Terroristes fous et terroristes d’Etat
6 septembre 2004 Éditorial des bulletins L’Étincelle
Qui sont-ils donc, ces femmes et hommes d’un commando terroriste qui ont pris en otages plus d’un millier d’enfants, parents et enseignants qui fêtaient la rentrée scolaire ? Des barbares, des fous ? Le bilan provisoire du carnage déclenché est de 330 morts dont 156 gosses, et 700 blessés que l’infrastructure médicale de la province russe d’Ossétie du nord n’a pas pu prendre correctement en charge. Cette nouvelle prise d’otages en Russie, après celle du théâtre de Moscou en 2002, et une multitude d’attentats aveugles, ne peuvent qu’être violemment condamnés. Nous partageons la douleur et la colère de la population touchée. Aucune cause ne peut justifier le recours à de tels moyens.
Le président russe Vladimir Poutine affirme que les preneurs d’otages sont des nationalistes tchétchènes, liés à Al-Qaïda. Et de justifier ainsi que des troupes russes, fortes de chars et de canons, n’aient pas fait de quartiers. Lutte contre le terrorisme international oblige !
Les responsabilités réelles restent hypothétiques. Mais la culpabilité de Poutine dans le bain de sang est évidente. A divers titres. La guerre contre la Tchétchénie, reprise à l’arrivée de Poutine au pouvoir il y a 6 ans, a transformé ce petit pays en un champ de ruines. Quasiment plus une maison, plus un édifice public qui ne soit touché ou déchiqueté. Les pouvoirs spéciaux donnés à l’armée russe, de massacrer, torturer, violer ont évidemment excité la résistance en retour. D’où un engrenage infernal, de sang mais surtout de haine, voulu et calculé par Poutine pour échauffer le racisme anti-caucasien qui sévit en Russie, asseoir dessus son pouvoir.
La démagogie raciste est le fond de commerce de tous les dirigeants de cette planète. En Ossétie comme en Russie, bien des gens fort heureusement ne sont pas dupes. D’où la colère, contre les auteurs de la prise d’otages mais aussi contre Poutine qui n’a pas cherché à négocier, pas envisagé de céder quoi que ce soit. Par des manœuvres de gangster, il a éliminé de la circulation des journalistes ou personnalités volontaires pour une médiation. Il voulait se montrer une nouvelle fois impitoyable.
Mais ce petit caudillo est un des « grands » de ce monde, adulé et félicité par ses pairs, dont Bush, Chirac et Schröder. Trois jours avant la tuerie de Beslan, les deux derniers étaient ensemble à Sotchi en Crimée, non loin du lieu du drame, pour féliciter Poutine d’avoir si bien truqué les élections tchétchènes ! Et après le carnage, ils lui ont donné un satisfecit sans réserves. Au nom de leur prétendue lutte commune contre le terrorisme international.
Certes le danger nous menace, d’autant que les courants intégristes comme celui de Ben Laden ont été aidés par des politiciens et financiers des Etats-Unis et d’ailleurs, pour combattre à l’époque l’influence de « progressistes » du tiers monde. En Egypte, en Afghanistan, en Palestine notamment. Et même en France, les Chirac et les Sarkozy se félicitent secrètement qu’une partie des jeunes, d’origine africaine ou maghrébine, soit sous la coupe de « barbus ». Autant qui seront moins tentés par la contestation de classe ?
Les médias n’ont pas manqué de souligner que les félicitations de Chirac à Poutine étaient contradictoires avec le doigté dont il aurait fait preuve avec ses otages à lui, les deux journalistes et leur chauffeur, toujours prisonniers en Irak. Nul doute que Chirac s’est activé. Il a trouvé l’appui des grandes églises et grands partis. Tant mieux si dieux et diables s’y mettent et que les otages en sortent indemnes. Mais on ne nous fera pas avaler pour autant la sauce autour, selon laquelle la République française serait garante du bonheur des peuples arabes, étrangère à la violence dans cette partie du monde ! N’oublions ni les interventions militaires passées ou présentes ni l’attention très particulière de Chirac... avant tout pour le bonheur des marchés et investissements français au Moyen-Orient.
Certes, il faudrait en finir avec le terrorisme, avec des gangs qui se nourrissent du désespoir engendré par la misère et les guerres des grands Etats contre les peuples. Le mouvement ouvrier et lui seul en aurait la capacité, s’il reprenait force et espoir, et ré-offrait à tous les exploités et opprimés des perspectives de changer le monde.


Réactions à cet article
1. > Terroristes fous et terroristes d’Etat , 10 septembre 2004, 02:03
cette article est fascinant est nous rapelle dans quelle monde nous vivons
Felicitation a l’auteur
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