un formidable encouragement à nos luttes ici et en Europe ». De même Arlette Laguiller déclarait au journal Le Monde du 11/12/2004 que « un Non à la constitution donnerait une victoire morale aux travailleurs ».

Le problème reste d’abord que le Non est loin d’être acquis. Les sondages le donnent certes gagnant aujourd’hui. Mais en cinq semaines la tendance peut s’inverser. Si le Oui l’emporte, les travailleurs devront-ils considérer qu’ils ont subi une défaite, même si une majorité d’entre eux a voté Non ? Car il n’y a pas que la classe ouvrière appelée aux urnes. Les privilégiés, qui votent proportionnellement en bien plus grand nombre et qui ne voient pas une partie d’entre eux éliminée d’avance de la participation au scrutin (cas des travailleurs immigrés, en particulier ceux venant des pays non européens), peuvent suffire à faire pencher la balance dans l’autre sens. Doit-on prendre le risque d’un découragement de la partie la plus politisée et la plus motivée du monde du travail devant un résultat électoral qu’on aura contribué, par des pronostics hasardeux ou des prédictions douteuses, à faire apparaître comme un revers pour elle ? Le rôle des révolutionnaires n’est-il pas au contraire de relativiser d’avance le résultat et de souligner que, quel qu’il soit, il ne changera rien à la situation objective ni des travailleurs ni de leurs possibilités de lutter quand ils le voudront ?

Et d’ailleurs une victoire du Non serait-elle automatiquement une victoire des travailleurs ? Apparaîtrait-elle même ainsi ? Rien n’est moins sûr.

Bien sûr, un slogan comme « Non à l’Europe des patrons et Oui à l’Europe des travailleurs », qui justifie les prises de positions de la plupart des organisations d’extrême gauche, sonne bien, clair et même juste. Sauf qu’aucun bulletin de vote de ce type ne sera disponible le 29 mai pour permettre d’exprimer ce point de vue. Ce sera Non ou Oui. Le reste de la phrase sera sans doute présent... dans certaines têtes, mais nulle part ailleurs. Et donc il ne sera pas décompté. Au final, toutes les sortes de Non, souvent contradictoires, vont s’additionner et se fondre. Et tout le monde le sait parfaitement, y compris ceux qui affirment aujourd’hui que la victoire du Non serait la victoire d’un Non de gauche.

D’autant plus que dans les motivations pour voter Non, même parmi les travailleurs, les revendications sociales conscientes se mêlent à bien d’autres sentiments, parfois bien réactionnaires : peur de l’Europe, peur des délocalisations, peur de la concurrence des travailleurs étrangers, voire relents xénophobes ou racistes.

Il n’est d’ailleurs que de voir la liste des tendances politiques qui appellent à voter Non pour se convaincre que ce vote ne permettra pas d’exprimer clairement les intérêts propres à la classe ouvrière. A qui sera donc due une victoire du Non : aux communistes révolutionnaires comme Arlette Laguiller ou Olivier Besancenot, ou aux défenseurs des intérêts des classes possédantes, eux-mêmes bien divers, depuis les tenants de la gauche gouvernementale comme Buffet, Emmanuelli ou Mélenchon jusqu’aux réactionnaires xénophobes et racistes comme de Villiers ou Le Pen ?

Montrer notre solidarité ?

Certes une victoire du Non serait un camouflet pour Chirac. Et cela seul justifie pour beaucoup un vote Non, sans se préoccuper plus avant des conséquences ou de la suite. C’est bien d’ailleurs d’abord pour être à l’unisson avec ce sentiment populaire que LCR (« une victoire du Non (...) serait aussi un désaveu cinglant pour Chirac et Raffarin ») comme Lutte Ouvrière (« Pour justifier l’appel à voter « non », il suffirait de dire que c’est un moyen d’expression limité, mais un moyen, comme l’ont été les élections régionales et européennes, pour désavouer le gouvernement Chirac-Raffarin et rejeter par la même occasion le projet de Constitution » lit-on dans Lutte de Classe de septembre 2004) appellent à voter Non.

Montrer notre solidarité avec ce sentiment qui anime aujourd’hui une bonne partie de la classe ouvrière pourrait être une vraie raison qui amène l’extrême gauche à appeler à voter Non. Mais le désir d’affirmer une solidarité avec les plus conscients, les plus combatifs ou les plus révoltés de notre classe ne peut pourtant faire oublier les conséquences possibles d’un geste politique et les illusions et désillusions qu’il contribue à renforcer. Un vote qui désavouerait Chirac et Raffarin peut suffire à réjouir nombre de travailleurs... dans un premier temps. Mais après ? Quand Chirac, sinon Raffarin qu’on nous dit de toute manière condamné à brève échéance, continuera la même politique comme si de rien n’avait été ? Le président a déjà annoncé qu’il ne démissionnerait pas ; la plupart de ses opposants ont dit eux-mêmes qu’ils n’entendaient pas le mettre en cause avant la date de la fin de son mandat, dans deux ans ; et la suite des élections régionales et européennes de l’an dernier... nous a montré que la gauche, celle du Oui comme celle du Non, ne fera pas un geste pour exploiter une victoire électorale et déstabiliser le président.

Ne vaut-il pas mieux, dès aujourd’hui, mettre l’accent sur la nécessité, référendum ou pas, victoire du Oui ou du Non, de préparer et d’engager le combat sur un autre terrain ; et dès maintenant, plutôt que de spéculer sur ce qu’on peut attendre du référendum, mettre en garde contre ce qu’il ne faut pas en attendre ?

Mieux à faire

Bien sûr, contrairement à la gauche, la LCR comme LO soulignent aussi que au-delà du référendum, la lutte des travailleurs sera nécessaire pour inverser le rapport de forces avec le patronat français ou européen. Mais ces réserves ne s’effacent-elles pas derrière ce qui apparaît forcément aujourd’hui, et apparaîtra de plus en plus au fur et à mesure que nous approcherons du jour du scrutin, comme l’essentiel : le fait de mêler notre voix à celles d’adversaires ouverts ou de faux amis de la classe ouvrière pour un appel à faire un geste politiquement confus et sans perspective ?

Qu’une partie de l’électorat populaire se saisisse de l’occasion pour exprimer même de manière confuse un ras-le-bol, c’est une chose. Que les révolutionnaires les y appellent instamment, c’en est une autre.

Ce n’est pas parce que Chirac feint de consulter le peuple sur un sujet (tout en espérant une réponse sur un autre d’ailleurs) que les révolutionnaires doivent se sentir obligés d’obtempérer et de participer à la consultation.

Ce n’est pas parce qu’un Mélenchon nous incite par « devoir citoyen » à « prendre nos responsabilités » (comme ses pareils sans doute ont su le faire au moment du second tour des présidentielles en 2002 ?) que nous devons nous sentir tenus de nous positionner et de cocher les seules cases du questionnaire : Oui ou Non.

Ce n’est même pas parce que des travailleurs de notre entourage ont envie de se saisir de l’occasion pour désavouer Chirac qu’il faut faire d’un sentiment que nous comprenons, mais dont nous connaissons toutes les limites, une consigne de vote... qui loin de faire la clarté accroît encore la confusion.

Quoi qu’il en soit, c’est sur un autre terrain, celui des grèves, de la rue, que le mécontentement doit s’exprimer pour être efficace et changer les choses.

Le 21 avril 2005

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