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Lettre ouverte à Lutte ouvrière et la Ligue communiste révolutionnaire

13 octobre 2007 Politique

Chers camarades,

La ligue communiste révolutionnaire propose de créer un nouveau parti à l’extrême gauche ? La Fraction répond « chiche ». A certaines conditions, évidemment, nous serions partie prenante. Et nous proposons à notre organisation Lutte Ouvrière de faire la même réponse.

Bien entendu cela ne signifie pas que nous sommes absolument certains qu’un tel parti peut voir le jour, même à l’échéance de fin 2008 que se fixe la LCR.

Mais nous sommes partants pour explorer avec LO, la LCR et éventuellement d’autres les opportunités que la situation politique et sociale nous offre de franchir un pas dans cette direction. Notre organisation a dit souhaiter la réussite de la LCR. Ce doit être le vœu de tous les militants et groupes révolutionnaires, quelles que soient leurs divergences politiques, tactiques ou organisationnelles actuelles, du moins si c’est bien un parti ouvertement révolutionnaire que la LCR entend construire, et pas seulement anticapitaliste, écologiste, altermondialiste… ce qui reste ambigu et flou sur la question du réformisme. Ce point est encore en débat dans ses rangs et ne sera officiellement tranché que dans trois ou quatre mois lors de son prochain congrès. C’est une raison supplémentaire de ne pas se contenter d’être attentifs, même d’une attention bienveillante à ses efforts. Pour tirer, le moment venu, une honnête conclusion sur la faisabilité ou non de ce qui nous est proposé, il faut être partie prenante et engagée de la tentative.

Les révolutionnaires ont recueilli depuis 12 ans aux élections présidentielles, les plus politisées des élections dans ce pays, celles auxquelles participe le plus grand nombre d’électeurs, plus de 5 % des voix sur les candidatures d’Arlette Laguiller et Olivier Besancenot, combinées ou non. A peu près autant aux élections européennes ou régionales lorsque la LCR et LO se sont présentées en commun. Cela signifie qu’une fraction non négligeable de l’opinion populaire attend quelque chose du courant révolutionnaire. Cela dit, la situation ne présente certainement pas que des facteurs favorables. Et cette réussite électorale ne signifie pas, nous le savons tous, un afflux automatique d’adhérents ou de militants assez important pour faire passer nos organisations actuelles, ou l’une d’entre elles, à un niveau qualitativement supérieur, ne serait-ce qu’en nombre de membres pour ne pas parler en qualification politique.

En l’absence de luttes sociales majeures, ce niveau supérieur ne pourrait être atteint qu’au travers du regroupement des organisations révolutionnaires existantes dont le nombre de militants, aussi restreint soit-il, est sans aucun doute nettement supérieur à celui des nouveaux adhérents amenés par nos succès électoraux, y compris le dernier en date, celui de la LCR ce printemps dernier. Les chiffres évoqués par vous-mêmes, camarades de la LCR, qu’on ne peut donc soupçonner d’être minimisés, en témoignent : sans discuter même la qualité et la longévité de ces nouvelles adhésions, LO et la LCR organisent déjà chacune, dans et autour d’elle, un nombre de militants plus important.

Certes l’unité des révolutionnaires n’est elle-même possible qu’à la condition qu’elle entraîne assez de nouveaux venus pour qu’ils puissent être le garant et le ciment de cette unité tout en portant le mouvement révolutionnaire à un niveau supérieur. C’est un des éléments, même si ce n’est pas le seul, qui a manqué aux précédentes tentatives de rapprochement LO-LCR (ou d’autres différentes combinaisons d’organisations). De ces échecs passés est né un sentiment de scepticisme dans nos deux organisations et amène aujourd’hui la LCR à déclarer la plus grande méfiance devant toute idée de fusion « par le haut ». Mais est-il vraisemblable d’envisager la construction d’un parti qui ne pourra se faire s’il n’y a un regroupement des militants existants, sans que le processus comprenne aussi, même si ce n’est pas seulement, le rapprochement voulu, discuté et décidé des organisations existantes ? La crainte compréhensible de ne pas renouveler les expériences infructueuses du passé ne pourrait-elle pas cacher le retour des vieilles attitudes, qui parfois furent à tour de rôle celles de nos deux organisations, triomphalisme qui invite à tirer la couverture à soi seul d’une part, simple attente des jours meilleurs de l’autre ?

Et ce n’est pas être d’un optimisme béat que penser en effet que certaines des circonstances actuelles, en particulier le discrédit de la gauche, permettent aujourd’hui d’espérer que la volonté réelle, annoncée et affichée, de tenter ensemble d’explorer les possibilités de construire une organisation révolutionnaire plus large, plus unie et plus efficace amènerait aux révolutionnaires ces troupes fraîches dont ils ont besoin. En tout cas c’est un pari qu’on peut faire alors que la gauche est en ruine organisationnellement et surtout politiquement, est même un repoussoir pour beaucoup dont une partie de la jeunesse. Mais ceux-là ne se tourneront vraiment et décidément vers les révolutionnaires que si ceux-ci apparaissent au contraire offrir des perspectives différentes et plus attractives, non seulement politiques mais organisationnelles. Ce n’est pas la première fois que la gauche gouvernementale est en miettes en France. Pas la peine de remonter au score ridicule de Gaston Defferre aux présidentielles de 1969 : il nous suffit de rappeler celui de Lionel Jospin en 2002. Pourtant le PS a toujours pu remonter la pente. Facilement même. D’autant plus facilement que l’extrême gauche n’a pas alors été à la hauteur.

Explorer les possibilités de créer un nouveau parti exige de définir les contours programmatiques ou organisationnels qui pourraient être les siens. C’est ce que la LCR commence à faire. C’est ce à quoi nous invitons notre organisation à participer. Mais un parti se définit aussi et avant tout par sa politique. C’est aussi et d’abord les possibilités d’une politique commune, au moins sur quelques sujets essentiels, que les révolutionnaires doivent explorer. Cette tâche nous est de plus imposée par les échéances immédiates auxquelles, unis ou en ordre dispersé, nous avons de toute manière tous à faire face.

Il y a bien sûr l’échéance du calendrier avec la préparation des élections municipales dans moins de 6 mois maintenant. Elles font l’objet d’une importante préoccupation de la LCR comme de LO, nul besoin de s’en cacher. Il y a sept ans LO et la LCR n’étaient pas parvenues à présenter des listes communes. Les questions de la constitution des listes dès le premier tour, des alliances ou des appels à voter au second avaient constitués des obstacles insurmontables. De toute évidence les positions prises lors des dernières élections par les deux organisations, quoi qu’on ait pu en penser, suggèrent que ces questions ne peuvent plus constituer des points d’achoppements. Et donc qu’il vaudrait mieux aborder dès maintenant le problème de la constitution des listes d’extrême gauche. Ne serait-ce d’ailleurs que pour éviter d’un côté ou de l’autre des dérives non souhaitables sur la droite et, pire, le spectacle ridicule d’une concurrence entre nos deux organisations pour gagner des alliances dans la gauche de la gauche, sans parler (on n’ose l’évoquer) dans la gauche elle-même.

Mais l’échéance majeure (et immédiate) n’est pas électorale. Rarement le monde du travail a eu affaire à une offensive gouvernementale et patronale aussi rude et aussi globale que celle qui bat son plein sous la conduite de Sarkozy et consorts. Rarement donc il y a eu autant besoin d’organiser une riposte globale, de faire de toutes les revendications et de toutes les luttes un seul objectif et une seule lutte. Ce n’est, nul ne s’en étonnera parmi nous, ni la préoccupation de la gauche politique ni celle de la gauche syndicale. L’une et l’autre, plus soucieuses de la fausse contestation dans les institutions ou les négociations avec le patronat que du vrai combat sur le terrain, s’apprêtent à s’accommoder et encourager des luttes dispersées, secteur par secteur, sur des objectifs tout aussi dispersés. Dans ce contexte, il s’agit pour les révolutionnaires à la fois de participer pleinement à toutes les mouvements aussi limités soient-ils et dans le même temps de défendre la perspective du mouvement d’ensemble, donc d’agir aux côtés des forces qui ne veulent pas dépasser ces actions limitées tout en combattant ces limitations et la politique de nos alliés du moment.

La politique de front unique que prône la LCR est sans doute nécessaire, à condition que ce ne soit pas une politique qui aboutisse à mettre les révolutionnaires à la remorque de la gauche comme nous en avons eu l’exemple avec sa participation (heureusement éphémère si nous avons bien compris !) au soi-disant comité national de riposte de la gauche dont le seul résultat a été un appel à une insignifiante journée d’action, alors que la vraie question à l’ordre du jour – celle justement que voulait éviter le PS – était d’organiser la riposte des salariés des régimes spéciaux et l’étendre à tous les autres dont les retraites sont aussi mises en cause ? Front unique peut-être, mais alors à l’envers, et certainement pas dans l’intérêt du monde du travail que nous voulons représenter. Nos deux organisations ont mieux à faire et sans aucun doute le feraient mieux ensemble, si elles convenaient justement d’en discuter systématiquement ensemble.

C’est justement pour aborder l’ensemble de ces problèmes, de l’éventuelle création d’un nouveau parti jusqu’à l’intervention immédiate dans les luttes, que nous préconisons l’instauration de rapports réguliers et systématiques entre la LCR et LO, à tous les niveaux, à commencer par celui des directions. Il est temps que les contacts soient pris, si ce n’est déjà fait. Cela dépend de LO évidemment et c’est pour cela que nous avons proposé à notre organisation de répondre explicitement à l’appel de la LCR, fait jusque-là à la cantonade. Mais cela dépend tout autant de la LCR. Quand une initiative politique est utile et nécessaire ce n’est pas celui qui la prend qui peut y perdre du crédit.

Avec l’espoir de voir concrétiser nos souhaits dès les prochains jours.

Le 04 octobre 2007

La Fraction l’Etincelle de Lutte ouvrière

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