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Face au gouvernement Jospin : pas critiques, opposants !

1er novembre 1997 Politique

Heureusement pour Jospin que Gandois, ex-patron du CNPF, a poussé son coup de gueule à la sortie de la conférence du 10 octobre et annoncé, menaçant, qu’il aurait pour successeur « un tueur » ! Heureusement pour Jospin que les dirigeants du PC et des confédérations syndicales ont vu dans son annonce d’une loi sur les 35 heures pour l’an 2000 une « ouverture », une « brèche », un « point d’appui » ! Qui se serait souvenu sinon, que Jospin était de gauche ?

Ah, la « méthode Jospin » ! Voilà un homme qui sait « avoir l’air de ». Avoir l’air de gauche, même s’il mène une politique anti-ouvrière. Avoir l’air de tenir des promesses, même s’il n’en a quasiment fait, et a fortiori tenu, aucune. Mais les tours de passe-passe du prestidigitateur ne doivent leur réussite qu’à la bonne disposition à son égard des chefs de la gauche plurielle qu’il a associés à son gouvernement. Dans chaque mesure prise, chacun, PS, PRS, MDC, Verts et PC, s’attache à voir quelque chose de positif, un pas en avant, un début de promesse tenue... même si chacun y va ensuite de ses réserves, doutes, attentes et critiques. En veux-tu, en voilà ! L’Humanité tout particulièrement s’en est fait la spécialité, encore que les Verts ne soient pas mal non plus ! Mais l’important est de participer... au gouvernement.

Ce scénario a déjà servi pour discerner d’abord le « retour au droit du sol »... dans la confirmation des lois anti-immigrés Pasqua-Debré ! Une « ouverture du capital »... dans la privatisation d’Air France ou France-Télécom ! Un prélèvement sur les plus riches... dans la confirmation d’un budget qui comme les précédents est tout aussi en défaveur des travailleurs et des plus démunis ! Enfin, les 35 heures... dans le tout dernier peaufinage de la loi de Robien !

On assiste depuis cinq mois à un jeu subtil entre comparses, où même les coups de théâtre patronaux - les démissions de Christian Blanc du poste de PDG d’Air France et de Jean Gandois de la présidence du CNPF - sont venus à point nommé pour donner l’illusion que le gouvernement ne serait pas tendre envers la bourgeoisie. Comme si les cris des patrons prouvaient quoi que ce soit ! Aurait-on oublié ceux des dirigeants des entreprises nationalisées en 1981 qui, pourtant grassement indemnisés, hurlaient à la spoliation ? La suite a montré que les nationalisations ont été simplement un cadeau, un moyen pour fournir les capitalistes en nouveaux capitaux qu’ils ont pu aller mettre là où ça leur semblait plus rentable. Elle a montré aussi que ceux qui, au vu des protestations de la bourgeoisie, avaient pu croire que Mitterrand, Président, et Mauroy, Premier ministre socialistes s’attaquaient aux possédants, ont été mystifiés.

L’arnaque des 35 heures

Au lendemain de la conférence du 10 octobre, l’Humanité a applaudi des deux mains. A la Une le samedi 11 octobre, on pouvait lire : « Une victoire pour les 35 heures » et le lundi 13 : « 35 heures, ça va secouer ! ». Il y avait bien quelques critiques, inquiétudes et autres doutes. Ils étaient réservés aux colonnes intérieures du quotidien, mais l’appréciation était résolument positive.

Pourtant, où voir « un point d’appui », « une brèche ouverte », dans ce projet de loi sur les 35 heures ?

Jospin a commencé par renvoyer les 35 heures à l’an 2000. Jusqu’à cette échéance, il ne parle que d’un cadre « incitatif », c’est-à-dire d’une série d’aides financières aux patrons.

L’arnaque est grosse.

D’abord parce que cette fameuse conférence, qui avait été initialement annoncée comme devant porter « sur les salaires, le temps de travail et l’emploi », a soigneusement rayé de son ordre du jour... les salaires. Une enquête toute récente de l’INSEE indique pourtant que leur pouvoir d’achat a encore baissé de 1,3 % l’année dernière.

D’entrée Jospin a déclaré que « la réussite de la réduction du temps de travail reposera sur une progression maîtrisée des salaires ». Il a même évoqué une baisse pure et simple, en ajoutant que dans le cadre des négociations entreprises par entreprise que le gouvernement tient à favoriser, le patronat pourra « rechercher des contreparties, tant dans l’évolution future des revenus que dans les formes d’organisation du temps de travail ».

Réduction du temps de travail en moyenne annuelle, payée en partie par une baisse des salaires, en échange de la flexibilité des horaires tant voulue par les patrons, voilà donc les réelles propositions gouvernementales.

La loi « incitative » promise par Jospin et Aubry n’a pas d’autre objectif que de favoriser encore le patronat, en puisant davantage dans les caisses de l’État. « Nous ne faisons que généraliser la loi de Robien », a d’ailleurs précisé Martine Aubry, devant un parterre de 2 000 militants syndicaux, hauts fonctionnaires et patrons chrétiens, en présence de de Robien lui-même... « Il y aura même dans notre texte moins d’obligations pour pouvoir toucher plus d’entreprises » ! On ne peut être plus clair. Les aides promises aux patrons sont en effet bien plus avantageuses que dans la loi actuelle : les 9 000 F par salarié de l’entreprise, pour l’année, qu’on offrira à tout patron qui négocierait une réduction de 10 % des horaires contre une augmentation de 6 % des effectifs (ou 13 000 F pour la réduction de 15 % des horaires contre une augmentation de 9 % des effectifs) couvriront l’intégralité du coût de cette main-d’oeuvre supplémentaire. Et même davantage, si les nouveaux embauchés ne le sont qu’au SMIC.

Quant à prétendre que cela permettrait de réduire le chômage, plus personne ne le croit vraiment. Pas même le gouvernement : il prévoit un budget de 3 milliards de francs en 1998 pour financer ces 9 000 francs d’aide par salarié passant aux 35 heures. Soit 330 000 salariés dont la réduction du temps de travail devrait entraîner 20 000 embauches (6 % des effectifs)... Au moment où toute la presse fait état des 6,9 millions de personnes acculées au chômage total ou partiel (cherchant un emploi mais n’en ayant pas ou un temps partiel, un stage de formation ou de reconversion), c’est dérisoire !

Les travailleurs ne sont pas dupes

Dans la classe ouvrière, ce n’est pas l’envie qui manque d’avoir des semaines plus courtes, des horaires plus vivables et de voir embaucher ceux qui sont au chômage, à commencer par les jeunes. Mais si les conclusions de la conférence sur les 35 heures ne se sont pas seulement heurtées à une grande indifférence mais ont éveillé la méfiance, voire la suspicion, c’est que les travailleurs sont déjà échaudés par la réduction du temps de travail, passée dans le vocabulaire commun sous ses initiales de RTT, et qui évoque des expériences amères.

Depuis l’adoption de la loi de Robien, quelque 550 accords de RTT auraient été signés dans ce cadre, dont un tiers dits « défensifs » parce que destinés non à créer des emplois, mais seulement à réduire le nombre des licenciements annoncés par les patrons. Sur un échantillon de 156 accords du genre, répertoriés par une étude récente de la CFDT, 87 imposaient en échange l’annualisation des horaires, 81 une baisse des salaires et une vingtaine d’autres leur blocage sur plusieurs années. Quant aux accords dits « offensifs », censés inciter les patrons à embaucher un peu (ce qu’ils n’ont pas toujours fait), ils ont été l’occasion dans plus d’un tiers des cas d’imposer l’annualisation du temps de travail, et ont comporté une clause de baisse ou blocage des salaires.

Les exemples sont variés, mais dans tous les cas, la réduction de temps de travail s’est faite sur le dos des travailleurs. Cela a été le cas chez Roussel-Uclaf, entreprise pharmaceutique de 7 500 salariés appartenant au groupe chimique Hoechst, où la direction s’est remboursée en partie la réduction d’horaire en ponctionnant la prime de participation (soit la perte d’un mois de salaire), et en modifiant à sa convenance les horaires de travail (travail du samedi, augmentation du personnel en horaires d’équipes ou travaillant de nuit). Ce que les syndicats signataires de l’accord, CFDT et CGC, viennent de payer par une perte significative de voix aux élections professionnelles. RTT sur le dos des travailleurs aussi dans une petite usine d’emballage de 340 salariés en Gironde, prétendument en difficulté (bien qu’elle appartienne au trust chimique Péchiney). La direction de l’entreprise, après deux plans de licenciement imposés les années précédentes et pour éviter, disait-elle, 63 nouveaux licenciements, a négocié une réduction d’horaire avec perte de salaire de 2 % à 8 % selon les catégories. La semaine y est de 32 heures, mais peut grimper jusqu’à 44 en cas de besoin. Et certains ouvriers, qui ont perdu 200 à 300 francs sur leur paye, en sont à chercher un petit boulot complémentaire pour arrondir leurs fins de mois. Quant au trust Hewlett-Packard, qui a négocié en 1995 avec la CFDT un accord sur la réduction du temps de travail à 35 heures dans son usine en Isère, sans perte de salaire cette fois, a des horaires qui varient maintenant de 25 à 46 heures par semaine selon les besoins du patron, sous prétexte que les commandes d’ordinateurs seraient saisonnières et que l’entreprise ne voudrait pas de stocks. Les travailleurs sont informés le mercredi seulement de leurs horaires de la semaine suivante.

Alors rien d’étonnant si l’annonce d’une éventuelle loi sur les 35 heures a suscité des réactions de rejet plutôt salutaires dans des secteurs aussi variés que des caisses de Sécurité Sociale, des usines automobiles, des entreprises de transport, de chimie ou de nettoyage. Réflexions relevées ici et là : « On n’est pas prêt d’avoir de l’augmentation », « Ca sent le blocage des salaires », « Ils vont nous imposer le travail à l’année et on va finir par travailler le samedi », « Les patrons vont se servir de la loi pour bloquer les salaires et imposer la flexibilité ». Un premier réflexe a consisté à faire immédiatement le compte de ce que les patrons pouvaient encore prendre, sous prétexte de passage aux 35 heures. Verdict assez général : « Ils vont baisser les salaires et on va travailler plus. »

Quant aux hurlements de Gandois, ils ont été pris pour ce qu’ils étaient, un psychodrame ridicule qui n’a guère ému : « Gandois pleure la bouche pleine »...

Mais l’extrême gauche ?

Fermes dans la ligne adoptée depuis des mois, les dirigeants de la LCR ont poussé les mêmes cris de victoire que ceux du PC. Ils en ont même rajouté dans un « quatre pages » spécial où un coup de chapeau est donné à Jospin qui aurait dénoncé dans sa campagne électorale le « capitalisme dur », et serait en passe, avec les 35 heures, de conjurer l’ultralibéralisme ! On peut lire : « La France n’est pas isolée... L’annonce des 35 heures est partout commentée en Europe comme une »révolution" ! Ah vraiment ! Par qui ?

Rouge du 16 octobre explique la colère du CNPF par le fait que « la proposition de loi pour les 35 heures au 1er janvier 2000 déstabilise toute la logique ultralibérale... Déréglementer, flexibiliser la force de travail, contenir les salaires, remettre en cause acquis et protection sociale, cela ne peut se conjuguer avec la proposition d’une loi - une intervention publique - réduisant la durée légale du travail dans un délai donné. Dans ce sens la proposition de Jospin est un point d’appui pour la mobilisation en faveur d’une réduction du temps de travail car rien n’est encore joué ».

Rouge a pourtant conscience de l’arnaque qui se prépare puisque dans la même page, un autre article décortique tous les artifices qui font du projet un vrai cadeau pour les patrons : longueur et caractère incertain et tatillon de la procédure, super-cadeaux financiers au patronat en échange d’un engagement à embaucher inférieur à ce que prévoyait la loi de Robien, augmentation de la productivité et blocage des salaires... Et Rouge de conclure que « Si l’on ajoute à cela le gel des salaires durant une période indéterminée, ainsi que toutes les contreparties sous forme de précarité accrue ou d’annualisation, on arrive au résultat selon lequel l’opération pourrait se faire en maintenant constante la part des salaires, voire en la réduisant. Ce serait alors un marché de dupes où les salariés autofinanceraient leur propre réduction du temps de travail... ». Le conditionnel est de trop. Mais son emploi fait que les critiques sont plutôt des réserves, et les réserves un soutien, critique certes, mais là où la dénonciation radicale et l’opposition résolue auraient été nécessaires.

Les dirigeants de la LCR, apparemment davantage dupes de la politique jospiniste que les travailleurs eux- mêmes, prétendent avoir trouvé dans le projet gouvernemental de réduction du temps de travail une « brèche » qui permettrait aux travailleurs de se mobiliser. On sait pourtant que la démarche prétendument « tactique » qui consiste à partir des espoirs ou illusions, réels ou supposés, des travailleurs ou de militants, a déjà fait chou blanc en 1981. Et nous ne sommes plus en 81. L’état d’esprit n’est plus le même dans la classe ouvrière. Il n’y a plus les mêmes illusions dans la gauche (si tant est qu’il y en ait eu beaucoup à l’époque). Le « point d’appui » pour les révolutionnaires aujourd’hui est dans le fait que les travailleurs n’attendent vraiment pas grand chose des Jospin, Hue ou Voynet.

Pas de monopole de l’opposition au Front National

On trouve aussi dans Rouge l’idée véhiculée par toutes les composantes de la gauche et de l’extrême gauche, selon laquelle si la gauche échouait, le Front National en tirerait tout le profit.

Mais quelle conclusion doit-on en tirer ? Si c’est celle, implicite ou explicite, qu’il faudrait donc aider à ce que la gauche réussisse, alors on ne peut qu’aboutir à se ranger derrière des ennemis de la classe ouvrière. Car elle réussit très bien, cette gauche, depuis 1981 (pour ne pas remonter plus loin) dans sa tâche gouvernementale, à assurer politiquement et économiquement une belle vie à la bourgeoisie : affaires de la classe dominante toujours plus florissantes ; nombre de chômeurs triplés sans secousse sociale menaçante ; association du PC au gouvernement, pour lui faire payer sa part du discrédit politique, ce qui a largement contribué à sa chute électorale, de moitié depuis avant 81. Certes, les socialistes se sont eux aussi usés au pouvoir et ont même essuyé deux défaites, en 1986 et en 1993, laissant chaque fois la place à la droite classique. Mais le jeu de l’alternance s’est rôdé, qui voit des équipes usées se passer le témoin, ce qui n’exclut pas les « cohabitations », telles qu’aujourd’hui entre Chirac et Jospin.

Le jeu semble effectivement en passe d’être bousculé par le FN (même si le but de celui-ci est de se prévaloir de ses scores pour marchander d’éventuels accords électoraux avec la droite).

Mais d’où viennent les succès électoraux du FN, sinon du fait qu’il se présente comme une opposition résolue au gouvernement Jospin ? Comme il prétendait l’être à Juppé. Juppé-Jospin ou Jospé-Juppin, ricane Le Pen. Et si ses formules portent, s’il engrange des scores électoraux notables et croissants, c’est parce que la politique de Jospin, comme auparavant celle de Juppé, fabrique toujours plus de mécontents voire de désespérés dans le milieu populaire et ouvrier.

Oui, si le danger Le Pen existe, c’est parce que Jospin cherchera immanquablement à imposer d’autres reculs encore à la classe ouvrière, cherchera à l’acculer à des conditions de travail et de vie toujours inférieures - c’est ce qu’on voit avec le projet sur les 35 heures.

Alors les travailleurs et les petites gens chercheront immanquablement à quelle opposition se vouer. Opposition dont les révolutionnaires seraient suicidaires pour eux et pour leur classe de laisser le monopole au démagogue Le Pen.

Pour qu’il en soit autrement, il faut que s’exprime et se cristallise une opposition ouvrière résolue au gouvernement. Sur la base du programme d’urgence défendu par Arlette Laguiller en 1995 et depuis, et en proposant à tous les militants de la classe ouvrière de conjuguer leurs énergies à établir un plan de lutte pour l’imposer.

Des points d’appui pour préparer une remontée ouvrière.

Il existe des « points d’appui » pour les révolutionnaires dans la situation actuelle. Mais pas où la LCR les cherche. Surtout pas du côté des prétendues « avancées » du gouvernement Jospin.

Le premier point d’appui est une certaine lucidité, si ce n’est encore la conscience, qui s’exprime dans les entreprises et dans les syndicats, tout particulièrement dans la CGT. Les discussions et les critiques ne manquent pas. La politique du gouvernement et les platitudes des responsables syndicaux y sont à l’occasion brocardées. Cela, au sein d’un petit milieu de travailleurs et militants politisés, attentifs, préoccupés ? Certes. Mais de ce « petit » milieu averti et pugnace de « seulement » quelques milliers ou dizaines de milliers de travailleurs, pourrait dépendre bien des choses, sur le terrain des luttes sociales.

Quelques semaines avant la conférence du 10 octobre, l’idée d’une manifestation centrale de tous les travailleurs s’est exprimée, dans la CGT. Certes timidement, dans telle UL ou telle UD. Et ce ne sont apparemment pas seulement des militants d’extrême gauche qui l’ont proposée.

Mais il n’y a rien eu parce que la confédération n’a rien voulu. Surtout rien de central, où les travailleurs auraient pu affirmer leurs revendications et mesurer leur force. Evidemment, c’est ce que les dirigeants confédéraux voulaient éviter, au moment où Jospin peaufinait sa mystification des 35 heures !

Ce qui n’a pas empêché Viannet, à la tribune d’un forum CGT sur l’emploi à Grenoble, le 7 octobre, veille de la manifestation à laquelle il a personnellement participé (non pas contre le chômage, la précarité et la baisse des salaires, mais contre l’arrêt de Superphénix !) de s’en prendre aux travailleurs, en fait. « Va-t-on pouvoir passer à un climat offensif avec le plus grand nombre ?.. S’il n’y a pas de lame de fond bientôt, les moments à vivre seront compliqués... Ce qui doit remonter des entreprises, ce sont les exigences sur les salaires... Je ne veux pas me retrouver devant un gouvernement qui dira que la CGT est plus exigeante que les travailleurs... La situation est très sérieuse et les travailleurs doivent intervenir pour qu’il n’y ait pas un face- à-face syndicats-patronat ». Et de se faire quasi provoquant : « La CGT ne veut pas être seule. Que faites-vous pour cela ? »

Viannet sait pertinemment ce que pensent les travailleurs sur les salaires et les embrouilles du gouvernement. Il sait qu’un milieu militant critique et combatif serait prêt à tenter d’entraîner les autres, pour peu qu’on l’y encourage. Il sait que la situation n’est pas sans offrir des possibilités, que des luttes existent, qui pourraient avoir une autre dimension en prenant place dans un plan général.

Viannet sait, voit, entend les exigences d’une partie des militants les plus conscients et les plus remuants, mais il a pour politique de pas gêner le gouvernement. Et il trouve la parade indigne de tous les bureaucrates : rejeter sur la classe ouvrière sa propre passivité.

Il n’y a pas d’explosion sociale bien-sûr, ni même de véritable mobilisation. Mais ce n’est pas non plus un calme plat. Il y a même quelques orages, comme à Brest. Mais là, les mêmes dirigeants du PC ou de la CGT qui, comme Viannet, tentent de se blanchir de leur soutien au gouvernement en reprochant aux travailleurs de ne pas être suffisamment combatifs, ont le culot de déplorer les « débordements » des ouvriers. N’empêche que leur coup de colère a arraché de premières concessions.

Les réactions des travailleurs ne manquent pas, mais se succèdent en ordre dispersé contre les plans de licenciements qui ne cessent de tomber depuis des mois. Exactement comme ils le faisaient sous les gouvernements précédents. Le signal de la continuation a été donné par le nouveau gouvernement avec l’autorisation de la fermeture de Renault-Vilvorde.

Durant la seule première quinzaine d’octobre, tandis que Jospin et Aubry concoctaient leur « conférence sur l’emploi », des réactions voire des grèves ont accompagné le blocage des salaires ou les plans de licenciement qui se poursuivaient : à Thomainfor (ex-filiale de Thomson) où les éventuels repreneurs prévoient 400 licenciements sur 900 salariés ; à General Electric Medical System, dans les Yvelines, où 395 emplois sont menacés sur 2150 ; aux usines électroniques Akaï de Honfleur, JVC et Panasonic de Longwy, qui devraient être fermées, avec près de 700 licenciements ; aux usines Myrys dans l’Aude, qui devraient être fermées aussi, et jeter 500 ouvriers à la rue ; à l’usine Perrier dans le Gard, qui envisage pour les mêmes raisons 730 licenciements ; dans une filiale d’Atochem, dans l’Eure, où la moitié des 220 ouvriers devraient être licenciés ; dans une conserverie de Pont-Aven, comptant 225 salariés et que son repreneur Saupiquet veut fermer, etc.

Et une série d’autres grèves de durées diverses ont eu lieu ces dernières semaines, dans des centres isolés de France Télécom, ou dans de petites entreprises pour les salaires et l’embauche.

Mais si les militants syndicaux locaux sont généralement à l’origine de ces mouvements, les appareils confédéraux ne leur offrent aucune politique d’ensemble, aucune perspective qui permette la convergence des luttes. Ils ne veulent pas gêner le gouvernement.

Une opposition d’extrême gauche résolue au gouvernement

Il faut des perspectives de classe pour les travailleurs.

Il faut une opposition ouvrière au gouvernement, une opposition résolue, qui sache dire que la politique de Jospin est fondamentalement, avec au mieux un discours différent, celle de Pasqua, celle de de Robien, celle de Juppé. Il faut à l’extrême gauche une opposition au gouvernement, aussi irrévérencieuse qu’à l’extrême droite un Le Pen, mais sur des bases de classe, ouvrière et non pas anti-ouvrière, vraiment et non pas faussement et démagogiquement radicale.

Qui, à part les communistes révolutionnaires, peuvent affirmer et impulser une telle opposition au gouvernement et proposer aux travailleurs une tout autre politique que celle qui est abusivement menée au gouvernement en leur nom ? Seuls les partis d’extrême gauche, qui ne sont pas partie prenante dans la gestion gouvernementale, n’ont aucun intérêt dans cette société, aucun ami dans ce conseil d’administration de la bourgeoisie qu’est le gouvernement.

Engager une telle politique, c’est d’abord désigner clairement aux travailleurs quels sont leurs adversaires, ceux contre qui il faudra engager le combat : la bourgeoisie et le gouvernement, sans qu’il soit possible de dissocier l’un de l’autre, tant le second est tout dévoué aux intérêts de la première.

Dans la situation politique, sociale et économique actuelle, les communistes révolutionnaires doivent se situer sans l’ombre d’une hésitation dans l’opposition résolue au gouvernement. Ils doivent désigner clairement comme anti-ouvrier le gouvernement socialiste. Ils doivent contribuer à ce qu’existe un pôle radicalement critique, qui avance un programme de défense des travailleurs et les grandes lignes d’un plan de lutte.

Ce n’est certainement pas une condition suffisante à l’entrée en lutte de la classe ouvrière, mais c’est une condition nécessaire pour qu’à l’avenir cette lutte ne soit pas encore une fois dévoyée. Car quand la classe ouvrière se heurtera aux patrons et à leur gouvernement, ce qui ne manquera pas d’arriver, il sera trop tard pour se découvrir opposants, et demander et mériter, à ce titre, la confiance des travailleurs.

Pire même, la place risquerait d’être prise par l’extrême droite avec les conséquences catastrophiques pour la classe ouvrière qu’on peut imaginer.

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