Aller au contenu de la page

Attention : Votre navigateur web est trop ancien pour afficher correctement ce site internet.

Nous vous recommandons une mise à niveau ou d'utiliser un autre navigateur.

Archives > Convergences Révolutionnaires > Numéro 52, juillet-août 2007

Pays basque : la rupture de négociations… qui n’avaient jamais vraiment débuté

Mis en ligne le 29 juin 2007 Convergences Monde

Dans la nuit du 4 au 5 juin dernier l’organisation séparatiste basque ETA annonçait la fin du cessez-le-feu décrété unilatéralement le 24 mars 2006 et la réactivation de « tous les fronts de lutte ». Une décision qui prenait de court tout le monde, y compris nombre de ses partisans.

La réaction du président du gouvernement socialiste, José Luis Rodriguez Zapatero, ne s’est pas faite attendre. Quelques jours plus tard il faisait arrêter et incarcérer Arnaldo Otegi, le porte-parole de Batasuna, l’aile politique de ETA, pour un supposé délit d’apologie du terrorisme commis... en 2003, renvoyait en prison Iñaki de Juana Chaos, un prisonnier en traitement à l’hôpital de Saint Sébastien après une grève de la faim de 115 jours et recevait Mariano Rajoy, le leader du réactionnaire Parti populaire, avec lequel il annonçait la mise en chantier d’un pacte anti-terroriste.

La fausse trêve

En fait pendant toute la durée des pourparlers et de cette trêve de 15 mois il a continué à mener (en collaboration avec les autorités françaises) une répression systématique à l’encontre de la mouvance nationaliste radicale : il a refusé de lever l’interdiction qui frappait Batasuna, fait proscrire plus de la moitié des listes des nationalistes radicaux qui se présentaient aux élections locales de la fin mai, maintenu en prison nombre de prisonniers etarras qui ayant purgé plus des deux tiers de leurs peines étaient normalement éligibles à une libération sur parole, continué les poursuites contre la presse nationaliste et expédié en prison les dirigeants d’un mouvement de jeunesse liés à Batasuna. En guise de « trêve », il y a mieux !

On pouvait penser au début que cette attitude intransigeante de Zapatero était purement tactique et destinée à obtenir des concessions de ETA. En fait, dès que les sondages d’opinion ont montré que le Parti populaire avait de nouveau le vent en poupe, Zapatero, qui a toujours eu les yeux fixés sur les prochaines élections générales qui auront lieu début 2008, s’est plié de bonne grâce aux pressions qu’exerçaient certains dirigeants de son propre parti – mais aussi les hauts responsables de la justice, de la police, de l’armée et de la Garde civile...

Cela a provoqué une exaspération croissante dans les rangs des nationalistes radicaux avec reprise de la guérilla des rues (la « kale borroka », qui consiste pour des jeunes à caillasser les forces de l’ordre et à faire brûler des autobus) et reconstitution des stocks d’armes. Et le 30 décembre 2006, un attentat perpétré à l’aéroport de Madrid-Barajas entraînait la mort de deux jeunes travailleurs colombiens qui dormaient dans un parking. Avec le recul il apparaît probable que, face au manque de résultat concret des négociations en cours, cet attentat stupide, meurtrier et irresponsable se voulait un avertissement lancé par des militants d’ETA tant à l’égard des autorités madrilènes que de leur propre direction.

Mais ce sont les élections locales et régionales du 27 mai dernier qui ont scellé le sort du cessez-le-feu. Les succès remportés par le Parti populaire au cours de cette consultation ont sans doute convaincu Zapatero que dans les huit mois qui lui restaient avant les élections générales il avait tout intérêt à geler les pourparlers, implicitement sinon explicitement, afin de caresser l’opinion publique espagnole dans le sens du poil.

La question des prisonniers

Du côté d’ETA les bons résultats électoraux obtenus par la mouvance nationaliste radicale au Pays basque (qui avec 180 000 voix, en comptant les nuls là où ses listes avaient été bannies, a retrouvé ses scores de 1999, dernière année où elle avait pu se présenter librement) lui ont montré que son influence restait largement intacte. ETA, qui ne s’est jamais souciée de demander l’avis des gens qui la soutenaient, va donc poursuivre la lutte armée sous forme d’attentats puisqu’en dépit des communiqués triomphalistes de Madrid et de Paris se vantant des succès obtenus dans la « lutte contre le terrorisme », elle semble avoir reconstitué sa logistique et reformé ses troupes malgré les nombreuses arrestations qui ont frappé ses rangs.

Ce qui explique la fidélité d’une partie non négligeable de la population basque à ETA n’est ni l’adhésion à son programme, ni un accord avec ses moyens d’action de plus en plus contestés, y compris parmi les nationalistes. Mais, aux yeux de beaucoup, ETA reste la seule organisation à mettre en avant la question des prisonniers politiques et apparaît comme leur seul véritable défenseur.

Ces prisonniers sont, à l’heure actuelle, quelque 750 à croupir dans les prisons espagnoles et françaises. Comparé au nombre d’habitants du Pays basque (3 millions) cela équivaudrait à 15 000 détenus en France ou 10 000 en Espagne. Ce qui veut dire concrètement que dans chaque village et dans chaque quartier populaire des villes du Pays Basque il y a au moins une ou plusieurs familles qui ont un des leurs en détention. Et l’acharnement, cautionné par Zapatero, du pouvoir policier et judiciaire à l’encontre de ces prisonniers, leur éloignement géographique systématique du lieu de résidence leurs familles (en contradiction d’ailleurs avec le Code pénal espagnol), leur maintien en détention lorsqu’ils sont libérables, les nouvelles inculpations dont font parfois l’objet ceux et celles sur le point d’être libérés, tout cela suscite suffisamment de haine et de ressentiment pour permettre à l’ETA de poursuivre son action en étant assuré de disposer d’un vivier de jeunes toujours prêts à rejoindre ses rangs.

21 juin 2007

Léo STERN

Mots-clés : |

Imprimer Imprimer cet article Réagir Réagir à cet article