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Les tâches immédiates des communistes révolutionnaires

Texte de la minorité au congrès de LO de 1996

1er décembre 1996 Politique

La prospérité de la classe possédante n’a jamais été aussi grande. C’est vrai à l’échelle internationale. Partout ces dernières années les profits non seulement se sont maintenus mais ont augmenté. La France ne fait pas exception.

Depuis un peu plus de deux décennies la marche de l’économie capitaliste a certes été plus chaotique. Elle a révélé plus ouvertement encore ses contradictions que lors des trente années, baptisées depuis les « trente glorieuses », qui ont suivi la Seconde Gerre mondiale. Mais il importe peu à la bourgeoisie que l’augmentation de ses profits provienne d’une exploitation accrue des prolétaires plutôt que d’une croissance rapide de son économie. Pas plus qu il lui importe que son enrichissement soit dû en bonne part à une aide accrue de l’État.

Cette aide étatique est quelque peu différente de ce qu elle était dans la période précédente. La prise en charge directe de secteurs de l’économie dans lesquels les capitalistes eux-mêmes ne se sentaient pas la force ou pas l’envie de risquer leurs capitaux se réduit. Comme pratiquement tous les États de la planète, l’État français a entrepris de céder au privé la plupart de ses entreprises. Le dernier exemple en date est celui du groupe Thomson, dans lequel l’État aura investi 32 milliards de francs, dont l’engagement d’une recapitalisation préalable de 11 milliards, avant d’en céder la plus grande part à Matra pour un franc symbolique.

Mais la mise des deniers publics à disposition des capitalistes se poursuit et s’intensifie. L’État paie des intérêts au capitalisme financier, subventionne les industriels, allège les charges des employeurs, aide les propriétaires, etc. De toutes les façons et par toutes les voies possibles, cadeaux et subventions, directes ou indirectes, se multiplient de ce côté. De l’autre, pour tirer des prolétaires l’argent redistribué par l’État aux capitalistes, la pression ne cesse sur le niveau de vie des salariés par l’augmentation des impôts en particulier indirects comme la TVA, celle des prélèvements dits sociaux sur les salaires, l’allongement de la période de cotisation pour les retraites, la remise en cause des régimes de Scurité sociale, etc. Et les prétextes avancés aujourd hui, respect des règles de Maastricht, réduction des déficits budgétaires, ne sont que le dernier habillement idéologique d’une politique d’austérité bien plus ancienne.

La société capitaliste connaît depuis vingt ans une crise sociale qui va en s’aggravant. Pourtant, malgré les à-coups des booms et des récessions qui se succèdent, le système capitaliste a évité la crise économique qui en gripperait les rouages, menacerait de ruiner une partie des capitalistes et les obligerait à chercher des solutions dans des changements de régime, alors que celui en place leur donne toute satisfaction, en tout cas dans un pays riche comme la France.

Tant que les profits demeurent, l’augmentation régulière du nombre de chômeurs n’est pas en soi un problème pour la classe capitaliste. Pas davantage la régression non moins régulière du niveau de vie de la population laborieuse. Les débats des économistes sur l’utilité qu il pourrait y avoir d’augmenter le pouvoir d’achat pour relancer l’économie ne sont que poudre aux yeux. Misère et pauvreté ne constituent un souci pour la bourgeoisie qu à partir du moment où les victimes de cette surexploitation commencent à regimber, à réagir et à la menacer à leur tour.

Pourtant, ces dernières années, les réactions n’ont pas manqué. Au printemps 1995, une série de grèves, dans quelques dizaines d’entreprises dont Renault, ayant pour objet non plus seulement l’emploi mais aussi les salaires, mettait fin à une période relativement longue de calme social. Surgissant de plus en pleine campagne pour les élections, elle indiquait le désintérêt ou le scepticisme d’une fraction des travailleurs envers celles-ci. Six mois plus tard, la grève des cheminots s’étendait à une partie du secteur public, menaçait même un instant de déborder sur le secteur privé dont quelques minorités se joignirent aux grandes manifestations de rue, culminait en tout cas dans un mouvement d’une ampleur que l’on n’avait plus vue depuis longtemps. Depuis, le spectre de l’agitation sociale plane sur le pays. La grogne et le mécontentement sont en effet perceptibles dans tous les secteurs, des ouvriers des arsenaux aux employés des banques, même si l’expression dans la grève ou dans la rue en est restée limitée. Le fait même que parmi la partie du prolétariat de ce pays la plus opprimée et la plus exposée à la répression, les sans-papiers, des hommes et des femmes aient engagé la lutte, est un autre signe du même phénomène.

Cette remontée des luttes a imposé quelques reculs au gouvernement. Elle n’a évidemment pas été suffisante jusqu ici pour stopper l’offensive des classes possédantes sous la conduite de ce même gouvernement. Ainsi, par exemple, à peine était-on sorti de la grève qui avait imposé l’abandon du projet Juppé sur les retraites du secteur public, que le gouvernement a repris ses attaques contre les fonctionnaires et les cheminots, par le gel des salaires ou les réductions d’effectifs. Ainsi, depuis six mois, les annonces de plans sociaux, c’est-à-dire les projets de licenciements ou suppression d’emplois, dans les plus grandes entreprises, publiques ou privées, n’ont jamais été aussi nombreux.

Mais les interrogations inquiètes des porte-parole de la bourgeoisie devant les journées d’action syndicales de cet automne, devant même les habituelles rodomontades de rentrée des leaders des confédérations, le prouvent : les classes possédantes ont beau continuer à amasser et accumuler comme jamais, depuis quelque temps, elles se demandent si l’exploitation accrue qui leur permet ces profits ne risque pas d’entraîner une explosion et une crise sociales graves.

Dans ce contexte, le gouvernement Juppé apparaît quelque peu fragile, incontestablement affaibli depuis les grèves de la fin de l’année dernière. Tous les sondages montrent une perte de confiance de ceux qui furent ses électeurs, en Chirac lui-même, même si le président s’efforce de rester au-dessus de la mêlée comme le veut son rôle constitutionnel. Du coup, la classe politique et au moins une fraction du patronat semblent douter quelque peu de la capacité du gouvernement à remplir ses tâches politiques, et en particulier à maintenir le calme social ou à faire face à une nouvelle vague de luttes sociales.

Ce n’est évidemment pas le sort de Juppé, ni celui de Chirac qui préoccupe les capitalistes. Le sort d’un gouvernement, voire d’un président, est d’être remplacés quand ils ont fait leur temps et qu ils sont usés. En revanche, la situation serait certainement plus préoccupante pour la bourgeoisie si cette nécessité de changement s’imposait devant les menaces d’agitation sociale. D’autant plus que la déconsidération, notamment à la suite des affaires de pots-de-vin qui n’ont épargné aucun parti, du RPR au PCF, touche peu ou prou tous les politiciens, et donc aussi tous les prétendants à l’exercice des fonctions gouvernementales au cas où Juppé serait évincé. Y compris la gauche, recours naturel dans le cadre du régime actuel, quand la droite ne suffit plus. Tout autant éclaboussée que cette droite par les affaires, de toute façon trop minoritaire au parlement pour songer à revenir au pouvoir avant de nouvelles élections, son discrédit dans l’opinion populaire n’est pas moins grand, conséquence de la politique assumée durant les quatorze années de présidence de Mitterrand.

C est quand même à l’après-Juppé que se préparent dès maintenant les politiciens de droite, RPR comme UDF. Ainsi les Madelin, Léotard, Pasqua, Seguin, Balladur ou autre Sarkozy, tout en soutenant de leurs votes le gouvernement actuel, n’ont de cesse de le critiquer et de prendre leurs distances d’avec lui, ajoutant d’ailleurs par là à son apparente instabilité.

C est aussi de leurs rangs que viennent les rumeurs selon lesquelles les élections législatives prévues en 1998 pourraient être avancées. Le résultat de ces prochaines élections est pourtant loin d’être acquis pour l’UDF ou le RPR. Aussi est-il difficile de dire s’ils souhaitent ou craignent le changement de programme, s’ils lancent ces bruits pour l’obtenir ou au contraire le prévenir. Mais c’est l’indication de la man uvre à laquelle se rallieraient tous ces partis en cas de vraie crise politique ou sociale : tenter de persuader le bon peuple et les travailleurs que la solution sera trouvée au fond des urnes.

Evidemment la gauche donne par avance toutes les preuves qu elle se prêtera à ce jeu.

La stratégie du Parti socialiste est d’espérer tranquillement son heure, sans la presser le moins du monde, que celle-ci revienne dès 1998 ou plus tard. Même dans l’opposition, il se garde bien de faire la moindre promesse. C’est, comme depuis longtemps, de la désaffection de l’électorat vis- à-vis de la droite qu il attend l’opportunité de revenir en majorité à l’Assemblée nationale et au gouvernement. Ses faibles mais prétentieuses tentatives pour se présenter comme une alternative et non une simple alternance ne vont même pas jusqu à donner le moindre objectif qui pourrait susciter quelque intérêt dans les couches populaires.

Le profil bas adopté lors des grèves de novembre et décembre derniers par les leaders socialistes dont certains avaient même commencé par approuver le plan Juppé, est une autre indication de cette même politique. De même, les positions plus que timorées de Jospin devant la lutte des sans-papiers, refusant de se prononcer sans ambiguïté pour l’abrogation de la loi Pasqua.

Le PCF ne se place pas fondamentalement dans une perspective différente de celle du PS. Son but, Robert Hue ne l’a pas caché, est de participer, aux côtés du Parti socialiste, à un éventuel futur gouvernement de gauche, en cas de succès électoral de celle-ci. Mais pour garantir cette place, il doit rétablir d’abord une balance des forces électorales entre les deux partis qui lui soit plus favorable. Il lui faut s’assurer, par le nombre de ses voix d’abord, de ses députés ensuite, qu il sera indispensable à la majorité qui soutiendrait le gouvernement socialiste.

C est pour cela qu il s’efforce, sans rompre évidemment avec le PS, de rassembler autour de lui les petits partis de gauche, les Verts, la CAP, le MDC, ou même d’extrême gauche comme la LCR. Le PCF ne pouvant négliger aucun appoint de voix, même minime, doit rassembler large. Et ces petits partis, s’ils veulent obtenir une représentation au parlement, voire une participation à un futur gouvernement, ont dans l’immédiat les mêmes intérêts que lui face au PS.

C est pour les besoins de sa compétition avec le PS, plus que pour répondre aux v ux de sa base populaire et ouvrière, qu il se montre un peu plus hardi et radical, préconisant un programme de mesures d’urgence en faveur des travailleurs, affichant un soutien, en tout cas de parole, aux luttes, tout en se faisant finalement bien discret sur le terrain quand elles éclatent, et sans proposer d’alternative à leur émiettement par les bureaucraties syndicales.

Dans ce contexte social et politique, le Front national tient le devant de la scène. Les élections partielles de Toulon ou de Gardanne qui l’ont fait apparaître comme la principale force d’opposition face à toute la classe politique, ont été finalement pour lui des succès, même si le front électoral entre la gauche et la droite l’a empêché d’emporter les sièges à pourvoir. Ces résultats électoraux semblent traduire son influence grandissante dans les couches populaires, déboussolées par la situation sociale, dégoûtées par les politiciens. Faits plus inquiétants, maints indices quotidiens montrent aussi cette influence dans les quartiers populaires ou même les entreprises.

Dans le même temps Le Pen a radicalisé le ton. En partie au moins, cette radicalisation répond à la nécessité de surenchérir sur le gouvernement qui a cherché à lui couper l’herbe sous le pied par une politique plus dure sur le chapitre de l’immigration. Debré se targuant d’inflexibilité vis-à-vis des sans-papiers et se vantant de multiplier les charters, Le Pen a répliqué par l’affirmation d’un racisme plus ouvert encore qu auparavant. Cela ne signifie pas que son premier objectif, comme celui de n’importe quel autre vulgaire politicien de droite et de gauche, ne reste pas les élections de 1998. La première raison de cette radicalisation est certainement de défendre les chances du Front national dans la compétition que se livrent droite et extrême droite pour les faveurs de la fraction la plus réactionnaire de l’électorat. Rien n’indique que Le Pen a renoncé à l’objectif qui est le sien depuis que le FN a acquis une véritable force électorale : obtenir une représentation parlementaire assez importante pour s’imposer comme partenaire indispensable dans un gouvernement de droite.

Cependant l’affirmation de positions ouvertement racistes, doublée d’un appel à ses troupes à se préparer à « la révolution », voire d’une prétendue nouvelle orientation vers le monde du travail, indique peut-être aussi que Le Pen prend date pour une autre hypothèse : celle de la constitution d’un véritable parti fasciste lançant ses groupes de combat dans la rue. Certes il n’y a pas le plus petit commencement d’exécution d’un tel projet, soit que les troupes potentielles n’existent pas, soit qu aucune fraction de la bourgeoisie n’en éprouve le besoin ou l’envie. L’avenir seul dira si cela pourrait changer, notamment au cas justement où se développeraient l’agitation sociale et les luttes grévistes.

Pour la classe politique, à gauche comme à droite, le Front national et Le Pen ne sont que des concurrents susceptibles de leur ravir places ou sièges. C’est pour cela que la droite peut envisager des alliances électorales, de fait sinon formalisées, avec la gauche, y compris le PCF.

C est pour cela que la gauche n’envisage et ne propose nulle autre riposte politique si ce n’est sur ce plan électoral. Pourtant, on sait depuis longtemps qu on ne peut « battre la droite » dans les urnes, en votant pour des politiciens de gauche qui sont parfaitement capables de mener une fois en place la politique de la droite. On ne pourra pas davantage par cette voie « battre l’extrême droite ». Et encore moins « battre le Front national » en constituant un Front républicain avec des gens qui, si leurs intérêts l’exigent, deviendront demain les alliés de ce Front national.

Même les tentatives, bien vagues d’ailleurs, de fabriquer une nouvelle législation anti-raciste, ou de traîner Le Pen ou le FN devant les tribunaux et les faire condamner, n’ont réellement d’autre finalité que, au mieux, entraver leurs candidatures aux élections.

Mais pour la classe ouvrière, le réel danger n’est pas tant la présence du Front national au parlement, dans les conseils généraux ou dans les conseils municipaux. L’extrême droite y est déjà ou y a été dans le passé. Le vrai danger est son influence grandissante dans des couches populaires, chômeurs ou travailleurs. Pour combattre cette influence, il ne suffira certainement pas de stigmatiser ou même faire condamner par les tribunaux les propos racistes de Le Pen. Une partie de ses partisans le suit justement pour ces propos. Et une autre malgré eux, mais parce qu il prétend offrir des solutions aux problèmes, chômage en particulier, auxquels les couches populaires doivent faire face.

On n’arrachera une fraction importante des couches populaires à l’influence de l’extrême droite, ce qui est le véritable enjeu face au Front national, qu en leur proposant une autre perspective pour changer leur sort. Et cela, seul le mouvement ouvrier peut l’offrir, en se donnant des objectifs et les moyens de les atteindre.

La situation politique et sociale dicte donc leurs tâches immédiates et leur politique aux communistes révolutionnaires en général et à notre organisation en particulier.

Notre but fondamental reste toujours la construction d’un parti ouvrier révolutionnaire, indispensable pour mener un jour la lutte de classe jusqu à la prise du pouvoir par le prolétariat. Mais ce parti ne se construira pas seulement par le recrutement individuel de nouveaux militants, même si celui-ci reste une des tâches permanentes de chacun, en particulier parmi les jeunes, travailleurs, lycéens et étudiants.

Construire le parti exige aussi qu à chaque étape les communistes révolutionnaires sachent proposer à l’ensemble des travailleurs et au mouvement ouvrier tout entier une politique, c’est-à- dire des objectifs à court ou moyen terme et des voies pour y parvenir, qui correspondent aux intérêts du prolétariat. Aujourd hui, la situation exige la mobilisation des travailleurs pour aller vers un mouvement d’ensemble afin d’imposer un plan d’urgence. D’un tel plan, les grandes lignes furent définies par Arlette Laguiller lors de la campagne présidentielle de 1995. Il doit répondre aux besoins immédiats de la classe ouvrière, augmentation des salaires, réduction du temps de travail, interdiction des licenciements, embauches, et, pour s’en assurer, se proposer l’instauration du contrôle des travailleurs sur les centres de décision de l’économie et de la société.

Imposer ces mesures d’urgence permettrait à la classe ouvrière de mettre fin à la régression qu elle connaît depuis quinze ou vingt ans dans sa situation économique et sociale, mais aussi politique, de changer le rapport des forces entre elle et la bourgeoisie, de repasser à l’offensive globale contre celle-ci et finalement à plus long terme de se porter candidate pour le pouvoir et s’imposer comme classe dominante de la société. Une mobilisation générale et un mouvement d’ensemble permettraient au mouvement ouvrier de redonner une perspective et un espoir de changement aux travailleurs démoralisés qui regardent aujourd hui vers Le Pen, d’entrer en compétition avec le Front national pour les arracher à son influence. Elles prépareraient et jetteraient les bases d’une mobilisation directement contre ce Front national si elle devenait nécessaire à l’avenir. Le mouvement ouvrier ne mènera pas un combat contre l’extrême droite, à plus forte raison contre un futur mouvement fasciste éventuel, s’il ne mène pas une lutte de classe plus générale qui donne une perspective politique à ce combat.

Il n’existe toujours pas un parti communiste révolutionnaire de taille suffisante pour avoir toutes les chances de peser sur le mouvement ouvrier. En dépit de cette faiblesse, notre organisation, sans doute à l’heure actuelle la plus importante des organisations d’extrême gauche, doit prétendre et postuler à la direction des luttes de la classe ouvrière.

Pour cela, consacrer toutes nos forces à faire apparaître et implanter le courant communiste révolutionnaire sur le terrain primordial de la lutte de classe reste la tâche prioritaire. Et si la lutte de classe se mène certainement à de multiples niveaux, auxquels le parti révolutionnaire se devra d’être présent, le terrain principal est celui des lieux de production et de travail, les entreprises. C’est là que les travailleurs, confrontés directement aux exploiteurs, peuvent prendre le plus facilement conscience des objectifs généraux nécessaires pour leur classe et, dans les luttes, s’organiser le plus aisément pour les imposer. C’est là que notre organisation peut défendre avec le plus d’efficacité une politique allant dans ce sens.

Tous les militants communistes révolutionnaires ouvriers doivent donc s’orienter vers un emploi qui leur permette de militer sur leur lieu de travail. Quel que soit leur âge, y compris les plus jeunes, qui ont souvent un peu moins de difficultés que ceux qui ont un passé militant pour se faire embaucher dans les entreprises les plus intéressantes. En priorité dans les entreprises les plus grandes, qui ont le plus de chance de servir de pôles autour desquels se fera la mobilisation éventuelle. Mais si cela s’avère impossible, de toute manière dans une entreprise ou un secteur dans lequel il sera possible d’entamer un travail militant politique.

Si elle repose sur les seuls militants actuels de notre organisation, vu leur nombre, l’apparition dans les entreprises du courant communiste révolutionnaire restera forcément limitée et son extension bien lente. Nous devons donc gagner et associer à cette tâche des travailleurs qui se contentent pour l’instant de sympathiser, de près ou de loin, avec nos idées ou notre politique : militants ou ex- militants d’autres courants d’extrême gauche ou syndicalistes, travailleurs combatifs qui se sont sentis représentés par Arlette Laguiller et se sont retrouvés dans les idées et le programme qu elle défendait, etc. C’est avec ces gens-là, qu il nous faut chercher, trouver et convaincre, que nous pourrons multiplier les bulletins d’entreprise, voire de zone d’entreprises ou de secteur d’activité. Ces bulletins ne sont pas seulement une première forme d’apparition du courant communiste révolutionnaire. Ils sont toujours et surtout l’activité propagandiste élémentaire autour de laquelle peut se constituer un groupe militant.

La défense de notre politique passe d’abord par son affirmation devant le maximum de travailleurs, c’est le rôle des bulletins d’entreprise. Mais la propagande n’est que l’activité minimum, une base éventuelle de départ. C’est dans les luttes que les militants communistes révolutionnaires feront réellement la preuve de la politique qu ils préconisent.

Il n’y a pas de combats, petits ou grands, qui a priori soient à laisser sous la direction des bureaucraties syndicales ou politiques avec lesquelles nous sommes en compétition directement devant les travailleurs. Il n’y a pas de luttes à la direction desquelles notre organisation ne doive postuler, si elle a des militants présents et en position de le faire. Il n’y a pas de politique contraire aux intérêts de l’ensemble des travailleurs que nous ne devions combattre ouvertement et publiquement devant l’ensemble des travailleurs. D’abord et avant tout celles menées par les bureaucraties ouvrières quand elles dispersent les actions, divisent les catégories, éparpillent les objectifs, en bref quand elles tournent le dos dans les faits au programme d’urgence pour tous les travailleurs et à leur mobilisation d’ensemble.

De même, il n’y a pas de luttes, petites ou grandes, où nous ne devions militer pour l’organisation des travailleurs en lutte et leur contrôle effectif sur leur mouvement, assemblées générales souveraines, comités de grève élus, représentatifs et contrôlés par les grévistes, éventuellement dans le cas de mouvements plus larges, organismes centraux, coordinations ou autres, mais toujours sous le contrôle de ceux qu ils prétendent représenter. Comment pourrait-on songer à un contrôle des travailleurs sur les rouages de la société et de l’économie, ce qui est à juste titre un des volets du plan d’urgence que nous proposons, si ces mêmes travailleurs ne parvenaient pas à contrôler leurs propres luttes ?

La compétition dans laquelle notre organisation est engagée avec les bureaucraties réformistes, syndicales et politiques, nous impose une politique vis-à-vis des militants ouvriers. La nécessité demeure plus que jamais pour les communistes révolutionnaires de militer dans les syndicats, pour y défendre leur politique, gagner à celle-ci les militants et adhérents, y acquérir sur cette base une influence et des positions.

En même temps, demeure plus que jamais pour nous la nécessité de ne pas rester prisonniers du cadre syndical, d’autant plus avec l’émiettement et la division organisationnelle des syndicats dans ce pays. Notre tâche est aussi de tenter de regrouper dans chaque entreprise des réseaux de militants pouvant appartenir à différentes organisations syndicales et politiques, et des travailleurs combatifs influencés ou non par elles, mais d’accord sur les objectifs du plan d’urgence et le mouvement d’ensemble.

De la même manière, la compétition avec les organisations réformistes, politiques ou syndicales, impose certainement à Lutte ouvrière d’avoir une politique ouverte et publique vis- à-vis de celles-ci, au moins de celles d’entre elles qui ne sont pas considérées par les travailleurs combatifs eux-mêmes comme étant passées définitivement dans le camp de leurs ennemis. Si notre organisation demeure bien faible, la place gagnée sur la scène politique sinon par Lutte ouvrière du moins par Arlette Laguiller, nous donne le moyen de nous adresser aux organisations ouvrières, petites ou grandes, sans aucune certitude d’être entendus, mais sans ridicule.

De toute façon, une telle politique est nécessaire, pour persuader un certain nombre de militants et travailleurs communistes, socialistes ou syndicalistes, que, comme nous le répétons, le plan d’urgence n’est pas le programme particulier d’un parti, le nôtre, mais le programme qui correspond aux intérêts de l’ensemble du monde du travail. Nous ne pouvons échapper à la nécessité de faire en permanence la preuve que nous n’avançons pas ce programme dans nos intérêts particuliers de parti, ni par volonté de cultiver le sectarisme, ni simplement par visées électorales.

Lutte ouvrière devra évidemment participer le plus largement possible sous son propre drapeau aux élections législatives, qu elles aient lieu en 1998 comme prévu ou avant.

Mais ce serait une erreur d’en faire dès maintenant un objectif ou une préoccupation de notre politique. Surtout quand nous nous adressons à des organisations pour qui c’est, de toute évidence et aux yeux de tous, le seul objectif et la seule préoccupation, comme le PCF par exemple. Si, afin de rendre crédibles nos démarches envers les militants, nous devons nous adresser à Robert Hue aujourd hui c’est pour lui proposer le plan d’urgence, voire discuter des voies et des moyens d’impulser les luttes qui pourraient l’imposer, pas du programme qu il devrait mettre en avant aux élections dans deux ans.

La participation aux élections viendra en son temps. Les illusions dans les voies électorales sont bien trop ancrées parmi une large fraction des travailleurs de ce pays pour que nous contribuions le moins du monde, même involontairement, à les renforcer. Elles renaissent déjà d’elles- mêmes au fur et à mesure que se rapprochent les nouvelles échéances électorales. Il y a même gros à parier que les illusions de bon nombre de travailleurs dans les partis de la gauche parlementaire, malgré le souvenir cuisant et encore si présent des gouvernements du Parti socialiste ou de l’Union de la gauche, referont bien vite surface.

Certes, c’est dans les milieux qui entourent les partis réformistes ou les organisations syndicales, ou qui regardent vers eux, que se trouvent toujours aujourd hui l’essentiel des travailleurs qu il nous faut toucher et avec qui il nous faut lier des relations militantes : ceux à qui les mots de grève générale ne font pas peur et n’apparaissent pas comme une utopie anarcho-syndicaliste. Mais Lutte ouvrière doit aussi avoir une attention particulière vis-à-vis des militants et des groupes d’extrême gauche.

Bien sûr, une partie de cette extrême gauche, à l’exemple le plus notable de la majorité de la LCR, dérive de plus en plus à droite, et met ses espoirs dans des alliances et des politiques qui n’ont plus de base de classe ni plus rien de révolutionnaire.

Cette extrême gauche, essentiellement trotskyste, continue pourtant à se réclamer formellement du même programme révolutionnaire que nous. C’est dans ce milieu, dans et autour des groupes et des courants, petits ou moins petits, que nous trouvons en premier lieu les militants qui aspirent consciemment à une politique de classe. Ce sont eux les plus immédiatement sensibles à la politique que nous préconisons, à la nécessité de militer pour imposer le plan d’urgence par une lutte d’ensemble.

Avec eux, notre organisation aurait donc intérêt à instaurer au moins un dialogue. Sans assurance qu il aboutira à quoi que ce soit. Et explicitement sans rechercher la moindre unité, que ce soit la collaboration, dans les luttes ou sur un plan politique plus général, qui ne serait pas basée sur des convergences politiques réelles. Mais pour saisir les opportunités d’activité ou d’action communes, si elles existent, encore faut-il les explorer. La construction du parti révolutionnaire passe aussi par cette voie, même si elle ne passe pas uniquement par cette voie.

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