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Pour une politique de front uni sur un programme de mesures d’urgence et un plan de combat pour les travailleurs

Texte de la minorité au congrès de LO de 1997

1er décembre 1997 Politique

Les élections anticipées et le succès inopiné de la gauche en juin dernier ont quelque peu fait basculer la donne politique, sans évidemment rien changer à la situation sociale. L’explosion des profits et le boom de la bourse continuent de contraster aussi scandaleusement avec un chômage et une paupérisation toujours plus dramatiques.

Le gouvernement Jospin en est réduit aux voeux pieux pour que la très légère reprise se confirme et que les prévisions favorables des experts économiques se vérifient. Ceux-ci n’ont d’ailleurs même pas laissé entendre que la croissance attendue réduirait le chômage, en rappelant au contraire que quoi qu’il arrive, il n’y a rien encore à espérer en 1998. Comme ses prédécesseurs, comme l’ensemble du patronat, Jospin lorgne vers le « modèle américain » censé avoir réduit le chômage, mais au prix d’un abaissement des salaires, de la précarité accrue des travailleurs, de la déréglementation et la multiplication des petits boulots sous-payés, bref d’un renforcement de l’exploitation. La création des emplois-jeunes de Martine Aubry, et même le projet de 35 heures pour l’an 2000 (qui va d’abord servir à justifier le gel des salaires, de nouvelles mesures de flexibilité et des subventions supplémentaires au patronat) essaient de pousser dans ce sens, sans qu’il soit prouvé d’ailleurs que la politique du gouvernement réussisse à convaincre les patrons d’embaucher, même à des conditions plus avantageuses pour eux.

A l’issue des premiers mois du gouvernement socialiste avec participation de toute la gauche, du Parti Radical Socialiste au Parti Communiste en passant par les Verts et le Mouvement des Citoyens, le patronat comme l’ensemble de la bourgeoisie peuvent se féliciter de l’aisance avec laquelle un Jospin assume la continuité de la politique Juppé en tous les domaines : réforme de la Sécurité Sociale avec restructuration restrictive des hôpitaux, économie sur les services publics, acquiescement aux plans de licenciements et de réductions d’effectifs, train de privatisations, jusqu’à une politique de l’immigration identique se soumettant aux mêmes pressions de la démagogie d’extrême-droite. Mais comme toujours les capitalistes loin de renvoyer l’ascenseur et de se sentir tenus à la moindre reconnaissance, se montrent décidés à accentuer la pression en proportion des concessions qui leur sont faites : c’est le sens des scènes faites par le CNPF à Jospin à propos de la loi d’orientation des 35 heures.

Le Front National a choisi de continuer la politique qui lui a permis de tailler des croupières électorales à la droite traditionnelle en pratiquant la provocation verbale et la démarcation à outrance à son égard, tout en continuant à tester différents thèmes démagogiques à destination du public populaire et ouvrier. Pour amener cette droite à faire alliance avec lui, dans les élections, puis au gouvernement, il lui faut ajouter de nouveaux succès à ceux qu’il a obtenus d’élections en élections depuis quinze ans. Il se prépare ainsi aux toutes prochaines régionales.

Le Parti Communiste, quant à lui, file l’idylle gouvernementale au sein de la majorité dite « plurielle », sans parvenir à donner le change ni à ses militants mécontents, ni aux travailleurs peu convaincus par les réserves exprimées par l’Humanité ou les coquetteries de ses dirigeants

Le retour de la gauche au gouvernement avec participation de ministres communistes, 16 ans après le premier gouvernement Mauroy, dans un contexte social et politique marqué cette fois par sept millions de personnes touchées par le chômage et la précarité et par la pression toujours croissante du poids électoral de l’extrême-droite, repose avec une acuité particulière les tâches de l’extrême-gauche.

Le climat politique n’est plus le même qu’en 1981. Et ce n’est pas uniquement la présence du Front National qui fait la différence. A l’époque, en dépit du succès d’estime que nos critiques pouvaient recueillir, nous étions à contre-courant des illusions qui couraient dans le milieu ouvrier. Ce sont ces mêmes illusions, en plus de la croissance du chômage, qui ont permis à la gauche gouvernementale et aux syndicats de démobiliser la classe ouvrière pour plus d’une décennie, de lui faire encaisser tous les coups de l’offensive étatique et patronale et, sur le terrain politique, d’ouvrir la voie à l’influence du Front National.

En 1997 la victoire de la gauche n’incitait plus à danser à la Bastille et la présence des ministres communistes n’a même pas suscité un semblant d’effroi à droite. La petite comédie de « la gauche plurielle », le semblant de liberté de critique laissé aux partis comme la licence très mesurée accordée aux ministres Verts, MDC ou PCF pour dire leurs réserves au sujet de l’action de leurs collègues, ne vise qu’à désamorcer le scepticisme ou la défiance que rencontre ce gouvernement socialiste chez beaucoup de gens de gauche, tout en justifiant le soutien et la caution apportés par toutes les nuances de cette même gauche. La direction du PCF, quant à elle, avec une certaine dose de cynisme, fait de la même façon appel à "la discussion citoyenne pour mieux gérer le dédain, la grogne, voire la franche colère que suscitent la participation et le soutien du PC au gouvernement Jospin chez les militants et sympathisants communistes ou cégétistes.

Le crédit de Lutte Ouvrière et celui d’Arlette Laguiller, dans les milieux militants et ouvriers, tiennent à une réputation d’opposants intransigeants à ces gouvernements d’alternance bourgeoise. Et nos critiques à l’encontre du gouvernement et de la gauche qui le soutient, loin d’être à contre-courant, rejoignent désormais des sentiments assez répandus au sein du PCF comme plus généralement au sein du mouvement ouvrier (ce qui s’était déjà reflété aux présidentielles de 1995 dans le score de 5,3 % d’Arlette Laguiller, en concurrence avec Robert Hue et Lionel Jospin). C’est ce qui peut permettre à notre action de dépasser le niveau de la simple propagande et des contacts individuels, pour passer au stade d’une véritable politique vis-à-vis du reste du mouvement ouvrier, en particulier le PCF et ses militants.

Au sein du PC il existe aujourd’hui des courants d’opposition constitués, dont certains ont orchestré la contestation et les sifflets à la fête de l’Huma, qui critiquent la présence des ministres communistes, reprochent le virage sur les privatisations et préconisent de maintenir l’opposition à l’Europe de Maastricht. Mais aucun n’a de programme dans la perspective des luttes et d’une mobilisation d’ensemble de la classe ouvrière.

Les critiques s’expriment également dans les sections et les unions locales ou départementales CGT. Ce sont même parfois les responsables CGT, dont beaucoup appartiennent encore au PC, qui prennent les devants et adoptent un ton très combatif et contestataire à l’égard du gouvernement. Au plus haut niveau, cela rejoint le double langage du PCF. Mais bien souvent, aux échelons subalternes, les critiques vont plus loin et s’adressent également à la direction de la CGT. C’est ainsi que dans les réunions des unions locales ou départementales de la rentrée, on a pu entendre reprocher à la confédération de ne proposer aucune action centralisatrice alors que les promesses électorales ne sont pas tenues. Dans maints endroits, les critiques à propos des journées d’action éparpillées avant la conférence sur l’emploi du 10 octobre et l’absence d’appel à des manifestations ou de mots d’ordre d’action, ont recueilli une large approbation. Certains se disent partisans de la grève générale, voire du plan d’urgence d’Arlette Laguiller. Pour l’essentiel cependant, les oppositions, dispersées et sans liens apparents entre elles, en restent au stade de la critique, sans politique de rechange.

Il ne suffit plus de tester, d’être prudemment « à l’écoute » des sentiments des militants du PC et de la CGT, de chercher à surmonter leurs préjugés à notre égard et leur prouver « que nous sommes de leur côté ». Il ne suffit pas de nous appuyer sur certaines de leurs critiques partielles en vue de favoriser et d’établir des liens amicaux et fraternels, en attendant l’hypothétique crise et fracture au sein du PCF pour l’avenir. Ce serait, de fait, être en deçà des critiques qui ont cours au sein du PC et de la CGT, sans pour autant proposer de perspective. Et nous manquerions ainsi totalement notre but.

C’est d’ailleurs bien l’écueil que Lutte Ouvrière n’a pas su éviter lorsque Arlette Laguiller a serré la main de Robert Hue à la fête de l’Huma devant les caméras de télévision, en se démarquant certes du gouvernement et de la présence des ministres communistes, mais de façon quasiment interrogative, sans proposer rien de précis. Dans ces conditions ce geste ne pouvait être compris que de façon contradictoire, y compris par les militants PCF critiques, qui y ont vu au mieux une confirmation de leurs reproches envers la direction mais sans proposition de politique différente, ou au pire une sorte de ralliement évidemment diversement apprécié. Car quitte à faire un geste public par l’intermédiaire de notre porte-parole ce qu’il faut et faudra faire à bien des reprises il aurait fallu exprimer non seulement notre opposition absolue au gouvernement, mais au nom de l’extrême-gauche proposer au PCF de mener une politique offensive contre ce gouvernement et le patronat, sans craindre d’être critique voire incivile à l’égard de Robert Hue. Mais si cela n’a pas été fait, plus qu’une question de temps d’antenne, c’est parce que la direction de notre organisation avait décidé d’aller à la fête de l’Humanité dans une toute autre optique : privilégier la simple affirmation de notre solidarité avec les militants du PC.

Ce serait une erreur de n’envisager de proposer une politique aux militants du PC et de la CGT (et des autres organisations réformistes) qu’en cas de remontée de la combativité ouvrière, à partir du moment où se développeraient des luttes mettant le gouvernement en difficulté, en espérant qu’il serait alors toujours temps de gagner les dissidents, avec lesquels on aurait pris soin d’entretenir au préalable les meilleurs rapports. D’autres, sur un tout autre terrain, pourront alors avoir pris la place que l’extrême-gauche anti-gouvernementale aura hésité à occuper. Même le FN s’y essaie maintenant avec ses diatribes anti-Maastricht et anti-privatisations. Et si fracture il y avait dans le PCF, à l’italienne par exemple, cela ne mettrait pas forcément l’extrême-gauche en meilleure position si elle a attendu passivement. Car elle serait réduite alors à être spectatrice de clivages dont l’enjeu n’est ni la lutte de classe ni la révolution, ou en situation minoritaire et marginale à la traîne de tel ou tel conglomérat d’ex-staliniens et de sociaux démocrates.

Le contexte politique actuel ainsi que le crédit modeste mais réel que Lutte Ouvrière a gagné par sa présence militante et le langage clair et sans concessions qu’elle a su tenir jusqu’à présent devant l’ensemble des travailleurs, y compris lors de ses campagnes électorales, nous mettent en situation de nous adresser au PCF et à ses militants. C’est dès maintenant qu’il faut tenter de mener une telle politique offensive au sein du mouvement ouvrier, poser les jalons nécessaires et accroître notre crédibilité autour d’un programme d’objectifs et d’action sur lequel peuvent se retrouver l’ensemble des travailleurs combatifs. C’est la seule chance à notre portée d’empêcher que la gauche gouvernementale et les formations qui la soutiennent démobilisent et démoralisent une nouvelle fois la classe ouvrière. C’est également la seule façon de préparer les travailleurs à déborder les appareils et à prendre eux-mêmes la direction de leurs luttes futures, afin que celles-ci ne soient ni canalisées ni dévoyées par les directions réformistes et bureaucratiques.

Les militants ouvriers resteront impuissants s’ils en sont réduits à critiquer et à exprimer plus ou moins confusément leur mécontentement à l’encontre du gouvernement de gauche. Il leur faut une politique, des perspectives, c’est-à-dire savoir sur quoi s’unir véritablement et quoi faire.

Cette tâche de proposer une véritable politique à l’ensemble de ces militants sceptiques, critiques ou mécontents, quels qu’ils soient, incombe à l’extrême-gauche, et en premier lieu à notre organisation, Lutte Ouvrière qui, avec le Plan d’urgence, avait su en définir et en populariser le contenu avec un certain succès lors de la campagne présidentielle il y a deux ans.

Ce dont la classe ouvrière a besoin, en cette période de chômage, d’aggravation de l’injustice sociale et de montée de la pression de l’extrême-droite, c’est un programme de mesures radicales contre la précarité et la paupérisation, de mesures sur lesquelles elle devrait exercer son propre contrôle, des objectifs qui, en même temps, contestent la mainmise de la bourgeoisie sur l’économie et la société. En un mot un programme, un plan de combat connu de tous, qui puisse unir les travailleurs autour de leurs intérêts vitaux et sur lequel tous les militants et bien des travailleurs du rang pourraient se mobiliser.

Voilà ce que nous avons à proposer au reste du mouvement ouvrier. A ses militants comme à ses chefs. Car ces derniers pour la plupart, depuis l’intronisation du gouvernement Jospin, s’emploient à tenir un double langage et à cultiver des attitudes ambiguës. Ils soutiennent un gouvernement anti-ouvrier tout en faisant mine, histoire de se dédouaner, d’appeler les travailleurs à se défendre eux-mêmes. Il faudra bien les amener à se situer aux yeux de tous d’un seul côté de la barricade, en cessant de faire de l’équilibre dessus. Mais pour qu’ils soient contraints de faire ou d’avouer leur choix devant leurs propres militants, il faut qu’il y ait un choix clair et explicite à faire, donc que quelqu’un propose une alternative politique permettant aux travailleurs de changer le rapport de force en leur faveur. Et ce quelqu’un ne peut-être que l’extrême-gauche, à commencer par Lutte Ouvrière qui en est aujourd’hui l’organisation la plus importante.

D’une part, l’extrême-gauche ne s’est pas affaiblie aux yeux de l’opinion ouvrière au sortir de toute cette période de discrédit des partis de gauche. Ses scores électoraux globaux, y compris aux dernières législatives, se sont même légèrement renforcés. La notoriété d’Arlette Laguiller s’est plutôt accrue, et l’on peut considérer que son score de 5,3 % aux présidentielles donne à l’extrême-gauche certaines responsabilités pour intervenir sur des terrains autres et plus décisifs que celui des élections. Et si ses forces militantes réelles ont stagné, voire régressé, nombre d’ex-militants pourraient reprendre de l’activité s’ils avaient la conviction qu’elle offre une perspective politique.

Lutte Ouvrière, quant à elle, a acquis une position politique et militante prépondérante à l’extrême-gauche, ainsi que l’estime et le respect d’une bonne partie des militants des organisations réformistes. Cela nous donne la possibilité de véritables initiatives politiques, sur des objectifs répondant à la situation, envers le reste du mouvement ouvrier, et pas seulement à titre de simple test propagandiste. Les positions, mêmes modestes, que nous avons acquises, exigent de nous que nous tentions la démarche. Celle-ci, sur le terrain des luttes, n’apparaîtrait pas ridicule aux militants du PC, de la CGT ou d’autres syndicats, réellement préoccupés par la préparation d’une riposte de la classe ouvrière. C’est d’ailleurs en mettant cette démarche à l’épreuve que nous vérifierons et pourrons apprécier vraiment nos possibilités politiques et militantes.

D’autre part, la situation objective l’exige : la pression du chômage continue de grandir et de miner la cohésion sociale des travailleurs ; le gouvernement socialiste, en assumant pleinement la continuité d’une offensive économique anti-ouvrière, donne toutes ses chances à l’essor du Front National ; le renforcement de la législation anti-immigrés, sous la droite comme sous la gauche, précarise encore plus les travailleurs les plus vulnérables et contribue à diviser dangereusement la classe ouvrière. Il est urgent que la classe ouvrière rassemble ses forces et se forge des perspectives programmatiques et mobilisatrices, si elle ne veut pas payer au prix fort, socialement et politiquement, le nouveau discrédit trop prévisible de la coalition de gauche gouvernementale.

Enfin, l’état d’esprit des travailleurs et des militants ouvriers le permet : les sentiments croissants d’injustice sociale, la défiance envers la gauche gouvernementale, combinés aux regains de combativité qui se sont manifestés depuis 1993, avec en particulier cette forme de répétition générale vers la lutte d’ensemble qu’ont représentée les grèves de décembre 1995, constituent également un facteur objectif donnant son principal point d’appui à une telle politique.

Cette démarche est sans doute aujourd’hui à la portée de Lutte Ouvrière.

Elle peut être autre chose qu’un test semblable à ceux que les militants révolutionnaires ont pu faire dans le passé et qui, du fait de leur faiblesse, ne furent alors au mieux que des gestes propagandistes, une sorte d’entraînement militant auprès des militants syndicaux et politiques, en particulier ceux du PC.

Il n’existera un véritable parti révolutionnaire que lorsque à l’extrême-gauche une force politique se montrera capable de proposer une politique pour l’ensemble de la classe ouvrière et de prendre la tête des mouvements et des mobilisations pour l’imposer. Mais les conditions de la création d’une telle force n’ont une chance d’être réunies que si une organisation révolutionnaire comme la nôtre sait avoir l’audace de ses idées et de son langage.

Critiquer et dénoncer la politique du gouvernement de gauche, défendre le programme d’urgence et la nécessité des luttes d’ensemble dans nos bulletins d’entreprise, notre hebdomadaire et notre revue mensuelle, ainsi que dans les interventions ponctuelles de nos militants, c’est bien. Amplifier cette propagande à l’occasion des campagnes électorales, c’est juste. Mais nous pouvons également nous manifester par une politique à l’échelle nationale, ce qu’au demeurant nous n’hésitons pas à faire, et à juste titre, lors des interventions électorales, en proposant cette politique à l’ensemble des travailleurs et au mouvement ouvrier tout entier, à ses militants de toutes nuances et à leurs organisations.

L’implantation du courant révolutionnaire à la base reste le socle de la construction du parti communiste révolutionnaire. Et nous devons continuer prioritairement l’effort en ce sens pour créer des groupes dans les entreprises autour des bulletins. Notre organisation doit même amplifier cet effort. Mais une implantation supérieure à celle qui est la nôtre aujourd’hui n’est que l’une des conditions nécessaires pour que surgisse le parti. Elle doit être complétée par une politique de parti, justement.

Ce parti ne peut surgir non plus des simples succès toujours très relatifs électoraux. Ceux-ci comptent évidemment, avant tout comme mesure de la situation et des possibilités qui s’offrent à nous. Et dans un régime politique démocratique bourgeois comme celui de ce pays, le parti révolutionnaire doit participer aux batailles électorales. Mais contrairement aux partis bourgeois, comme le Front National en est le dernier exemple à droite, un parti ouvrier révolutionnaire ne peut se construire en se contentant d’enregistrer des progrès électoraux. D’ailleurs ceux-ci ne pourraient que plafonner, puis s’effondrer, si le courant révolutionnaire ne s’affirmait pas sur d’autres terrains, ceux où se déroule véritablement la lutte de classe.

L’année écoulée n’a certes pas connu de luttes ouvrières spectaculaires, même si le nombre de mouvements est loin d’avoir été négligeable. Notre première tâche et l’axe de notre politique demeure pourtant bien l’intervention dans les combats du prolétariat, petits ou grands, pour en disputer la direction aux chefs et appareils réformistes, et en s’appuyant sur l’organisation démocratique des travailleurs en lutte pour faire qu’ils se développent au maximum de leurs possibilités. Les obstacles et les entraves devant cette politique sont toujours nombreux et d’importance. Une démarche vis-à-vis des militants et des autres tendances, visant à préparer ces luttes partielles comme la mobilisation générale, tout en entraînant les militants à prendre toute leur part à ces luttes, est une manière d’aider à lever certains de ces obstacles.

Nous allons dès maintenant assurer sinon une pré-campagne pour les régionales, du moins une présence politique sous forme de meetings, collages et apparitions diverses, dans tous les départements où nous aurons des candidats. Il est souhaitable en effet que la population puisse constater notre présence avant même les élections, même si son intérêt pour les régionales plusieurs mois à l’avance est quasi nul.

Mais l’axe de cette intervention, à l’échelle d’un petit parti, ne doit pas être d’assurer une simple présence propagandiste vis-à-vis des électeurs. Il doit être d’abord de proposer notre politique, y compris à ceux avec qui nous risquons justement d’être en concurrence lors des élections : au PC et à ses sections et cellules locales, donc, mais aussi aux syndicalistes CGT, SUD, FO ou CFDT, aux autres organisations de gauche ou d’extrême-gauche

Les formes d’une telle campagne pourraient être diverses et multiples : depuis les adresses qu’au niveau national Arlette Laguiller peut avoir l’occasion de faire au PC, à ses chefs, et par-delà aux autres organisations politiques ou syndicales qui se réclament des travailleurs, jusqu’aux propositions de réunions, de débats et d’initiatives, à tous ceux que ce programme et ces perspectives intéressent, à tous les niveaux, sans se soumettre à la division nocive et artificielle entre militants politiques et syndicaux.

Nous devons tenter d’associer à cette campagne des réseaux de travailleurs éventuellement prêts à sortir de leur secteur professionnel et à s’adresser aux travailleurs des entreprises voisines, en particulier dans les entreprises où nous avons des bulletins politiques et où les camarades dirigent des syndicats ou des sections syndicales et sont entraînés à organiser des travailleurs autour d’eux.

Mais également là où nous apparaîtrons pour la première fois, avec les travailleurs et les militants avec qui nous allons nouer des contacts.

L’enjeu d’une telle campagne, ce ne sera pas l’unité en soi, bien sûr, et certainement pas pour « aider la gauche gouvernementale sur sa gauche » comme l’explique la direction de la LCR qui elle-même se refuse à dénoncer nettement la politique gouvernementale, avec de prétendus « comités à la base » au contenu mal défini qui risquent de n’être qu’un décalque des fantomatiques « réunions citoyennes » et autres « espaces citoyens » chers au PCF, dont le « pluralisme » hautement revendiqué ne sert qu’à orchestrer une politique de soutien au gouvernement. L’enjeu, c’est de s’unir sur un programme de mesures d’urgence pour la classe ouvrière, celui que les dirigeants des partis et des syndicats se refusent à mettre clairement en avant justement, et d’un plan de luttes visant à changer le rapport des forces en faveur des travailleurs que les même dirigeants se refusent tout autant à envisager. L’enjeu, c’est de donner aux travailleurs combatifs, aux militants insatisfaits de la politique des confédérations et des partis de gauche, la possibilité concrète de se contacter, de tisser des liens, de se réunir pour forger une véritable force de pression et d’opposition ouvrière, sur le terrain de la lutte de classe, à la politique anti-ouvrière et pro-patronale de la gauche et de prendre au mot les leaders politiques et syndicaux qui prétendent en appeler à la mobilisation de la base. Des dirigeants qui devront bien avouer quel camp ils choisissent, celui de leurs militants ou celui des ministres et ne pourront continuer à prétendre être dans les deux si cette base se mobilise et s’organise ainsi consciemment.

Une telle politique de notre part envers le PC et le reste du mouvement ouvrier, implique par nature une politique vis-à-vis du reste de l’extrême-gauche, et en particulier la LCR.

Cela fait des années, désormais, que la direction de notre organisation, par repli sectaire ou par absence de politique, en cessant de discuter et critiquer les orientations d’une organisation comme la LCR ou celles des organisations ou formations plus petites, a renoncé en fait à avoir une politique envers elles.

Et pourtant, par sa position actuelle au sein de l’extrême-gauche, LO pourrait exercer, au travers entre autres de cette politique de front uni de classe que nous proposons, une force d’entraînement politique sur le reste de l’extrême-gauche, y compris sur la LCR, dont la politique opportuniste et suiviste absolument condamnable par rapport au Parti Socialiste et au gouvernement de gauche ne doit pas nous amener à faire une croix sur elle. Car là aussi, la direction de la LCR aurait des choix à faire et devrait décider avec qui elle privilégie les rapports unitaires.

Dans le contexte du retour de la gauche aux affaires, il est indispensable en effet que s’affirme à l’extrême-gauche une opposition intransigeante. D’autres courants ou groupes, même s’ils sont bien plus petits que notre organisation, partagent en tout ou partie ce souci. Les prochaines élections régionales, par exemple, avec une proposition de listes communes, pourraient être une des occasions de proposer au reste de l’extrême-gauche notre orientation : opposition résolue au gouvernement de gauche, proposition pour le mouvement ouvrier de se doter d’un programme de mesures d’urgence et d’un plan de combat pour les travailleurs.

Notre organisation doit tenter d’impulser un regroupement de l’extrême-gauche autour d’elle sur une politique d’opposition à la gauche gouvernementale et claire pour l’ensemble des travailleurs, ce qui constituerait une étape et un pas en avant dans la construction du parti authentiquement prolétarien qui manque tant à la classe ouvrière.

C’est maintenant, plus que jamais, quand LO est l’organisation militante la plus importante, avec une porte-parole à la notoriété incontestable, qu’il s’agit d’avoir une politique à la fois offensive et non sectaire vis-à-vis du reste de l’extrême-gauche, petits groupes compris, en multipliant les contacts, les discussions, les controverses, tout comme les efforts communs avec ceux qui le souhaitent quand ils vont dans le même sens que les nôtres. Notre organisation en a les moyens militants. Il lui faut en avoir la volonté politique.

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