Aller au contenu de la page

Attention : Votre navigateur web est trop ancien pour afficher correctement ce site internet.

Nous vous recommandons une mise à niveau ou d'utiliser un autre navigateur.

Archives > Les articles du site

Pour les ouvriers de PSA : toutes les raisons « sanitaires » et « économiques » de refuser la reprise

10 avril 2020 Article Entreprises

Mardi 7 avril, la direction de PSA a obtenu la signature des syndicats, sauf la CGT, pour un accord scélérat, dit « Accord social solidaire, protecteur de la santé des salariés et de l’entreprise », mais dont seule la santé de cette dernière est le souci.

Il vise deux choses. Pour la reprise, mais surtout pour après.

En premier : le redémarrage prochain des usines de production en pleine pandémie. « Il s’agit de mesures inédites destinées à protéger au mieux tous les salariés », a osé déclarer le délégué central FO. Pas de date officielle pour la reprise, mais la première usine du groupe PSA à reprendre son activité pourrait être celle de Wuhan en Chine, où le confinement a pris fin ce même mardi.

En second : piquer des jours vacances aux salariés pour les faire marner cet été à rattraper la production perdue pendant le confinement, tout en organisant les conditions d’une flexibilité accrue pour la suite.

La santé de PSA sur le dos de celle de ses salariés

Reprise le 30 mars : la direction de PSA obligée de reculer…

La direction avait dû remballer son projet de réouverture de certaines usines, prévue dans la semaine du lundi 30 mars. Il s’agissait de faire reprendre progressivement, dans certaines usines, et à effectifs réduits pour commencer, PSA annonçant « des mesures sanitaires renforcées afin de créer les conditions d’une reprise d’activité sécurisée et progressive ». Pour produire quoi ? Des moteurs à PSA Douvrin, des boîtes de vitesse à PSA Valenciennes, ou des liaisons au sol à PSA Caen… « Essentiel » en cette période de pandémie ?

Mais la direction s’était vue infliger un tollé, y compris d’un front syndical, allant des syndicats les plus combatifs aux signataires d’aujourd’hui. Le même délégué de FO déclarait alors : « La reprise d’activité ne pourra s’envisager qu’après le pic de l’épidémie dans notre pays ». « Il n’est pas question que PSA utilise pour ses propres besoins des masques, des blouses, des lunettes de protection, alors que médecins, infirmières, policiers ne peuvent en bénéficier en nombre suffisant. », ajoutait la CFTC. Mais, santé « économique de l’entreprise » exige, les voilà signataires.

… pour mieux déconfiner pas moins de 400 000 travailleurs

Car, que ce soit pour la garde des enfants ou par peur d’attraper le virus, l’ambiance, chez les ouvriers des usines, n’est pas à la reprise. Pour beaucoup, il n’est pas question de reprendre le travail, quitte à se mettre en arrêt maladie. La direction le sait et s’est défendue : il s’agissait juste « d’être prêt le jour venu » ; pendant que la hiérarchie, dans toutes les usines, appelait un à un les salariés de leurs équipes pour la reprise.

Le but de PSA est en fait de faire revenir sur les sites, progressivement, des centaines d’ouvriers d’abord, des milliers ensuite. Quitte à ce que ce soit par rotation, en les habituant à un nouveau type de flexibilité. « L’entreprise de demain ne sera pas celle d’hier », menace déjà le DRH du groupe Xavier Chéreau.

La direction compte sur une réouverture de nombreux sites la semaine du 14 avril. « PSA organise un déconfinement qui toucherait 400 000 travailleurs » (en comptant les sous-traitants) dit Jean-Pierre Mercier délégué syndical central CGT. Et dans quelles conditions réelles ? (Voir notre article sur l’exemple du travail à PSA Vesoul.)

PSA, fabriquant de respirateurs : bon prétexte ou mauvaise blague

Alors le geste dont se vante PSA de lancer sur ses chaînes une petite production de respirateurs médicaux, vendus « à prix coûtant », sonne bien plus comme prétexte pour commencer à rouvrir ses usines.

Car dans le cadre d’un grand consortium industriel avec Air liquide, Schneider Electric ou Valeo, PSA n’accueillera sur son site de Poissy qu’une centaine de salariés (de PSA ou pas), chargés de produire 8 500 pièces de respirateurs par mois, qui ne seront pas disponibles avant mai ! Bien tard donc. Elles seront ensuite envoyées au site Air liquide d’Antony, où la direction de PSA compte encore dépêcher des volontaires du centre technique de PSA Vélizy.

Avec à peine quelques dizaines de salariés qui travailleront, non pas sur chaîne mais assis à des tables d’assemblage, pour fabriquer des pièces de respirateurs. On est loin de soumettre la production industrielle ou même la technologie à la nécessité salutaire de produire d’urgence du matériel médical. Une simple com’ afin de préparer la remise au travail… pour produire des véhicules.

Les seuls gestes barrière efficaces seront ceux pour refuser la réouverture des sites

En cas de reprise, les mesures de sécurité évoquées dans l’accord, ne serait-ce que la distance réglementaire entre chaque salarié, seront tout simplement impossibles à tenir. Elles le sont déjà pour les centaines de salariés obligés d’aller travailler. Elles le seront d’autant plus pour des milliers, à PSA Sochaux, Rennes ou Hordain… La direction le sait si bien que, faute de distance, elle compte imposer des casques à visière en plexiglas sur les chaînes de montage, à PSA Mulhouse par exemple.

La direction compte aussi distribuer entre deux et quatre masques par jour et par salarié (en comptant ceux pour les trajets). Ce ne seront donc pas moins de 600 000 masques par semaine que monopolisera PSA. Pour rouvrir les sites de PSA Metz et Tremery, par exemple, la direction affirme avoir assez de masques. Si c’est vrai, c’est qu’elle se serait déjà accaparé 200 000 masques pour produire des moteurs et des boîtes de vitesse… Alors que tous les hôpitaux de Moselle hurlent à la pénurie.

Voler les vacances pour que s’envolent à nouveau les profits

Le vol de jours de vacances des salariés est consacré par l’accord avec les syndicats béni-oui-oui, soi-disant pour le bien des ouvriers : permettre à ceux qui sont mis en chômage pendant la période de confinement de toucher leur salaire net à 100 %. Alors que les jours de chômage partiel ne sont payés (par l’État et l’Unédic) qu’à 84 % du salaire net, la direction promet de maintenir pour cette période le salaire des ouvriers à 100 % (ce qui, soit dit en passant, était déjà le cas du salaire des cadres, alors qu’à l’autre bout les intérimaires, eux, resteront au salaire amputé).

Sauf que l’addition, les 16 % restant, c’est essentiellement aux salariés eux-mêmes que PSA va les faire payer. Par un vol pur et simple de leurs jours de congé. Son homologue, le groupe Renault, a d’ailleurs mis sur pied un accord semblable. Tous deux sont dans la droite ligne des nouvelles ordonnances Pénicaud : il s’agit de faire payer aux salariés leur propre salaire… de leur poche. D’abord en abandonnant un jour de congé pour les ouvriers et techniciens, deux jours pour les cadres, dits jours de « solidarité ». Solidarité avec le patron, s’entend. À ce premier prélèvement général s’ajoutera la suppression de jours de congés supplémentaires, jusqu’à six jours pour l’instant, qu’on va pouvoir placer pendant la période du confinement (toujours ça en moins à indemniser) pour faire travailler plus ensuite à la place de vacances. (Voir notre article « Comme si le confinement était des vacances »)

Pas de vacances pour les profits

De son côté, le groupe PSA, droit dans ses bottes et ses profits, pousse le culot jusqu’à convoquer ses actionnaires et annoncer la distribution probable de 1,1 milliard d’euros de dividendes, accord de fusion avec Fiat-Chrysler oblige, dit la direction. Dans le respect des restrictions gouvernementales, le versement des dividendes ne remet pas en cause le financement par l’État du chômage partiel.

Les ouvriers des usines PSA auront toutes les raisons de refuser cette menace de déconfinement au risque de leur vie, le « volontariat » à la reprise [1], ainsi que le vol pur et simple de près d’une semaine (ou plus) de congés.

Léo Baserli, le 10 avril 2020


[1Une pétition circule déjà sur www.change.org. Contre la remise en cause des congés payés à PSA, signez et faites signer massivement la pétition : http://chng.it/KSfjHYkVbZ.

Mots-clés : |

Imprimer Imprimer cet article Réagir Réagir à cet article