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Quinze ans d’offensive anti-ouvrière, plus Juppé, ça suffit !

1er novembre 1996 Politique

Cynisme, arrogance de classe, faveur de copains à coquins, bêtise de caste, gaffe politique ? Toujours est-il que la dernière privatisation Juppé sous forme de cadeau du groupe Thomson à Lagardère (branche militaire) et au groupe coréen Daewoo (branche multimédia) pour un franc symbolique, agrémentée d’une dot de 14 milliards, dont 11 milliards de recapitalisation par l’État et 3 milliards pour le rachat de la participation de Thomson au capital du Crédit Lyonnais, fait figure de provocation en ces temps de chômage et d’appauvrissement populaire.

14 milliards, sans l’ombre d’un soupir, d’un regret, sans presque y penser, simplement pour racoler deux aventuriers de l’industrie, dont un marchand de canons bien de chez nous et un sans papiers du capital qui n’a certes pas besoin de faire la grève de la faim à Saint-Bernard. Aux dernières nouvelles, le groupe coréen paierait tout de même trois ou quatre milliards pour acquérir l’électronique grand public de Thomson... mais pas à l’État. Non. Au groupe Matra de Lagardère, dont il deviendrait l’un des partenaires industriel et financier. L’État paie donc deux fois pour vendre, et Lagardère fait coup double. Qui dit mieux ?

Qui paie les privatisations ?

On nous rebat les oreilles avec les quelque cinquante milliards de déficit de la Sécurité Sociale. Et que cela mettrait le pays au bord de la faillite, et qu’il faut sévir, redresser, faire preuve de rigueur. Soit dit en passant, ce malheureux trou de la Sécu ne représente jamais que 2 ou 3 % de son budget total, autrement dit un endettement minime et marginal en comparaison de celui de l’État et des entreprises publiques qui pompent le contribuable pour mieux irriguer et perfuser le capital privé. N’importe. Il s’agit du monde du travail. Alors on sévit, on redresse, on promulgue de nouveaux impôts : la CSG, le RDS, qui touchent y compris les retraités et les chômeurs...

Pour combler le déficit de la Sécu ? Vraiment ? Des journalistes du Canard Enchaîné (23 octobre) se sont penchés sur les comptes de l’État : il y a seulement un an, le ministre de l’Economie, lors du vote de la loi de finances, avait promis que les privatisations 1996 rapporteraient 40 milliards de francs au budget. Six mois plus tard, les quarante se réduisaient à vingt. Un an plus tard, donc aujourd’hui, d’après les derniers calculs de l’administration des Finances, les privatisations de 1996 non seulement ne rapporteront pas un sou, mais coûteront au total au moins 5 milliards à l’État (qui va payer pour la privatisation de Thomson, mais également pour celle de la SFP, la Compagnie générale maritime, la Société marseillaise de crédit, le CIC... autant de firmes et banques publiques à renflouer avant de les offrir aux repreneurs). Résultat, un manque à gagner de 40 milliards, plus une rallonge de 5 milliards à débourser. Pour l’instant ! Presque l’équivalent du déficit de la Sécu pour la même année, en attendant mieux.

Voilà la destination réelle de la CSG et du RDS : les poches des actionnaires présents et futurs de Matra et Daewoo (dont les actions en bourse viennent d’ailleurs de remonter spectaculairement) et leurs collègues et amis des autres secteurs de l’industrie et de la finance, de France et d’ailleurs. De nouvelles fortunes, de nouveaux empires privés se bâtissent ainsi tous les jours sous la haute protection et la généreuse assistance de l’État, à coups de ponctions sur le contribuable, d’économies dévastatrices sur les services publics, de plans massifs de licenciements et de suppressions d’effectifs.

Il y a quatorze ans, les socialistes au gouvernement renflouaient les finances des trusts privés et leur permettaient d’investir ailleurs en leur rachetant à prix fort leurs branches pas suffisamment rentables. On appelait cela les « nationalisations ». Cinq ans plus tard, la droite lançait les privatisations en bradant les mêmes nationalisées dûment « restructurées », et subventionnait ainsi une deuxième fois les mêmes groupes privés. Aujourd’hui, elle ne brade plus, elle donne, et emballe le cadeau de quelques milliards supplémentaires pour mieux contenter le chaland. Dans le style dépeçage, on ne fait pas mieux en Russie...

Le Parti socialiste, par la bouche de Fabius et Jospin, s’est indigné « du bradage dans l’opacité » de Thomson, de « l’absence totale de stratégie industrielle sur le long terme », demande une commission d’enquête, dénonce le fait que « la commission de privatisation » instituée sous Chirac et Mitterrand par la loi de 1986 ait été mise devant le fait accompli. Comme si les privatisations patronnées par les socialistes en 1988-93 dans le respect de la loi chiraquienne avaient été moins opaques, le bradage moins scandaleux, sous prétexte qu’elles avaient l’aval de ladite commission ! Comme si les « choix industriels » des socialistes, avec leurs lots de plans de licenciements, avaient préservé les intérêts à long terme de la société et du monde du travail ! La différence, aujourd’hui, avec les privatisations Bérégovoy... ou Balladur, c’est que Juppé ne s’embarrasse même plus de formes, que le gouvernement ne fait même plus semblant de présenter un jeu d’écritures comptables censé montrer ce que les privatisations rapportent à l’État, mais les annoncent pour ce qu’elles sont : des cadeaux purs et simples, énormes, au capital privé, négociés « de gré à gré » dans le secret des cabinets ministériels. A la limite... c’est plus clair, et le peuple est moins trompé ! L’aveuglement de classe d’un Juppé, n’a pas que des inconvénients.

La CGT quant à elle proteste également avec la CFDT, et propose d’organiser une manifestation contre la privatisation de Thomson le 20 novembre. Soit. Mais au nom de quels arguments ? « Le contribuable va payer des milliards pour qu’un Coréen puisse accaparer les technologies du futur » disent les représentants CGT (cités par Libération du 25 octobre), rivalisant ainsi de démagogie nationaliste avec Le Pen ou son lieutenant Bruno Mégret qui depuis quelques semaines ne se lasse plus de compatir aux misères du monde du travail et de dénoncer « la mondialisation », la « délocalisation », et le « bradage de l’industrie française à l’étranger ».

Quant au nouveau montage industriel international prévu par Juppé pour Thomson, c’est oublier que l’association de Lagardère avec le groupe coréen Daewoo profite au moins autant à Matra qui espère ainsi être mieux placé sur le marché mondial de l’armement. L’indignation nationaliste de la CGT est en l’occurrence particulièrement mal venue. La privatisation scandaleuse de Thomson, après des années de plans de licenciements successifs, comme les dizaines qui ont eu lieu avant elle, révèle simplement l’un des mécanismes ordinaires de l’accaparement privé des fonds publics et devrait plutôt inciter les organisations ouvrières à militer pour une riposte d’ensemble des travailleurs contre ce système qui a mis sur le pavé les travailleurs de tous les secteurs de l’économie.

Dans le même temps qu’on offre Thomson à Matra-Daewoo avec un pourboire de quelques milliards, on programme cinq mille suppressions de postes dans l’enseignement primaire et secondaire privatisera-t-on les écoles à quarante-cinq élèves par classe, quand elles seront enfin « rentables » ? , 5 000 au Crédit Lyonnais, 3 000 à la Poste, 3 000 à France Télécom, 4 000 à l’aérospatiale, plus de 6 000 dans la construction navale... La liste est interminable. Au total plus de cent mille dans le secteur public et privé d’ici la fin 1996. On augmente les impôts indirects qui pénalisent lourdement la population tout en réduisant les impôts directs des classes les plus aisées ; on autorise la diminution des salaires (loi de Robien) en institutionnalisant le temps partiel à horaires flexibles sous couvert de « partage du travail » ; on s’en prend aux travailleurs, aux RMistes, aux pauvres, aux modestes, aux exclus, aux sans papiers... C’est qu’il faut choisir, et qu’il est urgent de faire la charité aux Bouygues, aux Dassault, aux Lagardère. Il serait malséant de faire attendre les privilégiés et les puissants.

Une crise sociale en gestation

On nous parle de crise économique. Mais cela fait bien longtemps maintenant que les profits des entreprises françaises se sont rétablis, et comment, à coups d’exonérations d’impôts et de charges sociales, de lois permettant l’aggravation de l’exploitation, de détournements des fonds publics vers l’actionnariat privé et la spéculation financière. Les profits n’ont d’ailleurs jamais été vraiment en danger. Pour la bourgeoisie, ce n’est pas la crise, c’est la prospérité. On licencie ? C’est parfait : la productivité va s’accroître, le cours des actions s’envole, les affaires tournent, on part à la conquête des marchés extérieurs. Que la gauche ou la droite soit aux commandes, l’État veille à la prospérité bourgeoise, en entretenant et en aggravant toujours plus ce que Chirac, en bon tartuffe, appelait la « fracture sociale ». Un drame pour le capital, le record de 12,6 % de chômeurs pour cette année ? Non. Une aubaine, sciemment, délibérément, violemment programmée dans le secret des conseils d’administration et des couloirs ministériels, « de gré à gré » pour reprendre la formule mise à la mode par les dernières privatisations Juppé. Tant il est vrai que les fournées de licenciements font désormais partie des marchandages conditionnant toute privatisation.

Et voilà comment dans ce pays, à ne considérer que les revenus fiscaux qui sous-estiment largement la réalité, la moitié du patrimoine est aujourd’hui accaparée par les 10 % de la population la plus riche, et le quart par 1 % seulement. On ne faisait pas mieux sous l’ancien régime. Le temps du réformisme, celui de l’espoir d’aisance et d’ascension sociale chez les nouvelles générations, est bel et bien révolu. Même les chiffres officiels le disent : les jeunes des milieux populaires sont désormais plus pauvres que leurs parents. Et pourtant la richesse est là, bien là, s’affiche et s’accapare insolemment, ouvertement. Le gouvernement lui-même, dans son inconscience, n’a même plus honte de présenter pour ce qu’elles sont ses largesses au capital privé. Du côté de la bourgeoisie, tout concourt à réunir les ingrédients d’une explosion sociale.

Et le fait est que la classe ouvrière est sortie de sa prostration de la fin des années 80 et des premières années 90. La vague de grèves dans le secteur privé au début du printemps 95, puis la grève prolongée du secteur public en novembre-décembre accompagnée des manifestations de rue les plus massives depuis 1968, ont changé le climat politique du pays. Une véritable crise sociale est en gestation.

Le gouvernement n’a jamais été aussi impopulaire depuis des années, et, pour donner le change auprès de sa base sociale bourgeoise, multiplie les mesures en sa faveur. Au point d’en oublier les formes, on le voit avec la privatisation de Thomson.

La politique du PS et celle du PCF

La gauche, quant à elle, prépare d’ores et déjà la relève gouvernementale. Mais le Parti socialiste prend son temps, se garde de toute surenchère sociale, ne fait aucune promesse, et se contente de critiquer sur la forme certaines des décisions gouvernementales. Il attend patiemment que le discrédit de Juppé, après celui de Balladur, ait fait son oeuvre, et que le jeu de l’alternance lui redonne tout naturellement, tout tranquillement, les rênes du gouvernement. Il a vécu la cohabitation sous Mitterrand, il l’imagine sans plus de problèmes sous Chirac. Reste à savoir si la droite jouera le jeu aussi volontiers que la gauche.

Le Parti communiste, lui, au lendemain de la vague gréviste de la fin 95, s’est précipité et a pris les devants. Le profond mécontentement populaire lui donne la chance inespérée de regagner le terrain perdu depuis son passage au gouvernement en 1982-84, voire d’y retourner. Ce n’est plus « l’Union de la Gauche » qu’il appelle de ses voeux, mais, nuance, la marche en avant de « la gauche plurielle », du PS à l’extrême gauche en passant par les écologistes, tout cela à seule fin de gouverner avec le PS. Faisant preuve d’une prudence de Sioux, Robert Hue se refuse d’ailleurs à reprendre à son compte le terme de « pôle de radicalité » cher aux refondateurs et à la Ligue communiste révolutionnaire. Car s’il s’agit d’obtenir la caution de ses propres opposants comme celle de l’extrême gauche qui accepte de jouer les faire-valoir, il ne tient pas du tout à incommoder les dirigeants du PS, tout imbus de leur esprit de « responsabilité » gouvernementale, et chez qui il serait bien difficile de déceler la moindre nuance de « radicalité », même verbale.

Sur le terrain des grèves et des luttes, les dirigeants du PCF restent remarquablement discrets, même si les militants communistes de la CGT y sont aux premières lignes. Les grèves, les journées d’action, les luttes présentes et à venir, c’est l’affaire des syndicats, le Parti communiste ne s’en mêle pas. Seul lui importe le débouché électoral éventuel, ce que lui et d’autres aussi appellent le débouché politique, au mécontentement et à la combativité ouvrière. Il a une perspective électorale, du moins des espoirs. Une perspective politique pour la classe ouvrière, un programme d’action et de luttes, il n’en a pas et n’en veut pas.

Celle du Front National

Dans ce contexte d’aggravation sociale, le Front national a vu confirmer son influence électorale en milieu ouvrier lors de l’élection présidentielle de 95. C’est sans doute l’un des symptômes les plus inquiétants de la situation politique. L’audience de Le Pen n’a toujours pas franchi le stade verbal et électoral, mais ses déclarations récentes comme celles de Bruno Mégret (« délégué général du parti »), laissent penser que le Front national envisage la possibilité de recruter des troupes susceptibles de passer aux actes. La volonté de respectabilité électorale et l’espoir d’accéder légalement à un gouvernement de droite n’empêchent pas Le Pen et les dirigeants du Front national d’envisager peut-être, le cas échéant, d’autres formes d’apparition et de présence politiques plus musclées. Après tout, les mouvements fascistes ont toujours su combiner le légalisme et l’accès à la respectabilité gouvernementale à l’intimidation physique.

Pour l’heure, on n’en est encore qu’aux déclarations, mais elles sont significatives. Sans parler des propos récents « subversifs » et de plus en plus ouvertement racistes de Le Pen, les déclarations de Bruno Mégret à l’occasion de la journée d’action des fonctionnaires du 17 octobre sont révélatrices : il y soutenait les fonctionnaires, se solidarisait disait-il avec le monde du travail et accusait les syndicats d’avoir partie liée avec le gouvernement et le patronat.

Parallèlement, le Front national se saisissait de l’annonce du plan de licenciements chez Moulinex prévoyant la suppression de l’usine de Mamers, dans la Sarthe, pour lancer une campagne nationale contre « la mondialisation et les délocalisations ». Mégret a tenu une conférence de presse à Mamers le 16 octobre : « ce qui se passe ici a valeur de symbole. Mamers est la première étape de notre grande campagne nationale. Nous démultiplierons ces actions sur le terrain chaque fois qu’une entreprise française sera menacée par la mondialisation ». Fustigeant les syndicats « complices du patronat et du gouvernement », Bruno Mégret a annoncé la création de syndicats « libres et indépendants » dans le secteur privé, tout en affirmant « nous serons présents partout où ça va mal », cite Le Monde du 20-21 octobre. Ces déclarations ne se sont concrétisées que par une distribution de tracts devant chez Moulinex accueillie avec une certaine indifférence (les ouvrières ne savaient pas qui était Bruno Mégret et ne l’ont pas reconnu !).

Certes, l’implantation syndicale du Front national se manifeste surtout, pour le moment, chez les policiers et les gardiens de prison. Mais le nouvel « ouvriérisme » du Front national sur fond de campagne nationaliste, témoigne au moins de sa volonté de profiter du mécontentement populaire et de passer à une nouvelle phase de recrutement. Dans le même ordre d’idée, il vient d’organiser une soupe populaire à Paris avec l’aide d’un prêtre qui dit avoir été autrefois à la CGT.

A Gardanne, le nouveau député communiste élu s’est félicité d’avoir vaincu le Front national grâce à l’appui des voix « républicaines », de gauche comme de droite. Il n’empêche qu’au deuxième tour le Front national obtient quand même 40 % des voix, et que c’est se payer de mots de parler à ce propos de « victoire contre le Front national », comme si son influence ne se mesurait qu’au nombre futur de ses députés.

La LCR fait preuve du même électoralisme que le PC, quand, au lendemain du premier tour de Gardanne, elle écrit dans un article enthousiaste de Rouge intitulé « la leçon de Gardanne » (17 octobre) : « Gardanne le démontre, la gauche peut être demain majoritaire. Rien ne la condamne à l’impuissance face à la montée du lepénisme ». C’est oublier un peu vite que le Front national a précisément pris son essor alors que la gauche était majoritaire...

La véritable lutte contre le Front national ne se mènera certainement pas sur le terrain électoral, surtout en faisant l’unité, « comme à Gardanne, dans le respect des identités et des appartenances partisanes de chacun », pour reprendre les termes du même article de Rouge, c’est-à-dire en s’alignant derrière la politique du PC qui s’aligne derrière celle du PS. La classe ouvrière n’échappera à la montée du Front national qu’en prenant réellement conscience de sa force, en la montrant et en s’en servant, et en avançant ses propres perspectives politiques. Et ce n’est certainement pas un quelconque regroupement de la gauche « dans toute sa diversité », qui peut lui offrir une telle perspective.

Les révolutionnaires doivent tenter de mener leur propre politique

En revanche, c’est là où les révolutionnaires peuvent et doivent définir et proposer une politique pour la classe ouvrière en toute indépendance, sans chercher à accrocher leur wagon à la gauche électoraliste. Et dans le contexte de radicalisation sociale actuel, même les petits groupes que nous sommes peuvent être entendus, à commencer par leurs représentants les plus connus. Après tout, ce n’est pas un hasard si Arlette Laguiller a recueilli sur son nom et le programme d’urgence qu’elle proposait plus de 5 % des voix en 1995.

Le programme proposé par les révolutionnaires, ce doit être un programme de luttes et de mesures d’urgence des travailleurs, pour les semaines et les mois qui viennent. Ce doit être un programme qui s’oppose à la division des tâches entre appareils syndicaux et organisations politiques, ce qui revient à laisser aux centrales syndicales le soin de ne programmer que des journées d’action sans véritables lendemains, et aux partis réformistes celui de préparer les élections. La classe ouvrière ne changera jamais le rapport de force avec la bourgeoisie en se contentant de suivre les consignes syndicales d’un côté, tout en « votant bien » de l’autre.

Oui, il faut proposer une politique à l’ensemble des travailleurs et à leurs organisations, syndicales et politiques, certainement pas sur le terrain électoral, mais sur le terrain de classe : celui des luttes et de leur nécessaire convergence pour l’application d’un même programme d’urgence sous le contrôle des travailleurs mobilisés. Il n’y a pas d’autre façon pour les révolutionnaires d’oeuvrer à constituer un véritable « pôle de radicalité » prolétarien pour reprendre cette expression, et non pas la queue de moins en moins radicale d’une nouvelle mouture de l’Union de la gauche.

Les organisations d’extrême gauche sont petites. Cela rend difficile pour les révolutionnaires la tâche de mener une véritable politique de front unique auprès de l’ensemble des travailleurs et des organisations dans lesquelles ceux-ci se reconnaissent peu ou prou. Mais le contexte social peut accélérer bien des choses et permettre aux mêmes petits groupes de sortir de leur marginalité pour peu qu’ils militent activement et fermement sur une politique juste. En tout cas, c’est à tenter. Le pire serait de prendre prétexte de notre faiblesse pour s’abstenir de toute intervention active donc de tenter de se donner les moyens de vérifier l’efficacité de la politique révolutionnaire, ou pour s’aligner dans les faits sur la politique des appareils électoralistes et réformistes. (26 octobre 1996)

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